CoworkHer, le collectif régional qui réunit les réseaux Parité et Mixité d’EDF, de la Poste, de la Caisse d’Épargne, de la Caisse des Dépôts, de la SNCF, et d’Orange, organisait ce 27 novembre une nouvelle journée annuelle dédiée à la promotion de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Cette nouvelle édition a mis l’accent sur la thématique des réseaux.
Unique en son genre, le collectif régional CoworkHer réunit les réseaux Parité et Mixité d’EDF, de la Poste, de la Caisse d’Épargne, de la Caisse des Dépôts, de la SNCF, et d’Orange. Pour attirer l’attention des salariés et cadres de leur entreprise et plus largement du grand public, des acteurs économiques et institutionnels, le collectif a réuni près d’une centaine de personnes au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Au cœur des discussions, le thème de cette année : la force des réseaux : entraide, solidarité et sororité. « Face aux inégalités qui persistent, il y a des leviers d’action sur le long terme et parmi eux, les réseaux. Ils font la promotion de la mixité, de la présence des femmes au sein des entreprises », a introduit Laëtitia Martinez, vice-présidente du Conseil régional à l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation, l'égalité réelle et la laïcité.
Rien de nouveau sous le soleil
Pour mettre en lumière les réseaux, le collectif CoworkHer avait invité Clémentine Hugol-Gential, professeure des universités en sciences de l'information et de la communication à l'université de Bourgogne. « Les réseaux de femmes ont toujours existé mais on n’en a pas gardé la trace », a précisé l’universitaire avant de poursuivre : « Dans l’histoire, on a toujours opposé les femmes pour fragiliser les tentatives de sororité : la belle contre la laide, la mère contre la carriériste… »
Après avoir rappelé l’invisibilisation qui est faite des femmes dans de nombreux domaines. Les médias, poussés par la législation, ont augmenté la représentation des femmes pour atteindre 21 % de femmes sur les plateaux mais elles ne disposent dans les faits que de 11 % du temps de parole. « C’est l’effet plante verte », sourit avec ironie Clémentine Hugol-Gential. La présence féminine n’est pas meilleure dans le monde scientifique puisque 80 % des laboratoires restent dirigés par des hommes. Les présidentes d’université ne représentent que 15 à 20 % des postes. Dans l’art, 80 % des artistes qui vivent de leur art sont des hommes et seuls 15 à 20 % des œuvres présentes dans les musées résultent du travail des femmes. En politique, la loi a, là encore, forcé à mettre les femmes en avant mais elles se retrouvent généralement au poste de suppléante. « Les femmes sont aussi plus violentées que les hommes sur les réseaux sociaux, donc elles ont tendance à se mettre en retrait pour se protéger. » Dans l’univers numérique, pour être visibles, les femmes doivent avoir un rôle genré et se retrouvent souvent sexualisées. Tous domaines confondus, la présence des femmes se résume à un chiffre moyen : 20 %.

De l’importance de préserver la mémoire
Si le présent traduit que des progrès restent à faire, le passé n’y est sans doute pas indifférent. « Les femmes ont été effacées et le collectif est une mémoire que l’on a enlevée. » Clémentine Hugol-Gential a ainsi mis un coup de projecteur sur des collectifs de femmes dans l’Histoire. Les béguines, autour du 12e et du 14e siècle, représentaient une communauté de femmes pieuses mais non religieuses, désireuses de vivre sans contrôle de l’État, de l’Église ou d’un mari. « Il s’agit d’un premier modèle d’entraide féminine. Mais des femmes qui vivent en communauté autogérée, ça ne plaisait pas, donc elles ont été soupçonnées d’hérésie et de sorcellerie. » L’universitaire a ensuite rappelé le rôle de Marguerite de Navarre, sœur de François 1eʳ, qui a initié des cercles intellectuels, précurseuse des salons de Mme Rambouillet, Mme Geoffrin ou encore Mme de Staël. « Les femmes ont travaillé sur les encyclopédies des Lumières sans jamais être citées. » Nombreuses ont été celles dont les hommes se sont accaparé le travail.
Les femmes ont agi et se sont réunies en collectif pendant la Révolution française avec le mouvement des tricoteuses tandis que les Dames de la Halle ont secoué Louis XVI. Plus tard, elles ont participé à des luttes syndicales même si les hommes ont finalement vite relégué leurs préoccupations à des sujets mineurs. En 1973, le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, MLAC, a lutté pour la réappropriation du corps des femmes. « C’était il y a 50 ans et pourtant, on en parle peu. La mémoire des réseaux féminins s’efface. »

Tous un rôle à jouer
Loin de se résigner, Clémentine Hugol-Gential donne des pistes pour inverser la tendance. En plus d’encourager un travail de mémoire, elle met en avant le besoin de financer et de légitimer les réseaux féminins. « Les réseaux masculins ont un accès direct aux ressources politiques, économiques et symboliques. Les réseaux féminins, plus informels pour exister, n’ont pas de capital. Il faut les doter financièrement. » En plus de cet enjeu financier fort, elle attire l’attention sur l’enjeu de reconnaissance de ces réseaux par les instances locales, régionales et nationales. Les élus ont donc un rôle à jouer.
Le monde économique n’est pas en reste quant à sa responsabilité vis-à-vis de la mixité et du soutien aux femmes et à leurs réseaux. La rencontre CoworkHer a ainsi donné la parole aux dirigeants des entreprises du collectif autour de cette notion de réseau. « Notre réseau énergie et mixité réunit des femmes et des hommes engagés. Nous mettons en place des formations, du mentorat, des rencontres qui contribuent à une culture globale et à la sensibilisation », a par exemple indiqué Carmen Munoz-Dormoy, directrice à l'action régionale du groupe EDF en Bourgogne-Franche-Comté. Du côté de la Caisse d’Épargne Bourgogne-Franche-Comté, Jérôme Ballet, président du directoire, a insisté sur le rôle des réseaux informels. « En entreprise, ils ont l’avantage de créer du lien social et de la cohésion, ils apportent un enrichissement personnel, une ouverture et participent à la circulation de l’information. »

Conseiller les femmes
CoworkHer apporte aussi son lot de conseils et de témoignages pour insuffler aux publics présents de bonnes pratiques ou la motivation pour agir. « Les femmes doivent oser car elles ne rayonnent pas assez », a par exemple exprimé Sophie Ducordeaux, directrice du développement des gares pour SNCF Bourgogne-Franche-Comté. « Il ne faut pas attendre pour rejoindre un réseau, cela donne confiance », a encouragé Jérôme Ballet. « Les femmes doivent être conscientes qu’on ne joue pas à armes égales dans une société qui ne va pas changer soudainement. Il faut donc utiliser toutes les armes à disposition et le réseau en fait partie », a quant à elle souligné Carmen Munos-Dormoy.
Responsable d’unité opérationnelle Dalkia Saône-et-Loire pour le groupe EDF, Birgit Paireder a quant à elle partagé son expérience des réseaux et du rôle qu’ils ont eu dans sa carrière. « J’avais besoin de modèle, d’une source pour me construire grâce à des échanges, des astuces pour combiner vie professionnelle et vie personnelle. » Cadre, la représentante d’EDF a choisi de féminiser ses équipes, notamment techniques. « J’ai insisté pour imposer des candidatures féminines quand je voyais un potentiel. » Une bienveillance et une certaine sororité profitable à la carrière des femmes.
Nadège Hubert
