Nouveau président de l’AMR de Côte-d’Or, Luc Baudry souhaite positionner la ruralité comme un territoire d’avenir et porter haut la voix des campagnes.
Pas de limite d’habitants pour rejoindre l’association des maires ruraux ! Celle de Côte-d’Or compte aussi bien des villages de moins de 50 habitants que des communes de Dijon métropole comme Saint-Apollinaire. « Une commune qui se sent l’âme rurale ou qui se considère dans la ruralité, quelle que soit sa façon de le ressentir, peut rejoindre l’AMR », estime Luc Baudry, nouveau président de l’AMR de Côte-d’Or qui compte plus de 320 adhérents. Ancien ingénieur sécurité au CEA Valduc, président de la communauté de communes COVATI depuis 2014, il est aussi maire de Courtivron et de ses 165 habitants depuis 1995. « Être maire, ce n’est pas facile mais ça reste intéressant car on est au cœur du quotidien des habitants. La fonction a évolué mais sans s’améliorer. Aujourd’hui, les maires doivent s’adapter aux exigences des concitoyens. Le maire reste l’élu à portée de claque. »
Le monde rural accueille de plus en plus de citadins qui ne peuvent pas s’offrir la maison de leurs rêves à Dijon notamment, ni aux proches alentours. « Ils veulent le calme de la campagne mais attendent le même service qu’en ville, ce n’est pas possible. » En face, Luc Baudry regrette que l’État enlève de plus en plus de services aux communes rurales, réduisant aussi ses dotations, leur rajoutant ainsi des contraintes financières. « On nous ajoute aussi des normes toujours plus pesantes et des responsabilités élargies. Les technocrates appliquent les lois de la même manière pour une ville de 100 000 habitants que pour un village de 50 personnes. Ce n’est pas tenable. »
Un porte-parole impliqué
À la tête de l’AMR après longtemps avoir été vice-président aux côtés de Bruno Bethenod, il veut porter son message : « La ruralité n’est pas un territoire en retrait, c’est un territoire d’avenir. » Il fait allusion à l’âme de chaque commune, à cette ruralité capable de tisser des liens humains forts « qui donnent la capacité d’agir ensemble. » Le manque de services publics et les difficultés financières obligent aussi les élus et les habitants à réfléchir et travailler ensemble. Poumon vert de la France et de la Côte-d’Or, il insiste sur la nécessité de prendre soin des campagnes, en particulier en période de changement climatique.
En plus de jouer pleinement son rôle de représentation, d’interlocuteur et de défense des intérêts des territoires, Luc Baudry estime que l’AMR doit aussi porter les réflexions, l’innovation et entend en faire la vitrine de l’intelligence collective des maires. « Je veux porter la voix de tous les maires de Côte-d’Or auprès de l’État, de la Région et du Département. Quand je vois des situations ou des décisions comme le nouveau mode de scrutin pour lequel l’AMR n’a pas été consultée, je veux alerter les maires face à la vision trop technocrate qui va à l’encontre du bon sens qui guide généralement les décisions des maires ruraux. »
Une liste de priorité
Luc Baudry veut que l’AMR se mobilise pour agir collectivement sur plusieurs thèmes essentiels aux territoires ruraux, à commencer par la santé et les déserts médicaux. En ce sens, un travail a été entamé autour d'une unité mobile de télémédecine. « Nous voulons aussi agir sur l’école en travaillant avec la préfecture et le DASEN (directeur académique des services de l'Éducation nationale) pour réfléchir à l’école de demain et ne pas être mis devant le fait accompli sans penser aux conséquences sur le transport, les équipements ou l’éducation de nos enfants. » Conscient que la natalité baisse, il préfère anticiper avec un plan pluriannuel des fermetures nécessaires, établi en lien avec les maires pour que ce soit « fait intelligemment ». Pour mener ce travail de façon pertinente, le président de l’AMR juge que l’échelle de la communauté de communes permet de penser au mieux les choses, en lien avec les territoires voisins.
La mobilité s’inscrit également dans la liste des sujets prioritaires de l’association afin de répondre aussi bien à ceux qui ont un véhicule qu’à ceux qui n’en ont pas et ne peuvent donc pas accéder aux services. « À la COVATI, nous prônons par exemple l’itinérance avec un bus numérique pour apporter France Services au plus près des habitants. » Luc Baudry s’inquiète également de l’attractivité économique du monde rural. « Les usines, les commerces, les artisans doivent aussi trouver leur place en campagne. » Déjà de grands groupes comme Total Energies, GRDF, Orange ou encore Groupama et Enedis, « ont compris l’intérêt de travailler avec les territoires ruraux. »
Pour attirer des habitants aussi bien que des acteurs économiques, pour guider les élus en questionnement, l’AMR veut mieux faire connaitre sa ruralité. En ce sens, plusieurs élus planchent sur un « permis rural de la Côte-d’Or ». Àtravers une cinquantaine de questions et une approche pédagogique, la ruralité veut dévoiler son âme au plus grand nombre. Il faudra attendre cet hiver pour le découvrir, promet Luc Baudry.
Nadège Hubert