Beaune hier, aujourd'hui, demain... Beaune des grands crus et d'une visite "passion minérale" avec Alain Suguenot

Beaune hier, aujourd'hui, demain... Beaune des grands crus et d'une visite

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Dix bonnes raisons de venir…
Convivialité, partage, raffinement, caractère, énergie, contemplation, détente, évasion...découvrez une étonnante Bourgogne !

Office de Tourisme Beaune & Pays Beaunois
6 Boulevard Perpreuil, 21203 Beaune
www.beaune-tourisme.fr

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24 juin 2018

De Beaune vous connaissez les Hospices, les tuiles vernissées qui ont classé les toits bourguignons parmi les plus beaux toits du monde. Sans doute avez-vous poussé l’énorme portail du musée du vin ou siroté un verre non loin des halles ou trempé vos mouillettes dans des œufs en meurette sur la jolie place Carnot… Alors, pour changer je vous propose une visite le nez en l’air, avec Alain Suguenot, dont vous connaissez les 35 ans de mandat à la mairie de Beaune… mais dont la passion pour les pierres, les vieilles pierres, celles qui ont vécu et racontent une histoire vous est peut-être plus mystérieuse. Un portrait plus insolite et minéral de Beaune et de son maire, un jour de pluie et un de neige ! Beaune qui fut la capitale de la Bourgogne jusqu'en 1479...

Mais avant tout, une petite note sur les tuiles si caractéristiques. Contrairement à ce que pense la plupart des gens, la couleur de ces tuiles n’est pas le résultat d’une couche de vernis déposée sur leur surface… non, non, non… la technique de glaçure consiste à recouvrir la tuile d’une couche de verre, mélange de sable et de plomb, la tuile est “vernissée” ou avec ajout d’étain, la tuile est dite “émaillée”. Nanti de cette indispensable petit aparté, nous pouvons commencer notre balade.

«J’habite un des plus vieux châteaux de Côte d’Or à Saint Aubin, celui de Gamay. Une maison forte bourguignonne construite vers la fin du 13ème qui se compose d’un donjon, d’un corps de logis, et d’une tourelle d’escalier. Remanié au fil des siècles, le bâtiment a su conserver son esprit d’origine. » Le ton se donne sur celui de l’histoire, celle qui passionne Alain Suguenot. « Le métier de maire est un métier passionnant et je parle de métier car c’est une vie qu’on y consacre.  Beaune n’est pas une ville comme les autres, petite et ronde et toute la symbolique du cercle s’y impose.» Pour Alain Suguenot, Beaune est une rencontre avec des femmes et des hommes, une population. Tout le contraire d’une ville comme celle de Dijon qui est fermée, traditionnelle et plus bourgeoise. Beaune c’est un peu la ville des sudistes où vient le monde entier… une ville belle... avec une histoire, un passé et surtout un présent et un avenir.

Quand on est maire de Beaune c’est un choix.

Et il a fallu choisir entre les deux mandats, député de Côte d’Or, clos le 20 juin 2017, et maire de Beaune. Un choix qui fut, certes, difficile, mais se révéla comme une évidence malgré vingt années passées à l’Assemblée Nationale pour un maire qui a fait le choix d’une ville, Beaune et de son territoire. Le choix, aussi, des Hospices de Beaune, de son terroir, un choix de vie et non un choix de raison, même s’il fut imposé par la loi, un choix de passion loin d’un mandat électif traditionnel. Un choix que ne regrette pas Alain Suguenot. «C’est un choix de territoire car ici on fait des choses, on est dans le concret du métier de maire, un mandat où on est le plus en empathie avec la population, alors que le mandat parlementaire reste plus imprécis pour les habitants qui ne savent pas bien ce qu’on fait… le maire est là, on le voit, il n’est pas hors sol… et la récompense du maire est le contact avec ses administrés... Quand on regarde l’histoire du Beaune, depuis le milieu du 20ème siècle les maires qui se sont succédé ne sont pas beaunois… des histoires étonnantes de tous ceux qui y ont effectué chacun entre 15 et 30 ans de mandat, comme une communion entre Beaune et ses maires.»

D’ailleurs Alain Suguenot est champenois, s’amuse-t-il comme une petite farce faite à cet autre territoire viticole, de pierres et de pouilles et, lui aussi, sous les feux de l’UNESCO !


Etudes à Paris, puis à Dijon, par souci d’indépendance, comme une singularité à l’instar de ses prédécesseurs qui nourrirent, eux aussi, ce souci d’indépendance. Comme si Beaune, derrière ce qu’il reste des remparts, entretenait un mythe quasi insulaire des villes construite en vertueux cercle magique ? «Si Beaune est restée fidèle à Marie de Bourgogne en 1477 lors que Dijon rendait les clés à l’armée française… c’était déjà sans doute la marque rebelle d’une cité où demeure l’histoire de Louis XI encerclant le rempart Beaunois par un rempart français.»

Marie de Bourgogne… chère à l’histoire des beaunois, la princesse au destin tragique, fille de Charles le Téméraire, dernier prince de la seconde maison de Bourgogne, était aussi douce que son père était violent. Héritière de vastes et nombreux Etats, elle fut promise par son père à tous les princes de l’Europe.  Louis XI, qui n’aurait dû songer qu’à la faire épouser à son fils, aima mieux la persécuter et la dépouiller, par la fourberie et par la violence. Ainsi, il la força à se jeter entre les bras de Maximilien, archiduc d’Autriche, fils de l’empereur Frédéric III, et de faire passer dans la maison d’Autriche une succession qui n’aurait jamais dû sortir de la maison de France… Cela c’est pour la Grande histoire, celle qui fascine et amuse monsieur le maire !

Devenu avocat, Alain Suguenot terminera son doctorat en droit et s’installera définitivement en Bourgogne, à Beaune où il passa les 5 premières années de sa vie, précise-t-il, l’air de rien…en passant ! C’est aussi le moment de ses débuts en politique, adversaire de Pierre Bérégovoy, alors député de la Nièvre, Alain Suguenot devient en 1986 vice-président de la Région Bourgogne en charge des transports. En 1993, il est élu député de Côte d’Or après avoir battu François Patriat. La passion reste intacte au fil des années et les beaunois témoignent de leur confiance à leur maire à 76,24% lors des dernières municipales.

«Quand on est maire d’une petite ville rurale comme celle-ci, entourée de villages isolés, et président d’une communauté d’agglomération qui compte 54 communes, on a des devoirs vis-à-vis des communes qui nous entourent. Des devoirs de solidarité et le développement économique de Beaune doit profiter au territoire qui l’entoure et, notamment, sur le plan touristique… Beaune c’est 1 million 700 000 touristes par an, soit 400 000 de plus que Dijon, alors que la ville est 6 fois plus petite ! Beaune est la seule ville de Bourgogne qui baisse régulièrement ses impôts tous les ans et ce malgré les inquiétudes liées aux baisses de dotations de l’Etat… nous essayons d’être en excédent budgétaire mais ce n’est pas simple de gérer une ville comme celle-ci, ceci demande beaucoup d’initiatives pour dynamiser les bases que sont le soutien aux entreprises par l’apport d’un environnement favorable, le maintien d’une fiscalité basse, la réponse rapide à un changement de PLU (plan locale d’urbanisme)… Tout un ensemble de dispositions permises par une équipe municipale rôdée par l’expérience et portés par une complicité au service des beaunois. »

Beaune c’est un secteur protégé depuis longtemps, ce qui a permis, en collaboration intelligente avec la ville de Dijon, de créer l’association des Climats de Bourgogne de manière apolitique et le classement au Patrimoine Mondial de l’Unesco des Climats de Bourgogne. Un classement et une idée vieille de 30 ans, la création d’une cité du vin qui prend corps avec la Cité des Vins de Bourgogne dont la Ville de BEAUNE est le Maître d’Ouvrage pour la construction de la Cité à Beaune. Celle-ci s’intègre en effet dans un projet d’aménagement de quartier plus vaste. La Ville réalisera les travaux selon un cahier des charges rédigé conjointement avec l’Interprofession des vins de Bourgogne. Le BIVB est en charge de l’élaboration du contenu et des messages au sein de la Cité ainsi que de l’exploitation du site. Les projets de cités à Chablis et à Mâcon sont portés par le Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne pour chacune des phases du projet (préfiguration, construction et aménagement puis exploitation des sites). Le développement du contenu relatif aux Climats de Bourgogne sera réalisé en lien avec l’Association des Climats du vignoble de Bourgogne pour l'inscription au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Ouverture prévue en 2021… presque demain d’un site de bois et de transparence pour rester fidèle à la nature du vin… naturelle et sans artifice superflu !

 

Le climat est le terme spécifiquement bourguignon pour exprimer le terroir viticole. Soigneusement délimité depuis des siècles (et resté quasiment inchangé depuis), chaque climat est une parcelle de vigne qui possède son nom, son histoire, son goût et sa place dans la hiérarchie des crus. Ils sont plus de 1000 climats à se succéder sur un mince ruban courant de Dijon à Santenay, au sud de Beaune ; certains répondant à des noms illustres comme Chambertin, Romanée-Conti, Clos de Vougeot, Montrachet, Corton, Musigny...

 

Un autre projet, la création de la Cité du Cinéma et de la Cinémathèque ce qui constitue une sorte de trépieds du développement économique et touristique pour tout le territoire. Des circuits de promenade douce seront créés, notamment autour des lieux de tournage de films, soit plus d’une quinzaine sans compter les séries à thème. Des circuits pour découvrir ou redécouvrir les entreprises, les différents quartiers populaires verts et fleuris de la ville de tradition ouvrière, viticole bien sûr mais pas seulement. Des quartiers populaires qui affichent plus de 3000 logements sociaux valant à la ville de Beaune une Dotation de Solidarité Urbaine plus importante que celle de Dijon ou de Chenôve. Des projets au travers desquels les beaunois se réapproprient leur ville autrement que par l’œil que jettent les touristes venus en cars bondés ou voiture de luxe.

Beaune c'est une histoire liée au monde et à l'esprit des moines et moniales et bien sûr à celui du vin. C'est une Halle somptueuse, rescapée de l'histoire. Rachetée et restaurée en 1977, elle abrite aujourd’hui le Marché aux Vins, où la beauté de l’architecture n’a d’égale que l’exception des crus qui y sont présentés. A noter, la présence de la seule vigne située dans le centre historique de Beaune, endroit même où les Franciscains cultivaient une vigne de raisins Blancs pour leur vin de messe. En 1789, à l’inventaire des lieux, il ne restait que 7 moines tous âgés de plus de 70 ans. Dans un plan réalisé par Quinard en 1791, on découvre un projet de prison dans le Couvent des Cordeliers, heureusement abandonné.

En 1792 les biens sont vendus et un projet de Marché aux Grains est évoqué. En 1803, le chœur et l’entrée de l’église sont détruits pour créer l’actuelle rue de l’Hôtel-Dieu. A partir de là, le site se détériore, les chapelles sont murées et des locaux sont bâtis sur la rue. L’Eglise des Cordeliers tombe dans l’oubli. De 1972 à 1976, Monsieur André Boisseaux fait réaliser des travaux de restauration des chapelles du XIIIe et fait creuser des caves pour créer le Marché aux Vins, temple de la visite et de la dégustation de vins à Beaune. En 2012, la famille Halley s’entend avec la famille Boisseaux pour reprendre l’exploitation du Marché aux Vins et entreprend des travaux d’embellissement et d’aménagement de ce haut lieu touristique. En mai 2014, on découvre la première phase... l’ouverture sur la rue de l’Hôtel-Dieu, le Cellier des Gourmets, espace de vente de vins et produits gourmands. En 2015, une seconde phase a été réalisée avec l’arrivée des Galeries Bartoux, groupe familial spécialisé dans l’art contemporain qui expose dans les chapelles de l’Eglise des Cordeliers.

 

Question luxe, patrimoine et respect de la vie des beaunois, monsieur le maire est chatouilleux.  Alain Suguenot  considère que le développement d'Airbnb à Beaune impacte trop le centre-ville induisant une nouvelle forme de spéculation immobilière. Il a fait voter un délibéré au conseil municipal pour limiter cette nouvelle forme d'hébergement, jeudi 14 décembre 2017. Car le fait même de ce type d'acquisition, avec une rentabilité bien meilleure que le logement traditionnel, fait qu’on ne peut plus se loger au cœur de Beaune Autres arguments avancés par le maire de la ville, le stationnement et la propreté.

« On ne peut plus stationner car Il y a aussi les problèmes de propretés. Quand on vient 3 jours à Beaune on ne sait pas forcément qu’il y a un tri, dans quelles conditions ça se passe, on laisse quelquefois sa poubelle en plastique à l’extérieur ».

Alors l'idée ? Faire jouer son droit de préemptionsur les grosses transactions immobilières et faire signer un engagement aux acquéreurs futurs de ne pas développer ce type de locations… Une défaillance, le couperet tombe c’est le changement de destination du bâtiment en totale conformité avec le code de l’urbanisme.

Beaune est devenu la ville des festivals de renomée mondiale, celui du film policier, « piqué à Cognac », du festival de musique et d'opéra baroque, du festival de jazz, ou encore le festival Mômes et Merveilles. Une ville toute entière tournée vers la culture avec des salles de spectacle, plusieurs musées comme le musée Dali… Le Dalineum, entièrement consacré à l'œuvre de Salvador DALI, est installé à Beaune depuis novembre 2011.  Son créateur, collectionneur passionné depuis 25 ans des œuvres du Maître catalan, accueille les visiteurs avec son équipe dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle -anciens locaux de la Banque de France- et présente plus de 150 œuvres… aquarelles, dessins, estampes originales, gouaches, peintures, sculptures, médailles et même du mobilier.

Beaune, c'est aussi la Lanterne Magique, un lieu dont le nom rend hommage aux travaux d’Étienne Jules MAREY et au conte du poète écrivain beaunois Xavier Forneret, dispose d’une capacité d’environ 500 personnes et sait s’adapter aux spectacles quels qu’ils soient. La Lanterne Magiquea ccueille de grandes manifestations Beaunoise comme le festival Beaune Vibrations, les festivals Mômes et Merveilles, ainsi que le festival Jazz et Grands Vins de Bourgogne. Du très grand Art car  les spectateurs ont, ici, tout le loisir d’aller et de venir pour admirer les époustouflantes sculptures de Paul DAY. L’artiste britannique expose deux fresques en haut reliefs d’une précision incroyable sur la bataille d’Angleterre et l’histoire de la gare londonienne Saint Pancras.


Crédit photo Côte d'Or Tourimse

Beaune c’est, bien sûr, le musée du vin ou encore les Halles et le marché aux vins situé dans l'ancienne église des Cordeliers du XVe siècle. A noter, la présence de la seule vigne située dans le centre historique de Beaune, endroit même où les Franciscains cultivaient une vigne de raisins Blancs pour leur vin de messe. En 1789, à l’inventaire des lieux, il ne restait que 7 moines tous âgés de plus de 70 ans. Dans un plan réalisé par Quinard en 1791, on découvre un projet de prison dans le Couvent des Cordeliers, heureusement abandonné.  Et Beaune serait moins Beaune si on oubliait la plus grande vente de charité du monde, celle des Hospices de Beaune.

 

Beaune ce sont des coins, des rabicoins, des ruelles sur lesquelles de penchent des alignées de lucarnes flirtant avec le vide sur les toits pentus… en chien assis, en lucarnes, à meneaux, en pierre sculptée ou couvertes de tuiles moussues, de ses yeux insolites qui tapent dans l'oeil quand on se promène le nez en l’air. Beaune ce sont des cours citadines où les piétons ont la priorité, où l’on croise des portes somptueuses de bois entrecroisés, ornées de heurtoirs lourds, d’encadrements de pierres taillées longeant en silence les pavés glissants de neige et de glace avec leur caniveaux centraux hérités du moyen-âge.

C’est la ville de toutes les indiscrétions pleines de mystères lorsqu’au détour de l’angle bien caché d’une ruelle quasi invisible, l’on découvre une Jérusalem Céleste rescapée de quelque édifice religieux, des têtes sculptées soigneusement ordonnées face à des pierres tombales gravées de formules étranges… quelque part entre prieuré et Dalineum.

Beaune, ce sont des paradoxes !  Celui de la place Monge, par exemple, ou l’érudit en statue de Bronze côtoie le délirant Dali devant le beffroi, classé au titre des Monuments Historiques le 27 aout en 1885, qui domine la place où se trouvait l’ancien Hôtel de Ville détruit en 1795. C’est une tour rectangulaire de six étages à toit tétragone (à quatre angles), surmonté d’une lanterne à huit faces dont la charpente en bois est recouverte de plomb. Sans doute fût-elle un jour couverte de tuiles vernissées. Alors pourquoi parler de pierres en Pays Beaunois… Alain Suguenot livre sa passion minérale, celle d’une pierre qui se taille, s’apprivoise, se polit, celle qui fait de la terre de Beaune…qui donne naissance aux vins les plus fabuleux qui soient. La ville de toutes les architectures et des places gardées par des tourelles chapeautées de tuiles sombres ou éclatantes.

Beaune c’est la ville des confluences religieuses et, tout au long des siècles, de nombreux ordres religieux, des Carmélites aux Visitandines en passant par les sœurs hospitalières de la Charité et de l’Hôtel Dieu, se sont installés à Beaune et certains continuent d’exister. Leurs couvents constituent aujourd’hui un patrimoine architectural sans pareil, qui attire et séduit les visiteurs.

Au temps des croisades, pèlerins et chevaliers venus de toute l’Europe se pressent sur les chemins de Bourgogne pour aller à Jérusalem. Les ducs de Bourgogne, qui tiennent parlement à Beaune, et le clergé local décident alors de construire une nouvelle église, plus vaste. Elle sera dédiée à la Vierge. D’inspiration clunisienne la Collégiale Basilique de Beaune est un monument incontournable dont l’histoire remonte au 12ème siècle. Les chrétiens viennent y prier la Vierge noire, le trésor de Beaune. Réplique de la célèbre Vierge en majesté du Puy en Velay, la « Vierge noire », est en réalité polychrome mais sculptée dans un bois fruitier qui s’est assombri avec le temps (non sans rappeler Notre Dame du Bon Secours à Dijon).  C’est avec ferveur et dévotion que les beaunois du moyen-âge partent en procession avec la Vierge lors des épidémies de peste qui dureront jusqu’au 16ème siècle.

L’église était desservie par un collège de chanoines séculiers qui vivaient en communauté et habitaient à l’extérieur de l’église dans de petites maisons qui forment un demi-cercle autour de Notre Dame. Amusez-vous à les retrouver, rue d’enfer, rue Maizières… A cette époque, l’église est une petite cité religieuse, ville dans la ville, elle est close par une herse. Les chanoines sont propriétaires d’un riche domaine dont de beaux vignobles. Leurs magnifiques caves voutées sont d’ailleurs juste à côté et on peut encore les visiter en allant chez la maison Drouhin ou la maison Jaffelin.

Est-ce un hasard si dans les armoiries des chanoines de Beaune, une grappe est placée dans les mains de Vierge avec la devise « Cause de notre joie » ? Non, bien sûr, mais plus d’un beaunois, le sourire en coin, s’est posé la question… Qui est la cause de cette joie ? La Vierge ou la grappe ? La Basilique Collégiale Notre Dame de Beaune c’est « l’église livre d’images », comme de nombreux édifices du moyen-âge, l’église était polychrome, parlait et enseignait grâce aux images… aux vitraux, aux tapisseries… comme celle du chœur... avec les tapisseries de la Vie de la Vierge, tissées en soie et laine sur 19 panneaux et dites «à mille fleurs».

On peut voir ainsi à Beaune d’autres tapisseries somptueuses, celle de Saint Eloi, celle de Saint Antoine ou celle de l’Agneau Mystique qui se trouvent toutes trois conservées aux Hospices de Beaune.

Les Hospices de Beaune, nous y voilà !

Le 4 août 1443 naît l'Hôtel-Dieu. La guerre de cent ans n'est pas encore terminée et Beaune souffre de misère et de famine. Les écorcheurs pillent et ruinent les campagnes. Les trois quarts des habitants de la ville sont sans ressources et les beaunois sont, dans leur grande majorité, déclarés indigents.

Pour racheter leur salut, Nicolas Rolin, chancelier du Duc de Bourgogne Philippe le Bon, et son épouse, Guigone de Salins, décident alors de créer un hôpital pour les pauvres. Ils le dotent d'une rente annuelle grâce à des salines, à la vigne et à de ressources propres.

Le 1er janvier 1452, l'hôpital accueille son premier patient. Dès lors et jusqu’au XXe siècle, les sœurs des Hospices de Beaune prendront soin de nombreux malades dans plusieurs grandes salles. L’Hôtel-Dieu a rapidement acquis une grande renommée auprès des pauvres, mais aussi auprès des nobles et des bourgeois.

A travers leurs dons, ceux-ci ont permis d’agrandir et d’embellir l’hôpital par la création de nouvelles salles et l’apport d’œuvres d’art. Ainsi l’Hôtel-Dieu est-il devenu un véritable « Palais pour les Pôvres ». Ses fonctions médicales ont été transférées en 1971 dans un hôpital moderne, à l’exception d’une maison de retraite.

Derrière les austères toits d’ardoises de la façade se trouvent l’éblouissante cour d’honneur, les magnifiques toits de tuiles colorées d’ocres jaunes, rouges, siennes et leurs lucarnes aériennes. Tout autour de la cour, l’organisation harmonieuse des bâtiments règle la vie de l’institution charitable. Sous les voutes en carène de vaisseau de la salle des Pauvres, on accueille les malades, dans la cuisine aux vastes cheminées gothiques, on prépare les repas alors que l’apothicairerie, avec son mortier et ses pots de faïence, est le domaine réservé de la sœur pharmacienne. 

De tout temps, il n'a jamais cessé de rayonner et a fédéré d'autres établissements, à Pommard, Nolay, Meursault et Beaune, pour constituer une communauté que l'usage a dès lors baptisée… Hospices de Beaune.

L’Hôtel-Dieu possède une importante collection de meubles, d’objets du quotidien et d’œuvres d’art, dont l’inventaire a été établi depuis 1987 par l’Inventaire général de Bourgogne. Parmi ces milliers d’objets, la magnifique tenture de Saint Antoine avec ses tourterelles et, une œuvre maîtresse, le Polyptyque du Jugement Dernier (1446-1452) du peintre flamand Rogier Van Der Weyden.

Le domaine foncier de l’hôpital s’agrandit au fil des donations de maisons, de vignes, ou legs en argent qui permettent à l’établissement de garantir sa stabilité financière et la pérennité de ses activités charitables. Le site doit également sa notoriété à la vente aux enchères annuelle des vins des Hospices, instaurée en 1859 sous sa forme actuelle « à la chandelle ». Cet événement constitue une œuvre de charité fidèle à l’esprit de Nicolas Rolin et de Guigone de Salins. Il représente un temps fort dans le monde viticole et procure aux Hospices Civils de Beaune des revenus non négligeables. L’activité hospitalière a perduré en ces lieux historiques jusqu’au début des années 1980 et se poursuit aujourd’hui au centre hospitalier de Beaune, une des entités des Hospices Civils de Beaune.

Beaune c’est la ville de l’heure, comme se plait à le dire monsieur le maire, et de nombreux clochers nous rappellent que le temps passe ici comme une rime d’Apollinaire « Vienne la nuit sonne l'heure… Les jours s'en vont je demeure » ! Qu’elles s’appellent Notre-Dame, Saint-Pierre, Sainte-Marie-Madeleine, Saint Nicolas, l’Hôtel-Dieu… des cloches qui ont sonnées se sont tues, d’autres sonnent encore derrière leur cadran ou sous leur beffroi pointu !

Et c’est au milieu de la place Monge que s’élève le beffroi où se trouvait l’ancien Hôtel de Ville détruit en 1795. C’est une tour rectangulaire de six étages à toit tétragone (à quatre angles… un peu de mathématiques ne fait jamais de mal), surmonté d’une lanterne à huit faces dont la charpente en bois est recouverte de plomb.  Si les fondations de la tour remontent au XIIe siècle, les étages supérieurs ont dû être construits au 14ème  siècle. Le document le plus ancien conservé à propos du beffroi date de la fin du 14e siècle.

Les Archives Municipales conservent ainsi les lettres patentes du 20 avril 1395 par lesquelles le duc Philippe le Hardi demande aux religieux de l’abbaye de Maizière de céder à la commune de Beaune la tour et une salle attenante en échange de l’exemption des droits d’entrée pour les vins de leurs propriétés. L’horloge est datée également de cette époque. En effet, une autre patente du 8 novembre 1398 crée un nouvel impôt sur le salignon de sel vendu au grenier de Beaune destiné à la construction d’une horloge « que l’on pourra ouïr dans toute la ville ». Usée, elle est remplacée en 1861.

Au sommet de la lanterne, la flèche portait une statue de la Vierge remplacée au début du 17ème iècle par celle d’un Mercure, enlevée à la Révolution. L’ensemble architecturel est manifestement d’influence flamande, des similitudes existent par exemple avec le beffroi de Gand et celui de Douai.

Au milieu du 18ème siècle, une délibération est prise par le maire et les échevins pour démolir la tour et construire à la place des prisons... heureusement ce projet n’aboutira pas.

En 1853 un muséum d’histoire naturelle prend place au beffroi grâce à la générosité de Louis Chevignard de la Palue, puis en 1938 le musée du vin y est installé temporairement. Le beffroi a été classé au titre des Monuments Historiques le 27 aout en 1885.

Et c’est comme un clin d’œil à cette histoire insolite que le Dalineum côtoie le curieux édifice et tutoie la statue de Gaspard Monge, comte de Péluse, né le 9 mai 1746 à Beaune et mort le 28 juillet 1818 à Paris, un mathématicien français dont l'œuvre considérable mêle géométrie descriptive, analyse infinitésimale et géométrie analytique… Non, ne me posez pas de question sur autre chose que sur la vie du bonhomme qui, en parallèle à ses travaux de recherche, enseigne une grande partie de sa vie et a comme élèves beaucoup des futurs grands mathématiciens français du 19ème siècle. Il joue un grand rôle dans la Révolution française, tant du point de vue politique que du point de vue de l'instauration d'un nouveau système éducatif, participe à la création de l'École normale de l'an III et de l'École polytechnique (en 1794), deux écoles où il enseigne la géométrie. Il concourt également avec Berthollet, Chaptal et Laplace à la création de l'École d'Arts et Métiers. Le soir du 10 août 1792, il est nommé avec cinq autres personnes (dont Danton) membre du conseil exécutif provisoire. Il occupe dès lors le poste de ministre de la Marine et s'installe rue Royale.

Le Dalineum, est quant à lui un musée entièrement consacré à l'œuvre de Salvador DALI, est installé à Beaune depuis novembre 2011. Son créateur, collectionneur passionné depuis 25 ans des œuvres du Maître catalan, vous accueille avec son équipe dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle -anciens locaux de la Banque de France- afin de vous présenter plus de 150 œuvres entres autres aquarelles, dessins, estampes originales, gouaches, peintures, sculptures, médailles et même du mobilier. Non, je ne vous raconterai pas la vie de Dali… tous à vos petits manuels d’histoire de l’art contemporain !!

Beaune se met en lumières dès que l'été revient et c'est un délice intime que de suivre le Chemin de Lumière qui suit le fil d'une histoire de pierre, de vignes, d'hommes et de femmes qui ont fait Beaune... La Collégiale Notre-Dame où les traits de lumière révèlent les différentes étapes de sa construction, romane, gothique et XIXe siècle. L’Hôtel des Ducs où Philippe le Bon, Duc de Bourgogne, apparaît entouré de ses armoiries avec aussi ses guerres, ses conquêtes qui rappellent que Beaune fut la capitale de Bourgogne jusqu’en 1479. La Chapelle Saint-Etienne dont  la végétation change de couleur et passe à l’automne. Le masque et le portrait du Roi Soleil apparaissent, rendant ainsi hommage à la venue de Louis XIV. L’Hôtel-Dieu et la fabuleuse histoire des Hospices. Le rempart des Dames où de la vigne à la cave les fûts arrivent jusqu’à la Vente des Vins qui fait rayonner Beaune dans le monde entier. La Porte Marie de Bourgogne et sa projection qui rend hommage aux personnalités historiques incontournables, Charles le Téméraire, Isabelle de Bourbon et Marie de Bourgogne. Le Beffroi et son fameux chat « chronophotographié » d’Etienne-Jules Marey. Le plan est ici !

 

Beaune c’est aussi la ville jardin, une idée, un mode de vie plus qu’un concept qui tient à cœur d’Alain Suguenot. Depuis 1989 le Conseil National des Villes et Villages Fleuris distingue la Ville de Beaune du label de qualité de vie Ville fleurie 4 fleurs pour la qualité de son fleurissement et son intégration dans le patrimoine architectural. Ce LABEL a été renouvelé en novembre 2015. La fleur d’OR a été décernée en novembre 2015 pour un an.

La Direction des Parcs et Jardins ce sont 50 agents titulaires et 5 apprentis en charge de l’entretien des espaces verts de tous types de végétaux sur 151 ha , y compris la production florale, l’arrosage automatique, les terrains de sports, les aires de jeux, le mobilier urbain, les élagages etc.

Beaune c'est la ville d'une rose qui porte son nom... En 2006, Beaune a été chargée de représenter la France au concours européen Entente Florale 2006. C’est à cette occasion que la variété de rosier "Rose de Beaune" a été créée. Cette variété possède des qualités exemplaires, collaborant magnifiquement avec le terroir viticole de Beaune.

C’est un rosier aux branches souples, portées par une plante robuste et vigoureuse dont les fleurs rose clair, d’un diamètre de 5 à 7cm, semi-double, parfumées, fleurissent en bouquet. Idéale pour les grands espaces, les massifs et autres haies, ce rosier convient ainsi parfaitement à un environnement urbain en raison de sa très bonne résistance aux maladies.

Beaune ce sont 6300 arbres, comme les splendides Ginko biloba dans le jardin du Square des Lions, les Fagus sylvatica Aplénifolia et Pendula ainsi que des Taxodium dusticum au Parc de la Bouzaize, le marronnier du Jardin de la Porte Saint Nicolas, les platanes classés du boulevard Joffre... Beaune ce sont des rues et des parcscomme le parc Saint-Jacques (ou Etang Duthu) qui a hérité du nom d'un chemin emprunté autrefois par les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. Ce site fut aménagé une première fois en 1982 pour créer un espace vert de détente, puis modifié en 2011 pour mettre l'accent sur la biodiversité.

Traversé par un cours d'eau et une succession de petits étangs, ce parc a gardé un aspect naturel où se côtoient des fossés et prairies humides, un sous-bois de peupliers et d'acacias, des massifs de plantes mellifères et vivaces. Et vous retrouverez, en cliquant sur la photo de ce tronc étonnant, le répertoire complet des arbres qui sont une autre fierté de la ville.

Beaune c'est décidément un maire omniprésent, avec ses jardins et ses passions qu'il me fit la confiance de livrer...

«J’ai besoin de respiration, dit-il, de partir faire du VTT dans les vignes, les pans escarpés. Un sport un peu égoïste qui me vaut de nombreuses fractures, et monsieur le maire raconte en riant des nombreux plâtresJe n’aurais jamais pu être golfeur mais j’ai une double vie, celle de maire et celle de casse-cou ! Et surtout, je suis un passionné de la pierre... je suis un peu maçon avec le sens du corps de la pierre, mais je me limite aux gros travaux… les restaurations de fresques, les choses fines c’est mon épouse qui le fait… mais je sais creuser un fossé, monter un mur…

Et ce qui m’émeut c’est quand je suis tout seul dans la cour des Hospices les petits matins d’automne avec les petites vapeurs qui s’échappent, la lumière…c’est un peu comme un Everest qui renforce ma passion et la fierté de cette ville, une sorte d’atavisme partagé par les beaunois et souvent ceux qui justement n’y sont pas nés. Beaune c’est aussi une odeur, comme le livre de Suskin… quand j’étais enfant je reconnaissais chaque couleur de ma boîte de 50 crayons caran dache, rien qu’à l’odeur de chaque mine…c’est un peu du subliminal, c’est mélanger les sens qu’il faut s’autoriser et cela, cette sensualité, je la retrouve dans Beaune, la sensualité minérale du cercle en quelques sortes… le cercle magique et j’aime le minéral, la pierre.

Et qu’est-ce qui fait le vin ? Ce n’est pas le raisin en soi, ce n’est pas le soleil à lui seul, c’est le sol et la pierre de ce sol… Ces pierres qui guérissent et soulagent aussi les mots du corps, lorsque je tombe ou que je suis fatigué en VTT je fais comme les anciens, je me couche sur la pierre chaude et cette force tellurique considérable, cette magie de la pierre sensuelle et chaleureuse pour peu qu’on la reçoive …nous sommes vraiment dans l’inné et l’acquis mais la pierre ça s’apprend, et quand j’en prend une je prends CELLE LA ! »

Et de citer un passage succinct des Saintes Ecritures, cher à Victor Hugo « Un homme demande à Jésus le charpentier… c’est dur votre métier, Jésus répond oui c’est dur mais c’est un beau métier. Un second homme demande au troisième, Pierre… c’est dur votre métier ? Et Pierre répond… oui c’est dur, c’est beau, c’est un métier extraordinaire … mais c’est avec cela qu’on édifie les temples… »


Et notre discussion dans l’intimité d’Alain Suguenot évoquera les Bâtisseurs de Cathédrales, des amitiés communes et de longue date comme celle de Jean Pierre Soisson, qui fut maire d'Auxerre, ministre et président de la Région Bourgogne, avec ses grands moments d’éloquence et sa passion de l’écriture… Et nous évoquons ce vieux monsieur au travers d’un petit ouvrage, Voyage en Norvège, qui fait découvrir un écrivain amoureux des arts, de l'histoire, un homme qui ne croit pas à la mémoire écrivant … les pierres durent plus que le souvenir… un homme différent de l'homme public, qui nous distille un vrai bonheur de lecture. Ce en quoi se retrouve Alain Suguenot, maire de Beaune qui m’accorda cet après midi d’hiver dans son bureau, entouré des objets qu’il affectionne et raconte chacun une histoire.

 

Mes remerciements à Alain Suguenot pour ce moment de partage minéral et bienveillant...

 

Mes remerciements aux services des archives, à Serge qui fit en sorte que je reste seule (mais sous bonne garde) quelques minutes devant Le Jugement Dernier en compagnie d'un Saint Jean le Baptiste un genou en terre...

 

Crédit photos Marie Quiquemelle

m.quiquemelle@echodescommunes.com

 

 

 

 

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