Donnant Donnant Voeux et Dons en Gaule Romaine avec le Musée Archéologique de Dijon

Désir d’enfant, souci de santé, besoin d’argent, recherche de succès  ou comment les hommes et les femmes de l’Antiquité, livrés aux aléas de la vie confiaient à leurs divinités rituels et objets d’offrande, dévoilant ainsi leur quête de sécurité, de santé et de prospérité. Le musée archéologique de Dijon présente dans sa nouvelle exposition temporaire des témoignages étonnants qui révèlent les coutumes du don et du contre don, le Donnant-Donnant, des civilisations antiques.

 

Réalisée en coproduction avec le musée romain de Nyon en Suisse et grâce à la collaboration d’une trentaine de musées et institutions françaises et suisses qui ont accordé des prêts généreux, l’exposition Donnant Donnant Vœux et Vœux et Dons en Gaule Romaine porte à notre regard des objets rituels, des sculptures, des figurines retrouvés au long de trois millénaires.

  

Car les religions de l’Antiquité connaissent une multitude de dieux et déesses, et le polythéisme romain n’exclut pas les divinités des autres. Ainsi, après la conquête des Gaules, la plupart des dieux indigènes continuent à être vénérés. Un système religieux ouvert, où les divinités d’origines diverses peuvent cohabiter, se met en place.

 



Donnant Donnant Voeux et Dons en Gaule Romaine avec le Musée Archéologique de DijonAu foisonnement de dieux correspond une multitude de lieux de culte, où se pratiquent des rituels qui varient selon les divinités vénérées, les communautés et les traditions locales. Des traditions et rituels où on donne pour avoir un reçu, où on offre aux divinités quelques présents en échange d’un secours où le vœu devient une sorte de contrat entre mortel et dieux.

 

L’exposition du musée archéologique de Dijon montre la place prépondérante qu’occupent les rituels d’offrande dans les religions antiques. Ils permettent aux hommes et aux dieux d’entrer en contact. Les dons se déclinent en animaux sacrifiés, aliments, monnaies, objets de la vie quotidienne ou mobilier pour orner ou équiper les sanctuaires.

En bronze, en bois, en terre cuite ou en pierre, les objets miniaturisés et les figurines ou plaquettes représentant des parties du corps humain ont, pour leur part, été créés spécialement pour être offerts aux dieux. Une grande partie des dons déposés dans les lieux de culte sont ce qu’on appelle couramment des « ex-voto » (de votum, vœu en latin). Ils viennent clore un processus initié par un vœu : en implorant la divinité, on lui fait la promesse d’une offrande si le vœu est exaucé. Il s’agit d’une sorte de « contrat » passé entre les hommes et les dieux, notamment face à la maladie, l’accident ou la stérilité. Dans ce sens, les ex-voto anatomiques font foison : on trouve des pieds, des mains, des bustes, des poumons ou encore des yeux sur tôle de bronze qui constituent une offrande très commune en Gaule romaine.

 

 

Alors que se passait-il… dans l’antiquité ?

 

D’abord et singulièrement on honorait, banquetait, priait et donnait… Les rituels qui se déroulaient dans les sanctuaires de la Gaule romaine étaient nombreux et divers. Chaque lieu de culte avait son calendrier de cérémonies et de fêtes, ainsi que ses pratiques rituelles particulières. Celles-ci, souvent réglementées par des lois spécifiques, variaient selon les divinités vénérées, les traditions locales, le type de culte ou les communautés qui géraient le sanctuaire.

Donnant Donnant Voeux et Dons en Gaule Romaine avec le Musée Archéologique de DijonDonnant Donnant Voeux et Dons en Gaule Romaine avec le Musée Archéologique de DijonLe sacrifice ou l'offrande universelle, acte central des religions antiques est le sacrifice. Il s’agit d’un rituel d’offrande, qui peut être sanglant ou non, par lequel hommes et dieux entrent en contact et qui définit clairement les rapports qu’ils entretiennent les uns avec les autres. Aussi s’agit-il du don par excellence, qui laisse très peu de traces une fois qu’il a été accompli et que cendres et ossements ont été évacués.

Si les offrandes alimentaires, et plus généralement celles des produits de la terre, sont omniprésentes dans le rite, bien d’autres dons sont faits aux dieux sous forme d’une somme d’argent, de métal précieux ou toute sorte d'objets comme bijoux, vêtements, armes, vaisselle, etc.

Le vœu c’est une sorte de contrat… Une grande partie des dons déposés dans les sanctuaires sont ce qu’on appelle couramment des ex-voto. Le formulaire votif par excellence, répété sur des milliers d’inscriptions, est toutefois différent. Ainsi, votum solvit libens merito… soit… il s’est acquitté de son vœu de bon cœur, comme de juste en abrégé VSLM. Tout commence par la souscription du vœu… nuncupatio voti ou la promesse conditionnelle par laquelle on s’engage à offrir telle chose à la divinité si l’on est exaucé. Une fois exaucé, on est « condamné » à s’acquitter de son vœu. On dit alors qu’on est damnatus voti.

Les vœux peuvent être souscrits à toutes sortes d’occasions, mais avant tout pour la « sauvegarde » de l’individu, pour le maintien de son bon état général. C’est ce qu’on appelle les vota pro salute. Salus a ici un sens beaucoup plus général que la bonne santé physique. La « sauvegarde » est aussi celle des biens, du rang social, etc. On peut souscrire un vœu pour soi-même ou pour les membres de sa famille.

Donner pour recevoir… Ou quand l’offrande accompagne l’acquittement du vœu, et non sa souscription, comme on le dit parfois. Sans doute, dans bien des cas, les ex-voto modestes venaient-ils en appoint d’un don plus important – sacrifice d’un animal, somme d’argent – par lequel on se déliait de sa dette envers les dieux. Inversement, les ex-voto en métal précieux possédaient une valeur intrinsèque telle qu’ils constituaient sûrement l’offrande principale du dédicant. Ils étaient soigneusement conservés dans les trésors des temples. Parfois, au contraire, le donateur s’excuse de n’avoir pu dépenser davantage...

 

Donnant Donnant Voeux et Dons en Gaule Romaine avec le Musée Archéologique de DijonDonnant Donnant Voeux et Dons en Gaule Romaine avec le Musée Archéologique de Dijon

 

Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Ex-voto, encore et toujours de VSLM à VFGA…

 

Les ex-voto n’ont pas cessé d’exister en même temps que le polythéisme antique dans lequel ils étaient omniprésents. Si la logique même du vœu a changé, on retrouve, du Moyen Âge à l’époque contemporaine, exactement les mêmes catégories d’offrandes. Les « corps en morceaux » par exemple continuent à témoigner d’une demande de guérison atemporelle et universelle, de Fatima à la Madonna di Pompei, du Mexique à la Grèce. Alors que la question de la place des religions dans nos sociétés contemporaines se pose en pleine actualité, interroger les pratiques anciennes est souvent éclairant.

 

Rien alors n’a-t-il changé ?


Donnant Donnant Voeux et Dons en Gaule Romaine avec le Musée Archéologique de DijonIl serait faux de le penser. D’abord, l’histoire longue des ex-voto est faite de hiatus et de ruptures, autant que de continuités. Ensuite et surtout, c’est la logique même du vœu qui s’est modifiée. À l’obligation contractuelle du votum romain se substituent d’autres manières de croire au surnaturel de l’intervention divine. Le terme de « grâce », qui renvoie à un concept important de la théologie chrétienne, fait son apparition.

A la formule du vœu romain VSLM, votum soluit libens merito « il s’est acquitté de son vœu de bon cœur, comme de juste», se substituent d’autres formules, dont la plus emblématique s’abrège par les quatre lettres VFGA, votum fecit, gratiam accepit « il a fait un vœu, il a reçu la grâce ».

 

La ville de Nyon, le ministère français de la culture, la DRAC Bourgogne-Franche-Comté, soutiennent la politique scientifique et culturelle du musée archéologique de Dijon dont Dominique Montigny est conservatrice en chef et commissaire de cette exposition. L’exposition Donnant Donnant Vœux et Dons en Gaule Romaine c’est aussi un comité scientifique Olivier de Cazanove, Professeur à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, Jacques Meissonnier, Conservateur du patrimoine honoraire au SRA de Bourgogne, Laurent Popovitch, Maître de conférences à l’Université de Bourgogne, Michel Aberson, Maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, Frédérique Bouvard, Attachée de conservation, Musée archéologique de Dijon, Izmini Farassopoulos, Assistante, au Musée romain de Nyon. Frédéric Beauclair quant à lui en assure la scénographie.

 

 

Donnant Donnant Voeux et Dons en Gaule Romaine avec le Musée Archéologique de DijonDonnant Donnant Voeux et Dons en Gaule Romaine avec le Musée Archéologique de Dijon

Nommé il y a un an à Dijon avec pour mission la direction des musées et du patrimoine suite au regroupement du musée des Beaux-arts, du musée archéologique, du musée de la vie bourguignonne, du musée d’art sacré, du musée Rude ainsi que du service Ville d’art et d’histoire, David Liot a pour objectifs de contribuer au rayonnement de la ville à travers une offre muséale repensée, à l’émergence d’une identité commune « Musées de Dijon » et à la mise en œuvre de fonctionnements et de modes d’organisation convergents. Pour David Liot, les musées « ne sont pas que des réceptacles de belles œuvres sur de beaux murs » !

 

Retrouvez les collections permanentes du musée ici

Le programme complet de l'exposition se trouve dans les Rendez-Vous de Côte d'Or ici

 

Donnant Donnant Voeux et Dons en Gaule Romaine avec le Musée Archéologique de DijonDonnant Donnant Voeux et Dons en Gaule Romaine avec le Musée Archéologique de Dijon

Musée archéologique
5 rue Docteur Maret à Dijon
tél. : 03 80 48 83 70

Du 1er avril au 31 octobre: musée ouvert de 9h30 à 12h30 et de 14h à 18h, musée fermé les mardis

Du 2 novembre au 31 mars : musée ouvert les mercredis, samedis et dimanches de 9h30 à 12h30 et de 14h à 18h ; musée fermé les lundis, mardis, jeudis et vendredis (sauf pour les groupes sur réservation)

Fermetures annuelles : le 1er janvier, les 1er et 8 mai, le 14 juillet, les 1er et 11 novembre et le 25 décembre

 

 

Crédit photos

Coquille en argent avec inscription du sanctuaire de Menestreau © Michel Rosso

Pied dit « à l'éponge » calcaire du sanctuaire Sources de la Seine © François Perrodin

Masque figurant un visage masculin de profil alliage cuivreux© François Perrodin