Villes et villages, vers des destins partagés

25 juillet 2019

Pour le dernier forum de la saison, La Fabrique du Millénaire proposait un sujet crucial pour la survie de nos campagnes, l’inter-activité entre villes moyennes et villages environnants. Toujours plein d’à-propos Philippe Bertrand a animé le débat de ses questions pertinentes ne laissant place ni à la complaisance ni à la langue de bois.

 

L’ordre du jour était clair « Villes et villages vers des destins partagés », les invités judicieusement sélectionnés, représentant la Côte-d’Or Laurence Porte maire de Montbard et Francis Castella maire de Sainte-Colombe, côté Haute-Marne, Anne-Cécile Dury maire de Vals-des-Tilles et Sophie Delong maire de langres

 La Fabrique du Millénaire, Philippe Bertrand

«Aujourd’hui il y a un intérêt pour les territoires mais que représente ce mot? Est-ce l’inter-communalité, est-ce le département ou la région? La plupart du temps ce sont les collectivités locales avec les habitants qui fabriquent les solutions », telle est l’introduction de Philippe Bertrand, il y a une vraie question sur les relations entre villes et villages». Il interroge « que peuvent apporter les villes, ce n’est pas le pot de fer contre le pot de terre, c’est avec, et qu’est-ce que le péri-urbain et la campagne peuvent apporter à la ville?

Laurence Porte, maire de Montbard (8.000 habitants dans les années 80, 5.500 aujourd’hui) répond, « c’est un échange, la population des villages environnants travaille et consomme dans nos villes et inversement elle profite de nos infrastructures, cinémas, centres aquatiques, théâtres, hôpitaux… ».

Francis Castella, maire de Sainte-Colombe commune satellite de Châtillon-sur-Seine avec 982 habitants de répondre « on a souvent tendance en milieu rural à être un peu fataliste mais il est important de voir la dynamique des territoires, on arrive à développer des projets importants pour la population et surtout pour sédentariser les gens car les grandes villes aspirent la population», il  renchérit « historiquement il y avait une rivalité entre ces deux villes, l’une ouvrière l’autre commerçante, aujourd’hui ce n’est plus le cas nous pouvons discuter autour d’une table, notre attractivité est la mise en place de services, lotissements , groupe scolaires, micro-crèche et fiscalité raisonnable permettant de garder les entreprises et faire vivre un territoire et voir ainsi sa population augmenter ». 

 

Laurence Porte évoque la perpétuelle baisse démographique « une des causes principales est la problématique du logement, il ne correspond plus aux attentes des candidats potentiels à la délocalisation d’où l’importante de travailler sur une opération programmée de l’amélioration de l’habitat afin de redensifier le centre bourg, d’autant plus que nous avons l’avantage concurrentiel de la gare TGV dont tout le monde profite, mais on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, il faut être dans une dynamique d’investissement, ce n’est pas parce que les temps sont durs qu’il ne faut pas investir. Bien au contraire, c’est quand ça va mal qu’il faut prendre des risques pour accueillir une nouvelle population. De plus à mon arrivée il y avait une dette de 18 millions d’euro qui traînait depuis 10 ans et pesait sur la population, notre feuille de route était d’investir et baisser la fiscalité, à la fin de mon mandat elle n’en sera plus qu’à 15 millions malgré tous les investissements». 

 

A l’instar de Sainte-Colombe la petite commune de Vals-des-Tilles, porte d’entrée sud du futur Parc National, a vu augmenter le nombre de ses habitants « il y a un engouement des jeunes pour un retour aux sources déclare son maire Anne-Cécile Dury, ce qui fait le charme du village c’est son corps bâti ancien très préservé ainsi que nos commerces, artisans et services comme les  taxis à la demande à 3€ l’allé-retour Langres. Avoir une logique concurrentielle c’est se tirer une balle dans le pied, on a des maisons en pierre à réhabiliter, des granges vacantes alors pourquoi bétonner nos paysages? Il y a un phénomène nouveau c’est la migration d’agrément, avec internet les gens sont plus mobiles, il y a des créateurs de petites entreprises, des agriculteurs avec des projets de biotop, les choses bougent et l’ingrédient moteur de tout cela est la solidarité».

 

Les limites de l’attraction des grandes métropoles seraient atteintes, ne pouvant plus supporter des loyers faramineux les revenus moyens tendent à s’expatrier dans des villes moyennes aux coûts plus raisonnables et à la tranquillité incomparable d’où une nécessité pour ces communes d’anticiper.

 

La Fabrique du Millénaire, Philippe BertrandPhilippe Bertrand s’interroge « pensez-vous toujours collectivement?».

La ville de par sa densité de population est très consommatrice c’est la campagne qui l’alimente mais inversement les villes proposent aux villages des prestations qu’ils ne pourraient pas s’offrir, gares, écoles, cinémas, centres sportifs ou aquatiques, administrations. 

Sophie Delong a particulièrement ému l’auditoire avec son témoignage poignant sur la situation désolante de la ville de Langres qui couvre à elle seule les charges de collectivité dont bénéficie grassement sa voisine la ville nouvelle de Saints-Geosmes au résultat positif mais faussé par ce déséquilibre, creusant ainsi la tombe de Langres, ville au passé chargé d’histoire mais au futur fortement menacé, « Langres a une magnificence passée qui a perdu tout son pouvoir géographique, elle est excentrée aux confins du Grand-Est, le dernier coup de grâce ayant été le découpage départemental, déplore son maire, il est insensé que dans le monde politique l’on se méfie les uns des autres car on ne peut s’en sortir qu’en s’entre-aidant ». Et Laurence Porte de renchérir «il faut essayer de travailler sur les complémentarités, c’est encore difficile avec certains collègues élus car à Montbard comme à Langres tous les équipements sont exclusivement portés par nos villes alors que toutes les communes périphériques en profitent, nos villes et nos campagnes sont belles ne l’oublions pas, il faut valoriser tout cela et être fier de nos territoires».

 

C’est sur cet échange passionnant où il y aurait encore tant de choses à ajouter que Philippe Bertrand clôt la saison de la Fabrique du Millénaire « l’habitat est la base de tout, les villes moyennes ne peuvent survivre sans nos campagnes, pourtant la méfiance mutuelle existe toujours entre villes et petits bourgs, instaurer la culture du partage est notre survie, la solidarité en est le maître-mot ».

La Fabrique du Millénaire, Philippe Bertrand

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