Ces jeunes qui sont l'avenir de la ruralité

10 décembre 2019

Pour sa septième édition et suite à l’exposition photo d’Hervé Parmentier sur les jeunes acteurs du territoire 21 & 52 la Fabrique du Millénaire a invité le 22 novembre 2019 les citoyens du monde à participer à un Forum intitulé « CES JEUNES QUI SONT L'AVENIR DE LA RURALITÉ ». 

Originaires d’ici ou venus d’ailleurs, ils ont choisi de s’implanter dans nos territoires, conscients que ce n’est pas chose facile mais pour autant déterminés à mener à bien leur aventure. Armés de courage ces jeunes donnent une nouvelle perspective à nos régions et aux sceptiques convaincus de l’impasse dans laquelle se trouve l’économie de nos territoires.

Sont-ils soucieux de faire fortune ou souhaitent-ils être les acteurs d’un mieux-vivre commun? Cinq jeunes entrepreneurs entre 22 et 39 ans répondent aux questions de Philippe Bertrand, organisateur et maître de cérémonie de la Fabrique du Millénaire. De nos jours une création sur trois se réalise dans le monde rural. De plus en plus portées par les jeunes, ces créations d’activité ne peuvent qu’évoluer positivement avec la naissance du 11e parc national et la diffusion imminente de la fibre.

la Fabrique du Millénaire
La parole est à la benjamine Elvina Etiévant, 22 ans, jeune fleuriste et horticultrice originaire du Jura que l’on peut retrouver dans son camion aménagé sur les marchés locaux.
La Petite Fleuriste Nomade explique son parcours à Philippe Bertrand « j’ai toujours aimé bouger et voyager, j’ai été scout, arpenté l’Irlande à pied et à vélo, j’ai aussi fait de l’humanitaire au Maroc et j’aimais les fleurs mais ne savais pas trop où me poser. Du coup j’ai choisi l’alternative de vendre sur les marchés en nomade dans mon camion ». Mais sa démarche ne s’arrête pas là, la fleuriste nomade fait de l’environnement son fournisseur favori « tout en respectant son équilibre je vais chercher une partie de mes fournitures dans la nature, branches mortes, mousse, cailloux, tout cela se mêle aux fleurs qui proviennent au maximum de France, Châtillon-sur-Seine, Fouchères…». Son étude de marché est elle aussi originale et très personnelle « j’ai déposé dans les marchés des panneaux avec un questionnaire ludique et à ma grande surprise j’ai eu beaucoup de réponses, les gens ont dit aimer repartir du marché avec un bouquet, or il n’y a pas de fleuriste de fleurs coupées sur nos marchés locaux. Depuis, la demande ne fait qu’augmenter, je suis contente et ne regrette rien mais il faut continuer à soutenir les gens comme moi qui veulent se lancer car c’est une expérience de dingue, être jeune présente des avantages, j’ai eu une aide de la région, de la Zone de Revitalisation Rurale ainsi que d’Initiative Côte d’Or».

la Fabrique du MillénaireC’est au tour de Florence Moley, 37 ans, de la Ferme du Bout d’Chemin, éleveur de porc bio à Chemin d’Aisey, de répondre aux questions de Philippe Bertrand
« bientôt six exploitations agricoles pour 70 habitants…que se passe t’il à Chemin d’Aisey pour qu’un si petit village ait autant d’entrepreneurs ?». Il semblerait qu’il y fasse bon vivre raconte Florence. En 2012 elle revient en Côte-d’Or retrouver la ferme familiale de Chemin d’Aisey avec son compagnon puis son beau-frère. « J’ai été en Bretagne pour apprendre à faire du cochon cela m’a permis de savoir ce que je ne voulais surtout pas faire. Aujourd’hui nous sommes 3 associés, pour nous le choix de faire du bio a été une évidence. Nous produisons des céréales bio pour nourrir nos cochons, les porcs sont sur paille et non sur béton, et la transformation se fait sur place. A la question « avez-vous fait un business- plan avant de vous lancer? » la jeune entrepreneuse répond mitigée « quand on s’installe on nous demande un plan sur 5 ans, mais tout change au fil du projet et des bâtons dans les roues, nous n’avions pas forcément de ligne directrice ».
Philippe Bertrand l’interroge
- que pensez-vous des aberrations où le bétail fait 500km pour l’abattage et retourne au point de départ pour être vendu comme production locale?- « Ce n’est pas évident au début car avant de trouver les marchés en circuit court il faut parfois en passer par là ».
- Mais n’est-ce pas insensé de se lancer dans l’élevage, l’agriculture sachant ce qui se passe aujourd’hui? Suicides, fermes qui disparaissent ou qui se font engloutir, la PAC, les politiques de la FNSEA? « Je pense qu’il y a plein d’agricultures différentes, chacun est libre de faire ce qu’il a envie de faire. Il y a des méthodes qui sont plus sensibles que d’autres, comment ne pas évoquer le film Au nom de la Terre qui est terriblement percutant? On peut facilement s’identifier à cet agriculteur. Quand on s’installe on a un idéal d’agriculture, vient tout un tas de personnes qui vont vous conseiller, vous déstabiliser…si on n’a pas le recul et la volonté suffisante pour suivre son idéal, on a vite fait de se laisser embarquer par toutes leurs propositions gigantesques. Il ne faut pas oublier qu’il y beaucoup de corps de métiers qui gravitent autour de l’agriculteur, on nous explique que c’est super d’investir et d’emprunter gros et après quand arrivent les soucis il n’y a plus personne ».
Pour la première fois Florence et ses deux associés Jean-Yves et Jean-François peuvent enfin se payer un SMIC, il leur aura fallu attendre 7 ans pour créer un réseau de vente suffsamment rentable mais une chose est sûre, aucun d’eux ne regrette les exigences de cette aventure .

la Fabrique du MillénaireC’est au tour d’Adeline Lenoir créatrice de l’agence Hôtes Insolites à Vaillant ( Haute-Marne) de témoigner sur sa démarche inédite.
« Je me suis rendue compte qu’il y avait un besoin sur le métier d’hébergeur insolite. Ayant géré un camping j’avais les connexions et l’expérience suffisante, je savais qu’il y avait un créneau à prendre. Aussi, le projet du parc national a déterminé mon choix de lieu ». L’hébergement insolite est un concept subjectif sans véritable définition, « j’accompagne les projets d’installations démontables avec des gens qui viennent de toute la  France et qui pour beaucoup ont envie de changer de vie ».
Est-ce une mode bobo ou cela correspond-il à une vraie demande urbaine? Questionne l’animateur. « Je suis convaincue que cela va se développer car les gens vivent de plus en plus en ville et ont besoin d’en sortir. Il y aussi l’engouement pour l’expérience insolite, on aime raconter qu’on a dormi dans une yourte ou dans une bulle en pleine nature».

la Fabrique du Millénaire

Une belle aventure? C’est indubitablement celle de la Brasserie de la Choue à Giéy-sur-Aujon et d’Anthony 34 ans, qui découvre le monde de la bière en 2002
« j’avais 16 ans quand je me suis rendu à mobylette dans cette brasserie espérant décrocher un travail d’été. J’ai exercé toutes les petites tâches pendant trois étés avant d’arrêter mes études d’informatique et d’être réellement formé à devenir maître-brasseur. En 2007 le créateur de la brasserie a souhaité arrêter l’activité c’est alors que j’ai repris l’affaire avec
un associé pour ensuite en prendre seul les rennes. Mon souhait a toujours été de former et faire travailler les jeunes du village pour éviter qu’ils partent, c’est chose faite, ils sont 7 temps complets! ».
Avec ses 300.000 litres de bière par an la brasserie artisanale de la Choue connaît un magnifique essor porté par le courage et la passion de ce jeune chef d’entreprise « la culture bière se développe de jour en jour, les gens apprennent à la déguster et nous avons la chance d’avoir une excellente eau de source pour sa fabrication. Il faut savoir qu’il faut 10 litres d’eau pour obtenir 1 litre de bière et le projet de la brasserie est d’en diminuer la consommation, elle est réduite à ce jour de moitié grâce à un système de récupération d’eau ».
Qualité et marketing, voilà la recette de la Choue « le créateur a vraiment très bien travaillé, on a une belle bouteille, un bouchon, un muselet, une étiquette et sa chouette avec une dorure à chaud, le marketing a été très bien fait cela change des bouteilles à capsules. La recette de notre réussite c’est d’avoir toujours du stock et pas trop de diversité dans nos produits ».

Si pour Anthony le parc est un nouvel outil de travail aux multiples espérances, c’est Sylvain Boulangeot animateur de la Maison de la Forêt qui saura le mieux en parler.
L’amour de la forêt a conduit Sylvain dans cette aventure « c’est un superbe territoire, quand on a l’opportunité d’un travail qui invite à grimper dans les arbres pour faire découvrir la nature aux enfants et au grand public on y croit même pas! C’est un chouette coin où les gens vous ouvrent rapidement leur porte avec des forêts immenses, on peut s’y balader des heures sans croiser personne, faire des rencontres insolites de plantes et d’animaux rares, croiser un chat forestier ou tomber sur une cigogne qui vous gronde à l’orée d’un bois c’est extraordinaire. Du coup on a envie d’être à chaque fois un peu plus ambassadeur de cette région c’est pourquoi j’ai aussi accepté la direction de l’Office de Tourisme du Châtillonnais".

la Fabrique du Millénaire- Mais pourquoi avoir attendu la création du parc pour faire la promotion de notre Châtillonnais qui pendant des années était simplement représenté par une vache et une meule de foin?- sera la question de la fin posée par Philippe Bertrand. « Pendant longtemps la population locale avait un vrai problème à reconnaître le caractère exceptionnel de son patrimoine. C’est en train de change grâce au parc national qui donne un énorme coup de projecteur sur les richesses de ce territoire. C’était la dernière chance de saisir le projet le plus adapté aux territoires 52 & 21 et faire la part belle à une naturalité sauvage et intéressante.

Ce 7ème forum porté une nouvelle fois par l’énergie de Philippe Bertrand trouve son fil conducteur dans l’intérêt d’un bien vivre LA région. Que ce soit des jeunes entrepreneurs ou du public venus de tous horizons, il émane une envie d’investissement personnel et associatif. C’est avec un témoignage du public que se clôturera le 7ème forum de La Fabrique du Millénaire « ce qui a été entendu ce soir c’est que non seulement ces jeunes créent leur activité mais très souvent ils ont à côté une vie associative très riche avec une envie de partager et de transmettre ».

Louise-Marie Hessenbruch.

PARTICIPANTS:
- Sylvain Boulangeot, animateur de la maison de la Forêt et président de l’Office de Tourisme du Châtillonnais. Côte d’Or.
- Adeline Lenoir, formatrice à la création d’hébergements insolites. Haute-Marne.
- Antony Nury, maître brasseur de la Choue, Haute-Marne.
- Elvinia Etiévant, fleuriste itinérante. Côte-d’Or.
- Florence Moley, éleveur de porcs bio. Côte-d’Or.

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