L'hydrogène, ça gaze en Bourgogne Franche-Comté

29 janvier 2020

Avec un investissement de 90 millions d'euros d'ici à 2030 en soutien à la filière hydrogène, la Région Bourgogne-Franche-Comté consolide son rôle d'innovateur dans une filiale dont elle est pionnière. Car si l'hydrogène semble aujourd'hui faire office de remède miracle face aux enjeux environnementaux et notamment au rejet de Co2 dans l'atmosphère, la Bourgogne-Franche-Comté, n'a pas attendu les grands changements climatiques. Au siècle dernier déjà, la Région s'est lancée dans la recherche autour de ce combustible décarbonné...

 

L'hydrogène, ce combustible béni...

Constituant de l'atmosphère, présent partout dans l'univers, ce gaz a été découvert en 1766 par la physicien britannique Henry Cavendish. Le chimiste lui donne alors le nom de « air inflammable » car sa particularité est d'exploser au contact de l'oxygène et de dégager de la vapeur d'eau ou de produire de l'électricité, via une pile à combustible. Autre avantage, il permet de stocker l'énergie à très long terme/ On comprend dès lors pourquoi, dans un monde qui rêve d'un combustible décarbonné, l'hydrogène apparaît donc comme un remède miracle.

La Bourgogne-Franche-Comté, leader français de l'hydrogène

La Bourgogne Franche Comté – qui, on l'oublie trop souvent est le premier territoire industriel français - l'a très vite compris... Dès 1999, l’université de Franche-Comté a débuté ses recherches et travaux sur les piles à combustible, a procédé aux premiers essais sur une locomotive en 2006, a  immatriculé le premier véhicule à hydrogène en 2011, le F-City H2 - conçu par FAM Automobiles dans la Doubs, directement issu du Pôle compétitivité Véhicules du Futur fondé en 2005 - mais s'est surtout lancé dans la production d'hydrogène issue des énergies renouvelables, notamment l'éolien, qui transforme l'électricité produite dans les périodes de faible consommation en hydrogène, répondant ainsi au problème du coût de stockage, extrêmement élevé et donc très longtemps ignoré.

Aujourd'hui labellisée « Territoire Hydrogène », la BFC s'est engagée dans une stratégie industrielle unique en France  en s'appuyant notamment sur le Le FC-Lab, une fédération qui regroupe 180 chercheurs et repose sur 6 laboratoires de recherche et 9 établissements (CNRS, Université de Franche-Comté, UTBM, ENSMM, IFSTTAR, Université de Lorraine, INSA Lyon, École Centrale Lyon, Université de Lyon).

Mais tout cela sous certaines conditions.. . Car si l'hydrogène est propre, il est, dans le monde, à 95% produit par vaporeformage de gaz naturel, donc d'hydrocarbures, et présente alors un bilan carbone catastrophique. Et la Région n'entend soutenir que les projets d’hydrogène vert et, dans certains cas, bas carbone (coproduits, déchets), qui répondent aux exigences des Garanties d’Origines (GO) établies dans le référentiel européen CERTIFHY (https://www.certifhy.eu), c’est-à-dire d’une valeur inférieure à 60% de l’hydrogène produit à partir d’un hydrocarbure.

Immeubles, bus, trains, la nouvelle ruée vers l'or

Une feuille de route qui s'axe autour de deux grands projets : ISTHY (Institut National de Stockage d'Hydrogène), unique plate-forme nationale de stockage et centre de formation via u laboratoire R&D, à Dole et HYBAN, un banc de test grande puissance, nécessaire pour la conception des véhicules à hydrogène, sur l'aire urbaine de Belfort-Montbéliard. Mais plusieurs projets sont déjà nés de cette filiale, comme les Eolbus à Auxerre ou Hyconais à Saint-Florentin qui couple méthanisation et méthanation – procédé qui utilise le CO2  présent sur le site d’enfouissement, l’Hydrogène nécessaire à ce procédé étant lui-même issu de la production éolienne ; ou en 2020 à Belfort, un des premiers immeubles chauffés à l’hydrogène qui, grâce au partenariat avec le laboratoire Femto-ST, n’émettra pas de CO2 et réduira les charges de chauffage par rapport à une solution traditionnelle. On peut aussi parler de VHYCTOR, le projet de stockage et le transport de l'hydrogène à haute pression. Si la Région mise tant sur le stockage et le transport de cette énergie du futur c'est avant tout parce qu'aujourd'hui – malgré l'investissement de nombreux pays comme le Japon, par exemple dans le domaine des véhicules – l'hydrogène reste une énergie peu utilisée. Nécessaire donc, en bonne gestion de père de famille, de stocker cet or nouveau dans l'attente de la démocratisation de son usage au quotidien. Car si depuis le premier véhicule français en 2011, d'autres constructeurs – surtout nippons – se sont lancés dans la course à l'innovation, le marché des véhicules hydrogène pour les particuliers reste encore très confidentiel.

Le train à Hydrogène, écolo et économique

En la matière, la Région Bourgogne Franche Comté ne compte pas rester sur le bord des rails à regarder passer les wagons puisque d'ici 2023, la ligne Auxerre-MIgennes sera équipée de trois locomotives à  propulsion mixte hydrogène/électricité. Outre l'enjeu environnemental évident, cet investissement de 50 millions d'euros permet aussi d'éviter les dépenses pharaoniques de l'électrification des lignes puisque les locomotives mixtes peuvent rouler à la fois sur les portions électrifiées et sur les portions non équipées où, jusqu'à aujourd'hui, les rames devaient avoir recours au gazole.

Cinq régions se sont groupées pour commander à Alstom (qui a inauguré sa première rame au monde en septembre 2018 en Basse-Saxe) 15 rames qui seront adaptées à cette double motorisation sur une base Regiolis, déjà homologuée par la SNCF.

Tous acteurs...

En injectant 90 millions d'euros sur la période 2020-2030 (en plus des 12 millions investis depuis 2016), la Région ne compte pas que revendiquer d'être la pionnière de l'hydrogène mais continuer de développer une industrie en espérant pouvoir miser sur un rapport de 1 pour 3 ou 4 et ainsi créer plusieurs milliers d'emplois. Une ambition qui sera évaluée et réajustée si nécessaire en 2022 en fonction des résultats déjà obtenus.

Plusieurs indicateurs et critères de réussites chiffrés ont été définis pour suivre cette première phase comme par exemple

  • L'évolution du nombre d’acteurs utilisant de l’hydrogène comme vecteur d’énergie en région (avec distinction entre hydrogène vert, bas carbone et carboné),
  • Le passage de 1 à 4 stations de production ouvertes,
  • Le nombre de projets d’innovation soutenus 
  • L’organisation d’au moins un événement d’envergure nationale et internationale sur le territoire
  • L’Évolution du nombre d’initiatives hors région (manifestations, congrès, salons, missions, délégations…) dans lesquelles la région est représentée directement ou indirectement (par un cluster ou un groupe d’acteurs se regroupant sous la bannière Région BFC).

Évident donc que les volontés et les ambitions politiques sont là mais que la transition énergétique est plus que jamais l'affaire de tous. Développement de l'hydrogène, création d'emplois, démocratisation, les responsables politiques misent donc plus que jamais sur les volontés individuelles. Voilà qui devrait en partie répondre à ceux qui répètent à l'envi que « ce n'est pas parce que je vais agir que ça va changer quelque chose ».

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