Des élus à portée de baffes

09 juin 2021

A en croire les chiffres, les violences sur les élus ont augmenté de 200% entre 2019 et 2020 pour atteindre 1 300 agressions physiques ou verbales au cours de l’année écoulée. La Côte-d’Or ne fait pas exception à la règle et le premier semestre 2021 semble suivre la même direction.

« Le maire est l’élu à portée de baffe ! » Si l’expression pouvait encore faire sourire Ludovic Rochette, président de l’association des maires de Côte-d’Or, il y a quelques années, elle aurait désormais tendance à lui hérisser le poil tant l’actualité lui donne une certaine réalité. Premier représentant de l’Etat, porteur du devoir de police au plus près des habitants, le maire a beau être l’élu préféré des Français, il est aussi celui qui est le plus aisément pris à partie. « Depuis 2017/2018, je constate une hausse des agressions. Elles ont aussi gagné en gravité et en intensité » témoigne Ludovic Rochette. Si le maire d’Ouges a tristement fait l’actualité au sortir du printemps, il n’est malheureusement pas le seul à avoir été victime de violence. « En trois semaines, j’ai reçu trois signalements et une quinzaine au cours de l’année écoulée. Dans le cas du maire d’Ouges, ce sont des actes à la fois graves et lâches. » Pour le représentant des élus communaux, cette hausse des agressions s’explique de deux façons. « Nous vivons dans une société de plus en plus violente avec une part de la population qui ne respecte plus les représentants de l’Etat. » D’autre part, Ludovic Rochette remarque une certaine libération de la parole des élus. « Avant, les maires le gardaient pour eux. Désormais, ils le font savoir et des associations comme l’AMF sont là pour les défendre et les épauler. Plus ils le diront, moins de telles situations seront banalisés. » Pour Bruno Bethenod, président de l’association des maires ruraux de Côte-d’Or, le langage a évolué. « Dans une société où l’éducation primaire manque, où le respect a disparu, les gens utilisent un vocabulaire plus vulgaire et n’en maitrisent pas toujours le sens, jusqu’à devenir ordurier. »

Punir l’intolérable

Pour Ludovic Rochette, « le maire, sur le terrain, il va dire les choses en face, lui ! » tandis que Bruno Bethenod met l’accent sur le fait que « les accusateurs, ceux qui sont convaincus de mieux savoir ont tendance à se défiler quand il faut agir. » Exaspéré et en colère devant la violence dont sont victimes les élus, Ludovic Rochette attend des peines lourdes et appliquées. « Localement, nous avons un procureur de la République sensibilisé sur ces faits. Nous, élus, mesurons la difficulté de l’enquête mais il y a un symbole et des choses qu’on ne peut pas accepter en République. » Du côté des sanctions, l'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, par conséquent le maire, entraîne une peine d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende tandis que l'outrage envers une personne chargée d'une mission de service public entraîne une amende de 7 500 euros qu’il s’agisse de paroles, gestes ou menaces, d’écrits ou images de toute nature non rendus publics ou l'envoi d'objets quelconques.
Bruno Bethenod regrette qu’il n’y ait pas de punition. « Il est pratiquement impossible de se faire rendre justice car le droit français demande la preuve de la preuve ainsi que l’intention. Le sentiment d’impunité contribue a augmenter la violence verbale et physique. »

Des élus au service de la population

Face à ces violences, les élus s’inquiètent et appréhendent d’appliquer leur pouvoir de police avec le peu de moyens dont ils disposent. « L’Etat et nos associations doivent venir en soutien aux élus en amont par le biais de la formation et en aval en les accompagnant. » Ludovic Rochette rappelle ainsi que certains élus ont pu être formés aux situations de crise par des intervenants de la gendarmerie ou encore du GIGN afin d’avoir les clés pour adopter les bons comportements, désamorcer des tensions ou encore maitriser quelques postures et tournures de phrase. Après une agression, Ludovic Rochette attend que les élus ne soient pas seuls et qu’ils puissent profiter d’une relation privilégiée avec la justice. « Celui qui a souhaité être maire, l’a fait car il veut apporter quelque chose. Il peut être malmené ou secoué par des pressions ou des réflexions mais il n’a pas peur » insiste Bruno Bethenod. Malgré de tristes faits divers, la majorité des élus n’hésitent pas à poursuivre leur mandat. « Ce sont des passionnés et bien qu’il soit normal qu’il y ait des remises en question, que la fonction de pouvoir de police soit parfois difficile à vivre et à assumer, ils n’abandonnent pas » souligne Ludovic Rochette. Et la population leur rend bien. Alors que pendant la crise sanitaire les maires se sont montrés particulièrement plébiscités par leurs administrés, ils bénéficient en parallèle d’un inconditionnel soutien de la population, prêt à les défendre physiquement si nécessaire comme l’ont fait les habitants d’Ouges pour protéger le premier élu de leur commune. Pour Ludovic Rochette, « s’en prendre au maire, c’est s’en prendre à toute la communauté ! »

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