« On ne construit pas assez à Dijon »

02 novembre 2022

Pour répondre aux besoins en logement à Dijon et sur la Métropole, les collectivités multiplient les projets tout en prenant en compte les attentes nouvelles des habitants. Pierre Pribetich, premier vice-président de Dijon Métropole en charge, notamment, de l’éco-habitat, de l’urbanisme et du PLUI-HD et adjoint au maire de Dijon chargé de l’urbanisme et des éco-quartiers entre autres, dresse le portrait du logement sur le territoire.

 

Est-ce que l’on construit trop à Dijon ?

« Au contraire, on ne construit pas assez à Dijon car les besoins sont conséquents pour maintenir la population actuelle, voire pour l’accroitre légèrement avec l’accueil de nouvelles entreprises. Il faudrait réaliser 500 logements par an pour maintenir cette population car nous avons un taux de vacance faible de 7%. Sur ce nombre, la moitié concerne des livraisons de logements ou des changements d’habitation donc des habitats amenés à très vite être à nouveau occupés. Depuis 2001, la Ville de Dijon a construit 21 000 logements et pourtant, nous avons toujours plus de 5 400 demandes de logements en attente dans le parc public. Le nombre monte à plus de 9 000 si l’on intègre les mutations à l’intérieur du parc mais le parc privé connait la même tension. »

Le logement demandé est-il le même aujourd’hui qu’il ne l’était hier ?

« La société a connu des évolutions en l’espace de 60 ans. Quand avant nous avions en moyenne 3 personnes par logement, nous sommes passés à 1,7 personne. Il faut donc construire plus pour le même nombre de personnes. En parallèle, nous devons aussi jouer notre rôle de capitale régionale et de métropole en accueillant des entreprises, des services publics, des services à la personne. Il faut alors être en capacité de loger aussi bien un cadre supérieur qu’un étudiant, une personne âgée, une famille monoparentale ou nombreuse. Des personnes avec ou sans ressource et le parc public reste attractif avec un prix moyen du mètre carré à 6 euros contre 12 euros dans le privé. Si on ne veut pas rejeter les gens vers les extérieurs, à des kilomètres de la capitale, afin de ne pas créer d’autres problématiques comme celle des gilets jaunes, il faut avoir une politique active qui prenne en compte une large typologie de profils. Des produits de qualité dans la diversité. Le logement reste la première des dignités. »

Y-a-t ’il l’espace pour construire sur le territoire ?

« Nous avons eu des opportunités au début des années 2000 avec des terrains militaires comme Heudelet ou Arsenal mais ils ont été utilisés et les dernières opérations s’achèvent. La tension est donc de plus en plus forte pour maintenir la population sans s’étendre. On ne bétonne pas la ville, comme j’ai pu l’entendre. On restreint l’emprise sur les terres agricoles, il faut donc densifier la ville. Nous avons décidé de préserver le Plateau de la Cras, soit 220 hectares qui ne seront pas construits. Le foncier affiche complet et il faut désormais payer un certain prix pour l’acquérir laissant penser que des évolutions législatives pourraient être envisagées. »

Alors comment faire ?

« La densification est obligatoire pour loger plus de monde sur une surface constante mais en intégrant les attentes nouvelles : un balcon, une qualité d’usage, une bonne acoustique… Nous devons reconstruire la ville sur elle-même mais cela coûte plus cher techniquement, même si ce n’est pas toujours compliqué, que de construire sur un terrain nu. Nous entendons des critiques, parfois du fait de personnes extérieures au territoire comme cela a été le cas avec Garden State, à l’arrière de l’avenue de Langres. Pourtant, les gens en attente d’un logement vont se réjouir d’avoir ces immeubles, d’ailleurs tout est déjà vendu avant que ce ne soit terminé. La difficulté consiste à avoir une politique du logement qui maintienne l’offre et sa diversité tout en évitant la gentrification avec une ville réservée aux élites. Nous perdrions alors la solidarité et la dignité qui vont de pair avec le logement. Nous sommes à la croisée des contradictions et nous allons devoir être inventif. A Dijon nous n’avons plus de terrain mais il reste un axe de développement sur six kilomètres entre Dijon et Chenôve. »

Peut-on encore se loger en maison sur Dijon ?

« Il y a des projets comme Saint-John Perse avec la maison de ville dans tous ses états d’Habellis et du Studio Mustard qui propose 40 maisons sur 8 000 hectares, ou le projet Belles Houses avec ses 143 maisons sur le quartier Arsenal.  Garden State intègre également des maisons. Et puis nous avons des quartiers qui sont voués à évoluer et muter en intégrant des opérations de logement comme le parc technologique. »

Comment s’annonce l’avenir en matière de logements sur la Métropole ?

« Dans les 10 ans, la Métropole aura besoin de 15 000 logements, la moitié relèvera du parc privé, 3 750 seront en accession à la propriété ou à loyer abordable et 3 750 en locatif à loyer modéré portés par les bailleurs. Cela représente donc une moyenne de 1 500 logements neufs par an. Nous avons également 1 000 logements à réhabiliter ou rénover dans les 10 ans sans oublier les copropriétés qui doivent muter. Elles représentent 82% du parc à Dijon. »

Qu’en est-il des passoires thermiques qui ne pourront plus être louées ?

« On essaie de trouver un modèle à la Dijonnaise face à la difficulté de faire muter les copropriétés. Nous réfléchissons à un fonds qui permettrait d’avancer le prix des travaux du parc des copropriétés et qui serait financé par les économies réalisées par les habitants. L’idée est là mais nous rencontrons des difficultés à mettre en place le projet qui apporterait pourtant à la fois un gain individuel et global. »

Comment sera construit le logement de demain ?

« Nous essayons de diversifier les produits en intégrant du bois mais aussi des isolants comme la paille ou le carton. Nous devons utiliser toutes les nouveautés technologiques qui participent de la mutation vers un habitat actif, qui produit plus d’énergie qu’il n’en consomme. Le logement de demain, c’est à la fois une tour et de l’habitat individuel. »

Le projet Response à la Fontaine d’Ouche s’inscrit dans cette démarche ?

« Nous transformons le parc ancien pour le préparer à l’avenir. Le quartier de la Fontaine d’Ouche produira plus qu’il ne consommera d’énergie. Pour garder l’énergie, un travail est mené sur l’isolation et des équipements comme les panneaux photovoltaïques, produiront pour alimenter et même restituer le surplus sur le réseau. Avec l’arrêt progressif des véhicules thermiques, il faudra aussi trouver une énergie nouvelle à apporter au parc automobile. Response apporte une réponse intelligente à une situation alliant le logement et le besoin d’énergie. »

Propos recueillis par Nadège Hubert

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