Exposition « A portée d'Asie » : les fonds d'art asiatique remarquablement valorisés

23 octobre 2023

Le Musée des Beaux-Arts de Dijon présente « A portée d’Asie, Collectionneurs, collecteurs et marchands d’art asiatique en France (1750-1930) », une exposition reconnue d’intérêt national par le Ministère de la Culture. Inaugurée lors de la Semaine du Japon, elle est à découvrir jusqu’au 22 janvier 2024.

Fruit d’une collaboration avec l’INHA (l’Institut National d’Histoire de l’Art) à Paris démarrée en 2018, l’exposition « A portée d’Asie, Collectionneurs, collecteurs et marchands d’art asiatique en France (1750-1930) » est un « aboutissement remarquable, vectrice de valorisation des fonds d’art asiatique conservés sur le territoire français » déclare Frédérique Goerig-Hergott, directrice des musées de Dijon.
En effet, elle contient plus de 300 oeuvres issues de prêts d’instituts nationaux (Musée national des arts asiatiques - Guimet, musée du Louvre, musée des arts décoratifs, musée du Quai Branly - Jacques Chirac, Beaux-Arts de Paris, musée de la bibliothèque des Arts et Métiers, bibliothèque de l’INHA, bibliothèque nationale de France, bibliothèque de l’Ecole française d’Extreme-Orient, bibliothèque de la Société Asiatique) et de collections régionales (musée des Beaux-Arts de Dijon, fonds de Florine Langweil à Colmar et Strasbourg, Jules Adeline à Rouen, Adhémard Leclère à Alençon).


Parcours de l’exposition

Divisée en 3 grandes sections, l’exposition commence par revenir sur le rôle des marchands merciers européens au XVIIIe siècle, dans la promotion des objets asiatiques acheminés par les Compagnies des Indes. Fascinés par ces objets et techniques qu’ils ne maitrisent pas, les marchands merciers vont « les transformer, les réinterpréter pour les adapter aux décors européens, et ainsi créer des objets frontières entre deux mondes » explique Catherine Tran Bourdonneau, Commissaire de l’exposition, conservatrice du patrimoine, et responsable des collections extra-européennes du musée des Beaux-Arts de Dijon. Cette transformation va permettre la diffusion de ces objets auprès d’une clientèle aristocratique et de collectionneurs éclairés. Ils circuleront suite aux décès des premiers collectionneurs, mais c’est au XIXe siècle qu’un marché spécialisé se développe. « Cette période plus trouble, est marquée par l’ouverture forcée des pays d’Asie par les forces occidentales, avec les guerres de l’opium et la signature de traités en faveur de l’Occident, le pillage et l’incendie du palais d’été à Pékin » précise Pauline D’Abrigeon Commissaire de l’exposition, conservatrice en charge des collections chinoises à la Fondation Baur du Musée des arts d’Extrême Orient à Genève. Les porcelaines chinoises sont particulièrement populaires et une expertise voit le jour à la faveur des grandes ventes publiques de l’Hôtel Drouot à Paris dans les années 1860-1870.

La deuxième section se penche sur les collections privées, « L’Asie à demeure », qui se développent au XIXème siècle. Les objets extrême-orientaux sont accessibles, la rencontre de la culture matérielle de l’Asie se fait dans l’intimité des intérieurs bourgeois, et une mode du "bibelotage" s’étend. Le couple d’artistes lyonnais Trimolet ira encore plus loin en créant leur "musée chinois" exposant leur vaste collection.

Cette dimension sédentaire va se transformer par l’expérience du voyage en Asie, objet de la dernière partie de l’exposition. Ces voyages diplomatiques et commerciaux intensifient l’afflux d’objets rapportés à partir du milieu du XIXe siècle. Puis, au XXe siècle, les premières études de terrain vont être menées, élargissant les champs d’intérêt pour l’Asie, comme l’illustrent les travaux du bibliophile Emmanuel Tronquois au Japon, de l’administrateur colonial Adhémard Leclère au Cambodge, l’enquête scientifique d’Edouard Chavannes en Chine et d’André Leroi-Gourhan au Japon.


Objets d’exception et contrepoint contemporain


Si les 300 oeuvres exposées sont toutes exceptionnelles, certaines sont particulièrement chargées d’histoire et de symboles :
La "Fontaine de porcelaine ancienne truitée gris" est à ce jour la seule porcelaine de Chine ayant appartenu à Louis XV qui soit bien identifiée.


Le "Paravent de laque de Coromandel" provenant du « cabinet chinois » de Jean-Baptiste Jehannin de Chamblanc, dont les huit feuilles avaient été dissociées, a été redécouvert pendant le chantier de rénovation du musée des Beaux-Arts de Dijon.
La "Coupe sur pied haut à décor d’inscription en écriture lantsa", est une porcelaine impériale dont la marque en écriture sigillaire a été décryptée pour la première fois par le critique d’art Albert Jacquemart.
L’estampe emblématique de la portion du peintre Utamaro, représentant une mère fumant (une iconographie rare) et son enfant.
La "Boîte de forme polylobée" en laque vermillon au décor finement sculpté issue du legs du couple Trimolet.
Le "Paravent aux huit vertus du confucianisme" rapportée par l’industriel Charles Varat lors d’une mission en Corée, dont le décor évoque les vertus du confucianisme, représentées par des caractères chinois stylisés accompagnés es attributs caractéristiques de la vie des lettrés.
Le "manuscrit enluminé du Dit de Sagomoro", issu de la collection du linguiste et interprète Emmanuel Tronquois, qui témoigne de la transition entre les rouleaux à peintures de la période japonaise prémoderne et le livre illustré xylographique de l’époque d’Edo.
Le "Samouraï miniature de la fête des garçons" rapportée par l’ethnologue André Leroi-Gourhan, symbole à ses yeux du « capital journalier d’un peuple ».

 

 

Ces objets rassemblés par les collectionneurs d’art asiatique dialoguent avec les oeuvres contemporaines de l’artiste japonais établi à Dijon Gentaro Murakami, ancien résident des ateliers d’artistes de la Halle 38 à Dijon. Elaborées à partir de photographies anciennes, ses peintures et ses dessins à l’encre témoignent des évolutions de la société japonaise, et interrogent le regard porté en Occident sur le Japon.

Frédérique Goerig-Hergott cite Frédérique Bardon « Entre collectionneurs et visiteurs existe une même histoire du regard qui sait prend son temps » et conclut « L’exposition À portée d’Asie en est une preuve. »

Déborah Vital

 

 

 

 

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