Le mandat des maires s’achèvera en mars prochain et il aura été l’un de ceux qui auront engendré le plus de démissions. Mais pourquoi cette hécatombe et comment réagir pour inverser la tendance ?
De moins en moins de candidats se positionnent sur la fonction municipale. Ceux qui occupent le poste, renoncent. « À neuf mois des élections, on a dépassé les 75 nouveaux maires, suite à des démissions ou des décès. Sur le mandat précédent, nous avions enregistré 70 » détaille Ludovic Rochette, président de l’AMF Côte-d’Or, qui souligne que les démissions sont encore plus nombreuses pour les conseillers municipaux.
À côté des facteurs liés à la santé, à la mobilité ou encore à la vie familiale ; les élus font remonter la complexité du statut. « C’est un mandat usant à cause de cette complexité tant au niveau de la technicité que du contexte. » Le représentant de l’AMF évoque notamment le montage des projets qui se doit d’être de plus en plus vert. « C’est une bonne chose, mais cela demande du temps et de l’ingénierie. » Il s’inquiète également de l’effet yoyo et du stop & go législatif. « Les lois inadaptées puis modifiées plongent les élus dans l’incertitude. »
Pour rajouter en difficulté, les élus se confrontent aussi à l’exigence voire à l’irresponsabilité de certains de leurs concitoyens. Les incivilités se multiplient et les candidats à la mairie se raréfient. « Avec le Covid, ce mandat n’a pas permis d’accompagner les nouveaux maires. Ils ont dû faire comme ils pouvaient. Pour 2026, nous avons un réel enjeu de formation. » Ludovic Rochette regrette également de ne pas avoir pu aider au mieux les maires qui ont pris leur fonction en cours de mandature suite à une démission. Un maire sur dix était concerné au cours du dernier mandat.
Un scrutin différent
En plus d’un climat ambiant plus difficile, les futurs maires devront s’adapter à un nouveau cadre réglementaire avec un mode de scrutin qui évolue. Les électeurs des communes de moins de 1 000 habitants ne pourront plus rayer les candidats sur les listes. Désormais, les listes devront afficher la parité, le conseil municipal sera élu au scrutin proportionnel. « Il faut trouver des hommes et des femmes qui s’engagent dans un esprit communautaire, par passion ou attachement à leur territoire. Ce mode de scrutin est un changement d’usage trop rapide, à un an des élections. »
Ludovic Rochette rappelle que le rôle de l’AMF consiste à accompagner les équipes actuelles et les prochaines pour susciter les vocations. « Nous devons aussi promouvoir cette fibre communale et nous assurer que les élus ne soient pas seuls. Il faut aussi faire des efforts de simplification dans les procédures. »
À quoi bon être maire ?
« Quand on vous demande d’où vous venez, que répondez-vous ? » interroge Ludovic Rochette. En citant une ville, un village, un département ou une région, cela traduit l’attachement à un territoire. Malgré des difficultés à trouver une subvention, à communiquer avec les habitants ou les représentants de l’État, être élu n’est pas toujours vécu comme un sacerdoce, mais reste une mission enthousiasmante quand un projet voit le jour. « J’aimerais qu’un ancien maire qui n’a plus de mandat puisse suivre un nouveau maire, mais pas dans sa commune. Ce serait une façon de le conseiller, de lui éviter les mêmes désagréments. » Encourager et soutenir les élus locaux reste une priorité pour l’AMF et devrait l’être aussi pour leurs administrés.
Nadège Hubert