Protection de l'enfance - Une journée contre « la précarité affective »

25 septembre 2025

Ce jeudi à la Cité Henry-Berger à Dijon, le Conseil départemental invitait familles d’accueil d’enfants placés, travailleurs sociaux et professionnels de la protection de l’enfance à la Journée départementale des Assistants familiaux. Près de deux cents personnes ont répondu à l’appel.

« En sept ans, la Côte-d’Or a connu une baisse de 40 % du nombre de familles d’accueil. Ces chiffres sont brutaux. » Le fond du discours d’introduction du président du Conseil départemental François Sauvadet montre une certaine inquiétude. « On a de moins en moins d’enfants en France, mais de plus en plus qui nous sont confiés. On a besoin de vous », explique-t-il devant une assistance composée pour moitié d’assistants familiaux et leurs conjoints. Pourtant tout n’est pas perdu : « La tendance s’inverse doucement. Là où nous étions à 6 ou 7 agréments par an, nous sommes aujourd’hui à 18. »

La protection de l’enfance est une compétence du Département. En Côte-d’Or à l’heure actuelle, 256 assistants familiaux accueillent 552 enfants. « Mais 600 sont placés en établissements : c’est trop ! Le premier défi, c’est le recrutement de nouvelles familles d’accueil. » Passé ce constat, François Sauvadet introduit la thématique de la journée : « Les attachements multiples. » Ainsi que les deux invités qui animeront plus tard les interventions. L’une, la pédopsychiatre Anne Raynaud, est fondatrice de l’Institut de la Parentalité à Paris. L’autre, natif de Dijon, a lui-même été un enfant placé. Aujourd’hui rédacteur en chef du magazine Alternatives Humanitaires, Boris Martin vient de publier un ouvrage – son onzième – intitulé « J’étais du bataillon des enfants perdus », dans lequel il retrace son parcours.

 ©Bertrand Carlier

Anastylose et attachement

« Ce livre, c’est un récit, pas une autofiction : tout est vrai », explique celui qui animera, l’après-midi, la table ronde. « Je souhaitais témoigner de ce que j’ai vécu et surtout, de la manière dont je l’ai vécu. » Pour l’anecdote, « le titre, à l’origine, était Anastylose. L’anastylose, c’est une technique de reconstruction architecturale des monuments en ruine. Ça ne consiste pas à cacher les imperfections, ça consiste à les mettre en valeur. Ça me semblait parfait, mais ça n’attirait pas beaucoup les éditeurs. » Dans sa présentation, il insiste notamment sur « la peur, le sentiment de vulnérabilité, de précarité affective ». Une thématique directement liée à celle du jour, la théorie de l’attachement.

Pour introduire cette notion et l’inscrire « en contexte de placement », le Docteur Anne Raynaud rappelle que « l’attachement » décrit par le psychiatre et psychanalyste John Bowlby ne signifie pas « être attaché à quelqu’un comme on peut être attaché à sa voiture ou à son chat ». La figure d’attachement est « la première personne que vous appelez quand vous avez un accident de voiture ». Quelqu’un auprès de qui on va chercher la sécurité, « un méta besoin qui englobe tous les autres ». Souvent ce sont les parents, d’où la notion d’attachement multiple dans le cas des enfants placés. Car en matière d’apport de sécurité, les familles d’accueil sont en première ligne. « J’ai dit aux juges que j’ai rencontrés hier : laissez entrer les assistants familiaux dans les audiences. » Tonnerre d’applaudissements.

La notion d’attachement est encore « très peu connue en France ». Encore moins considérée. Elle gagnerait pourtant à l’être, et donne par exemple d’excellents résultats au Québec, à en croire l’intervenante. Le chemin reste long, mais la journée de jeudi aura contribué à faire bouger les lignes.

Bertrand Carlier

©Bertrand Carlier

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