Qui est Michel Fournier, nouveau Ministre de la ruralité ?

Qui est Michel Fournier, nouveau Ministre de la ruralité ?

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Le magazine Maires Porteurs a été édité à l’occasion du congrès de l’association maires ruraux qui s’est tenu à Poitiers du 26 au 28 septembre 2025.

 

 

Crédit photo : © Baptiste Paquot


15 octobre 2025

A la marge du congrès national des maires ruraux qui s’est tenu fin septembre au Futuroscope de Poitiers, le magazine Maires porteurs a réalisé une interview de Michel Fournier. Un échange prémonitoire, puisque le président de l’AMRF (13500 maires adhérents) est devenu depuis le ministre délégué de la ruralité auprès de Florence Gatel. A lire entre les lignes…

 

Propos recueillis par Dominique Bruillot, éditeur de Maires porteurs

Comment va le pays ?

Le pays va bien, mais il ne le sait pas. Il y a des problèmes financiers, c’est incontestable, une situation à relever qui représente des obligations et des difficultés pour beaucoup, mais globalement, si on regarde ce qui se passe ailleurs, nous sommes des enfants gâtés. Nous ne le savons pas et nous réagissons comme tels. Quand le moindre effort est demandé, quel que soit le niveau social, chacun pousse les hauts cris et c’est un peu fatigant.

 

Les maires sont pourtant les premiers à dire qu’on leur coupe les vivres…

Les maires ne sont pas forcément au premier plan des coupes budgétaires. Pour faire des économies (on parle de 4 à 5 milliards d’euros), les intercommunalités, les départements, les régions et les grosses structures intercommunales sont les premières touchées. Nous, nous sommes atteints par ricochet. Dans les investissements futurs, les communes rencontreront des difficultés à trouver des subventions. Les départements, qui sont normalement les premiers investisseurs, réduisent déjà la voilure par précaution.

 

Cela laisserait donc la place à un nouveau challenge. Les maires de 2026 devront relever de nouveaux défis et revoir leur modèle économique ?

Depuis longtemps, on dit que les communes doivent se trouver des financements plus autonomes. Si on ne considère pas la collectivité comme une entreprise, on n’y arrivera pas. Bien entendu, on a besoin des subsides de l’État. La DGF, d’ailleurs, ne va pas baisser. On ne peut pas pleurer pour le plaisir de pleurer. Ce n’est pas être « pro »-Macron ou « pro »-gouvernement que de dire cela, c’est une réalité. Toutes les communes n’y parviendront pas, elles n’ont pas toutes le même potentiel. Mais au-delà des économies, on doit chercher des productions économiques nouvelles. On pourra alors s’en sortir.

 

Le maire est déjà submergé par un wagon de compétences à assumer. Il va aussi devoir se transformer en chef d’entreprise ?

Une grande partie de nos compétences ont été déléguées aux intercommunalités sans que celles-ci puissent les choisir, ce qui n’est pas tout à fait normal. Notre pays a été un peu trop dirigiste, via une sensibilité de gauche qui consiste à penser que tout doit être géré à l’échelle la plus centrale possible, que le plus grand peut régler la situation. Emmanuel Macron l’a amplifiée. On s’aperçoit alors que plus on est grand, plus on crée des besoins et moins on fait d’économies. Prenons l’exemple du service des eaux. Dans ma commune, c’est moi qui recherchais autrefois les fuites, avec un adjoint. On connaissait le tracé des conduites et cela se pratiquait bénévolement. Aujourd’hui, dans le cadre d’une intercommunalité, nécessaire ou pas, la personne chargée de cette mission doit être accompagnée, de peur qu’elle tombe. C’est idiot.

 

Soit une perte de confiance…

Non, mais une normalisation tellement forte par rapport aux obligations de sécurité, au risque zéro, que deux personnes vont constater cette fuite pour ensuite déléguer elles-mêmes un service qui blinde le tout. C’est de la folie, il y a tout un process qui oblige à se couvrir. On a perdu le côté pratique des choses, le bon sens familial, mais c’est pareil pour beaucoup d’éléments de la société.

 

Les maires, bien plus que de l’argent, veulent ainsi une responsabilisation directe sur le terrain, avec plus de marge de manœuvre dans leur action…

La responsabilité, sur le terrain, on l’a. Et si on la conforte, il ne faut pas que cela soit uniquement dans le pénal. Être responsable de tout, répondre à toutes les problématiques quelles qu’elles soient, n’est pas concevable.

 

Dans l’optique de 2026, à l’échelle de l’AMRF, l’enthousiasme est-il intact pour les municipales ? Les envies sont là ?

À chaque renouvellement de mandat, beaucoup de maires hésitent. Ils se disent « je n’y vais plus » pour X raisons. À chaque fois, les mêmes questions se posent, sans doute plus importantes aujourd’hui. Il y a toujours eu 30 % de renouvellement, on passera peut-être à 40 %. La médiatisation et les relais sociaux ont une force incroyable pour souligner que tout va mal. Beaucoup d’administrés se disent en effet qu’ils ne seront jamais maires, quand ils voient tout ce que cela représente, les risques, le boulot qui est fait. Ce sentiment n’existait pas autrefois. Être maire était valorisé systématiquement. Dans le village, tu avais le curé, l’instituteur et le maire. Aujourd’hui, ce côté « carte de visite » s’efface. Mais la passion est toujours là.

 

Quid du panachage ?

Beaucoup regrettent l’absence du panachage que l’on a finalement obtenu pour les communes de moins de 1 000 habitants. Mais les administrés faisaient en priorité le choix de la personne, au gré de leurs besoins. Ce n’est ni un programme, ni une équipe qu’ils élisaient, mais l’association de différents membres qui ont des compétences certes, mais des compétences souvent sociales, de premier niveau. Or, si on dit que la commune est une entreprise, il faut travailler comme dans une entreprise, avec un conseil municipal de compétences, et pas seulement de connivences. Le maire doit constituer son équipe. Je n’arrive pas à comprendre qu’on puisse faire son marché comme ça.

 

La parité, c’est un frein ?

Un faux frein, comme il y a de faux amis ou des faux-culs. En France, il y a plus de femmes que d’hommes, c’est une réalité sociale. Dans les entreprises, les femmes prennent de plus en plus de responsabilités, de façon très importante, on ouvre plus facilement les portes. On pourrait dire que cela viendra naturellement dans les conseils, mais on sait très bien que la culture patriarcale reste ancrée, surtout dans les campagnes. J’ai même un maire qui m’a écrit [rire], il est du Doubs je crois, pour me dire : « Je ne cotiserai plus, vous n’imaginez pas ce que cela aura comme conséquence : les réunions sont souvent après 18 heures, en fin de journée, qui va faire à manger ? »

 

Les jeunes, thème du congrès cette année, parlons-en aussi.

La jeunesse, vaste sujet. Il y a des jeunes qui en veulent vraiment.  Ils construisent leur carrière professionnelle, leur avenir et s’impliquent. Ce noyau dur, on le retrouve en ruralité. Cela peut être des urbains qui viennent s’installer dans la ruralité et veulent faire des choses. C’est parfois un peu utopique, mais ils s’engagent. L’engagement politique, au service de la société, te permet aussi de te réaliser comme nulle part ailleurs. Il faut que l’on puisse donner envie et faire comprendre que ce n’est pas une charge, même s’il y a des difficultés, c’est peut-être la situation qui te permet de t’épanouir dans des domaines inattendus.

 

Une question d’état d’esprit aussi…

Autrefois, on se levait tôt le matin pour aller tirer les vaches et on se faisait engueuler le soir par la grand-mère parce qu’on revenait tard et que ces mêmes vaches étaient décalées d’une heure. Mais tu le faisais sans te poser de question, ce n’était même pas une charge. Maintenant, on veut tout, tout de suite. Quand j’ai acheté ma maison, ma ferme, j’avais peu de moyens, voire pas du tout. On a tout fait au fur et à mesure. Au tout début, j’ai récupéré une table de pliage du tissu dans une ancienne usine, c’est toujours ma table de cuisine. Aujourd’hui, on ne sait plus démarrer comme ça.

Tout nous incite à faire autrement. On veut réhabiliter les anciennes maisons dans les villages, les banques ne veulent plus prêter. Leurs critères de confiance obligent, au motif de la sécurité thermique, à faire des travaux tels que vous n’y arriverez pas. Donc, elles ne vous accompagnent pas. Cela va à l’encontre du ZAN [ndlr : plan zéro artificialisation nette], à l’encontre de la nécessité de réhabiliter et de prôner la réhabilitation.

 

Il y a donc un monde qui décide dans les salons et un monde qui bosse dans les campagnes ?

Il y a un seul problème et une seule solution : le courage. Le courage de dire les choses, d’avoir une autorité, d’exercer une autorité. Ce n’est pas de l’autoritarisme mais simplement de reconnaître un état de fait à un moment donné. Bayrou dit des choses, Barnier aussi, mais le problème, c’est qu’on est tellement immatures que les deux seront renversés. Tout comme leurs successeurs. Si on croit que seul l’après Macron réglera les choses, on se retrouvera toujours dans la même situation. On est dans une spirale assez folle.

 

L’image d’Épinal de la France des clochers existe toujours ?

Elle existe toujours, mais elle a du plomb dans l’aile. L’église est un symbole visuel, on sait que sa pratique, aujourd’hui, c’est peanuts. Elle faisait société, ce n’est plus le cas. Culturellement, tu étais obligé d’aller à la messe, et après au bistrot. Aujourd’hui, plus il y a d’enterrements, plus tu fais société. Dans ma commune, on avait aussi une partie des terrains très sablonneuse. Tout le monde y allait faire des patates et des carottes, à un kilomètre et demi du village quand même. Mais tout le monde se retrouvait dans le même secteur pour bêcher. Les entreprises d’une certaine époque, dont on a dénoncé le paternalisme, faisaient aussi société. Ce n’était peut-être pas très valorisant, mais les gens s’engueulaient ensemble, travaillaient ensemble et se considéraient. Le paternalisme décidait que tu sois dans l’équipe de foot ou que tu joueras de la flûte dans l’harmonie municipale. Cette société se construisait de façon un peu autoritaire, je le reconnais, mais elle se construisait. Il y a quand même des restes, une graine a été plantée. Chez moi, l’harmonie dont les débuts remontent à la fin XIXe siècle continue à exister. Il nous faut retrouver des éléments qui, d’une façon un peu directive, nous aident à faire société.

 

Le maire peut-il agir ?

C’est une partie de son rôle. Beaucoup de villages veulent une épicerie participative, que les gens feraient fonctionner. Le mouvement Bouge ton coq, auquel l’AMRF est associée, a beaucoup de demandes. Par endroits, on ouvre un bistrot de deux jours, une fois par mois ou par semaine selon les cas. On essaie de recréer des lieux où les gens peuvent échanger. Beaucoup d’outils sont mis en place. Les cafés tels que nous les avons connus ne pourraient plus vivre. Parfois, comme dans un village voisin du mien, c’est l’Intermarché qui fait société. Quand tu vas y faire tes courses le dimanche matin, c’est infernal : tu n’en sors pas, tu vois plein de gens. Dans une autre supérette de la Meuse, ils ont tout compris. Ils ont des tables, ils font bistrot dans le supermarché. Il y a une nécessité qui émerge.

 

Le dénominateur commun de la réussite, c’est l’engagement associatif ?

Peut-être même le premier pilier. L’associatif a pris une claque au moment du Covid, la cassure a été forte. Une association ne fonctionne que par rapport à un noyau. S’il sait grandir, il crée un noyau différent qui prend sa succession. Mais la cassure est là, les gens impliqués sont différents, le premier noyau n’est pas forcément revenu. Il y a une coupure, il faut recréer la transmission. Cinq ans après la pandémie, on s’aperçoit quand même qu’il y a une volonté de réinventer l’associatif. Le besoin est humain, tout simplement. 

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