Désinformation climatique : il est urgent d'agir

Désinformation climatique : il est urgent d'agir

Info+ :

Pour aller plus loin sur la politisation des sujets climatiques : 

- Bon pote : "Il faut politiser les canicules"

- Basta ! : Il va falloir demander des comptes à nos responsables politiques


25 juin 2026

Chaque jour, la désinformation climatique gangrène l'actualité. Parce qu'elles remettent en cause le changement climatique et sont diffusées la plupart du temps sans contradictoire, ces informations trompeuses ont des conséquences sur l'opinion générale et l'action climatique. À l'occasion des Assises européennes de la transition énergétique, experts et journalistes se sont réunis pour présenter les mécaniques à l'oeuvre et les outils existants pour mieux les contrer.

Il n’y a pas qu’aux États-Unis que la désinformation climatique fait des ravages. Si les propos outranciers et la politique climaticide du président Trump ont un impact international dramatique, en France aussi des « semeurs de doute » propagent de fausses informations qui contredisent le consensus scientifique. Cette désinformation (une infirmation fausse, trompeuse, à haut potentiel d’induire le public en erreur avec une volonté du locuteur de le faire) et/ou malinformation (une information véridique mais incomplète et trompeuse) est protéiforme, plus insidieuse, mais très présente, notamment sur les réseaux sociaux et les médias audiovisuels (radio, TV). En 2025, l’association Quota Climat a recensé 655 cas de désinformation climatique, alors que les questions environnementales n’ont représenté que 4 % du temps d’antenne. Anne-Catherine Husson-Traore, fondatrice de ACTeurs de la Transformation Durable, explique que ces semeurs de doute sont des figures d’autorité (élus, experts), des intervenants politiques qui s’appuient sur des études contestables ou orientées (parfois même inventées ?) pour créer un chaos informationnel. Sans qu’en face, dans le cadre d’une émission de télévision ou de radio, aucun journaliste n’apporte de contradictoire. « On normalise ainsi ces discours », souligne Eva Morel, secrétaire générale et co-fondatrice de Quota Climat.

Du côté de la population, ces idées font leur chemin. Si une majorité silencieuse est bien consciente du changement climatique, de ses conséquences désastreuses, et demande des solutions, d’autres restent convaincus du contraire. Dans son dernier baromètre portant sur la perception des Français par rapport au changement climatique, l’ADEME révèle qu’un interrogé sur trois (32 %) est climatosceptique. « 4 % nient le changement climatique, 28 % ne le nient pas mais remettent en question son origine humaine », précise Raphael Gerson, conseiller expert à l’ADEME. Dans la tranche des 18-24 ans, la part de climatosceptiques passe à un interrogé sur deux.
Parce qu’elle infuse le débat public, la désinformation a aussi des impacts directs sur les politiques locales en faveur de la transition écologique des territoires. « Plus la désinformation se développe, plus les élus locaux font face à des administrés qui contestent l’implantation de projets liés à la transition écologique. Or quel que soit leur bord politique, ils doivent adapter leur territoire pour répondre aux objectifs nationaux de neutralité carbone », explique Anne-Catherine Husson-Traore.

 

Des outils pour lutter

Selon Eva Morel, former les journalistes est l’un des moyens d’action les plus efficaces : « Il faut regarder l’ensemble de l’actualité avec des lunettes vertes. » Mais si la charte pour un journalisme à la hauteur du changement climatique a suscité lors de sa création en 2022 un « engouement dans les rédactions », l’arrivée de l’IA (dont l’usage généralisé, il faut le rappeler, a des conséquences néfastes pour le climat) et le turn-over dans les directions ont stoppé net la tendance. « Les formations environnement ont été remplacées par des formations IA ». Heureusement, des médias indépendants prennent la relève. Créé en 2020, Vert traite l’ensemble de l’actualité sous le prisme de l’écologie. Pour donner à voir les mécanismes de la désinformation climatique, le média en ligne a constitué en 2024 une cellule spéciale « Chaleurs actuelles ». « Nous enquêtons sur les acteurs de la désinformation pour la rendre visible et développons une expertise pour déceler les techniques qui reviennent dans les discours », explique Théo Mouraby, journaliste spécialisé en charge de Chaleurs actuelles.
De son côté, l’ADEME vient de lancer son académie : une plateforme de formation en ligne offrant des ressources pédagogiques adaptées à divers publics. 
Pour contrer la désinformation climatique dans la vie quotidienne, au détour d’une conversation, Anne-Catherine Husson-Traore conseille de « renvoyer le miroir ». « Il faut faire parler les gens : quelles sont tes sources ? Pourquoi tu dis ça ? Ensuite, on peut les orienter vers des sources d’informations fiables. » Eva Morel partage d’autres réflexes à adopter : croiser les sources, contacter les journalistes « si une information nous heurte », saisir l’ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), « se documenter et avoir une exigence forte envers le journalisme et les instances publiques. »

Politiser les sujets climatiques

Cette année encore, les épisodes de canicules – conséquences bien ressenties du changement climatique – sont généralement traités dans les médias sous le seul angle de la chaleur (tout le monde a chaud, il faut s’hydrater, manger des glaces et garder son logement frais…). Au programme : désinformation et fausses bonnes solutions. Si ces dernières génèrent des débats, elles n’apportent aucune réponse écologique et politique concrète pour atténuer les effets du changement climatique et faire en sorte que la planète reste vivable pour l’ensemble de ses habitants (et du vivant). Dans les programmes électoraux aussi, les questions climatiques et écologiques sont majoritairement abordées en surface. « Il faut politiser ces sujets », insiste Eva Morel. Et mettre à l’agenda des politiques publiques de solutions à la hauteur de l’urgence.

Déborah Vital

 

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