03 septembre 2025
Ses prochaines années, un nombre conséquent d’agriculteurs prendra une retraite bien méritée. Leur départ s’accompagne toutefois d’une problématique quant à la reprise des exploitations mais aussi concernant la qualité même des productions.
Entre la moitié et un tiers des agriculteurs de Côte-d’Or devraient prendre leur retraite d’ici cinq à dix ans. Le chiffre reste imprécis mais la tendance est certaine tant au niveau national qu’en Côte-d’Or. « Certains ont tendance à continuer au-delà de l’âge légal pour accompagner un éventuel repreneur », explique Jacques de Loisy, président de la chambre d’agriculture de Côte-d’Or. Le représentant de la profession agricole met en avant les difficultés associées à ces retraites à venir. En plus d’une pyramide des âges défavorable quant à la reprise des exploitations, la filière se confronte à près de dix ans d’un agribashing qui n’a pas encouragé les jeunes à rejoindre ces métiers. Les débats sur la loi Duplomb n’ont sans doute pas contribué à créer des vocations. En réponse, depuis plusieurs années, le mouvement d’agriloving s’est mis en place, sillonnant les évènements pour promouvoir les professions agricoles.
Sécuriser les revenus autant que la ressource en eau
L’autre difficulté concerne les revenus, encore trop peu attractifs pour encourager la jeune génération à cumuler les heures de travail. « Il y a une relative amélioration sur la viande mais c’est catastrophique sur les céréales. » Jacques de Loisy fait notamment le parallèle entre les revenus des agriculteurs et la sécurisation de la ressource en eau, tant pour les éleveurs que les productions céréalières. « Les industriels veulent des garanties de quantité dans les contrats qu’ils passent et pour y répondre sereinement, les agriculteurs doivent avoir des garanties d’arrosage pour assurer ces productions. » La chambre d’Agriculture mène ainsi des travaux avec les élus locaux et les services de l’État sur ce sujet.
Parmi les pistes de réflexion exprimées par Jacques de Loisy, celle du stockage des eaux de surface sous la forme d’étang ou de plan d’eau, ceux autrefois asséchés par exemple. « Nous voulons préserver les nappes en gardant ce qui déborde, l’eau des fossés, des sorties de drainage, celle en sortie des zones d’habitation ou d’activité. Cela éviterait aussi les inondations. » Cette question de l’eau joue un rôle majeur dans la transmission des exploitations et dans leur pérennité.
Encourager le local pour garantir la qualité
La question des revenus des agriculteurs pèse aussi sur le consommateur. La France, qui reste réputée à l’échelle mondiale pour la qualité de son agriculture, exporte du blé tandis qu’elle en importe par ailleurs, au même titre que de la farine. « Les conditions de production sont différentes à l’étranger et les coûts moins élevés, donc les industriels préfèrent importer pour proposer un prix de vente largement inférieur à celui d’une boulangerie traditionnelle. » Le président de la chambre d’Agriculture insiste sur la production végétale française qui n’a jamais connu de scandale sanitaire, contrairement aux productions étrangères qui inondent pourtant le marché français. « Il est important de maintenir une alimentation saine et historiquement, c’est le cas en France, mais entre un quart et un tiers des poulets ou encore des fruits consommés sont importés. » L’eau contribue aussi à maintenir une production française face à une concurrence étrangère de qualité moindre. « Moins de production française signifie plus d’importation et donc des produits moins bons pour notre santé. »
Et pour maintenir ces productions, il est indispensable que la relève soit assurée. « La chambre d’Agriculture de Côte-d’Or aide à l’installation d’environ 100 nouveaux agriculteurs chaque année, que ce soit en grandes cultures, en élevage bovins viande ou bovins lait », précise Baptiste Colson, membre de la chambre d’Agriculture en charge des installations. En parallèle, en face de chaque installation, deux agriculteurs partent actuellement en retraite. « Nous devons donc maintenir, voire augmenter le nombre d’installations pour garder nos exploitations. »
Nadège Hubert