15 juin 2026
Quand un train affiche du retard, les passagers et les fournisseurs imputent cette perturbation à SNCF Réseau alors que la faute incombe d’abord parfois à un animal errant. Si les chevreuils et autres sangliers sont majoritairement concernés, les animaux d’élevage peuvent aussi être responsables, et même les pêcheurs.
Veaux, vaches, chevaux ou encore brebis sortent de temps à autre de leur enclos pour vérifier que l’herbe n’est pas plus verte à côté. Quand cette gourmandise les pousse à s’approcher des voies ferrées, tout le trafic ferroviaire pâtit de leur errance. « 20 % des incidents ferroviaires causés par des animaux sont provoqués par des animaux domestiques. Dans la majorité des cas, ils ne provoquent qu’un défaut de régularité. En cas d’accident, cela cause aussi des dommages », résume Nicolas Caignol du pôle développement durable à la direction régionale de SNCF Réseau.

Pour rappel, un train lancé à 100 kilomètres/heure a besoin d’un kilomètre pour s’arrêter, autant dire qu’il est impossible pour un conducteur d’anticiper autant à l’avance sur la présence d’un animal sur ou à proximité des voies. « Quand un conducteur de train constate une divagation, il prévient le réseau qui alerte l’ensemble des trains qui réduiront alors leur vitesse à 30 kilomètres/heure. Si le train est censé circuler à 100 ou 160 kilomètres/heure, cette diminution de vitesse engendre des retards », complète Gérard Lhomme, régulateur-préventeur de faune pour SNCF Réseau. Son poste a été créé en 2020 en Bourgogne-Franche-Comté, une première en France.
Avec les équipes de SNCF Réseau, il intervient pour remettre l’animal en sécurité, dans un enclos. « Nous contactons l’agriculteur. Ce n’est pas une chose évidente à faire car les animaux sont généralement affolés » confie Gérard Lhomme. Outre les retards, si une vache venait à entrer en collision avec un train, le train se retrouve alors à l’arrêt. « Pour des raisons de sécurité, le conducteur doit vérifier que son train n’est pas endommagé », rappelle Gérard Lhomme. Ces dégâts causés par les animaux domestiques coûtent chaque année plusieurs millions d’euros en France.

Tous concernés, tous impliqués
Régulièrement, Gérard Lhomme sillonne les bordures des voies pour examiner les enclos et s’assurer que les clôtures sont en bon état. « En cas de besoin, nous adressons un courrier de prévention à l’agriculteur. En général, ils jouent le jeu. »
Si les éleveurs ont pris conscience de l’impact que leurs animaux peuvent avoir sur de nombreuses personnes ou marchandises qui circulent en train chaque jour, les conséquences financières de ces errances les encouragent également sans doute à prévenir plutôt qu’à guérir. Le partenariat engagé en 2021 avec la chambre d’agriculture de Côte-d’Or, une première en France, a également largement contribué à réduire le nombre d’accidents et d’incidents. « Nous nous réunissons quatre fois par an pour faire le constat des divagations, le nombre de retards, le coût pour les agriculteurs… », souligne Gérard Lhomme, qui participe à ces réunions.

Plus surprenant quand il s’agit d’animaux domestiques errants, SNCF Réseau s’est également rapprochée de la fédération de pêche de Côte-d’Or. « Quand les voies ferrées se trouvent à proximité d’un cours d’eau et qu’il y a des enclos, il arrive que les pêcheurs laissent les portes ouvertes, ou pire, coupent les barbelés », regrette Nicolas Caignol. Pour sensibiliser les passionnés de pêche, un dépliant est donc désormais remis en Côte-d’Or à tous les acquéreurs d’un permis de pêche. Les promeneurs sont également invités à la vigilance. « On constate une réelle efficacité de ces partenariats qui ont largement contribué à faire baisser l’impact des animaux domestiques sur les incidents. » Pour ne pas freiner les pratiques, pêche ou randonnée, SNCF Réseau a financé l’installation d’une vingtaine d’échaliers dans le département afin que tous puissent enjamber les barbelés sans mettre Marguerite en situation périlleuse et que les trains continuent à rouler.
Nadège Hubert