Une historienne de l’instant raconte la Bourgogne

Une historienne de l’instant raconte la Bourgogne

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Christiane Perruchot a été journaliste de la presse locale, régionale (La Gazette d’Autun, le Journal du Centre, l’Yonne républicaine) et nationale (Le Monde, les Echos, l’Usine Nouvelle). Journaliste indépendante, elle a ensuite cofondé l’agence de presse Traces Ecrites puis coédité le média en ligne Traces Ecrites News.

« Histoire(s) de la Bourgogne – 1981 – 2021 », disponible en librairie au prix de 20 €.


05 juin 2025

Journaliste de 1981 à 2021, Christiane Perruchot publie un ouvrage dans lequel elle met en lumière les évènements marquants de ces quatre décennies au regard de leur impact sur la société ou la politique nationale. La Bourgogne a marqué l’histoire contemporaine et cette historienne de l’instant la relate avec son regard critique dans son « Histoire(s) de la Bourgogne, 1981-2021 ».

« J’ai voulu raconter la Bourgogne à travers la presse, que ce soit mes articles, mais aussi ceux de la presse locale. » Pour mener à bien son projet, celle qui est devenue journaliste en 1981 a dû faire un choix dans 40 ans d’actualités pour ne retenir que quelques évènements qu’elle a suivis de près ou de loin. « J’ai retenu des moments qui ont eu un impact, montré comment ils étaient perçus quand ils se sont passés et les évolutions auxquelles ils ont conduit. » Dans le large panel des évènements à sa disposition, elle a retenu ceux qui ont laissé des traces dans la suite de l’Histoire.

La faillite Creusot-Loire en 1984 a ainsi conduit à une petite révolution dans les plans sociaux. « À partir de ce moment, il n’y aura plus de licenciements secs. Chacun des licenciés aura une solution, que ce soit un autre emploi, une formation ou un encouragement financier à l’entrepreneuriat. » Cette situation impactera les plans sociaux à suivre, comme celui de Hoover en 1994, qui se traduira par des négociations particulièrement réussies. « On peut lire dans la presse de l’époque que les syndicats avaient obtenu des indemnités record. Encore aujourd’hui, Tetra Pak suit le même modèle. »

Une observatrice politique

Plus loin, au fil des pages, le lecteur replonge avec Christiane Perruchot au début des années 90, pendant les élections régionales, remportées alors par Jean-Pierre Soisson grâce aux voix du Front national. « C’est une démonstration de ce qui se passe aujourd’hui avec un exécutif sans majorité absolue, obligeant à des négociations même si Soisson a toujours affirmé ne pas avoir demandé ses voix. » Le président régional de l’époque a ainsi été amené à mettre sur le devant de la scène, bien avant le gouvernement, le désormais célèbre 49.3, cet article de la constitution de 1958 qui n’avait jamais été appliqué pour voter un budget.

La collectivité régionale de l’époque permet également de traduire la loi de décentralisation de 1982. « La région avait alors son propre budget et donc son autonomie financière pour mener une politique sur le territoire.  Depuis, le pouvoir s’est recentré sur l’État et la région n’a plus accès à un impôt direct, se reposant sur les dotations, perdant par là même en autonomie. » Pour l’ancienne journaliste, cette situation fait écho à des problématiques actuelles et aux investissements que doivent mener les régions.

Un hommage à la presse

Raconter la Bourgogne ne pouvait se faire sans évoquer l’un des fleurons de l’économie locale, Amora. « Au moment de la fermeture du site quai Nicolas Rollin pour déménager à Chevigny-Saint-Sauveur, on vivait le développement de la presse en ligne. On a assisté à une précipitation des journalistes qui ont mal diffusé l’information avec un certain nombre de conséquences. » À l’heure où les fake news et la course au scoop pour être le premier à sortir une info sont légion, Christiane Perruchot dresse un parallèle intéressant et rappelle qu’avec l’arrivée d’internet dans les années 90, les choses, comme le métier, ont changé.

Si elle attire l’attention sur l’empressement de la presse de l’époque dans son ouvrage « Histoire(s) de la Bourgogne 1981–2021 », Christiane Perruchot fait aussi l’éloge d’une profession et de son rôle pour la société. « J’ai relu des éditos et des billets de l’époque et j’ai constaté que nous y allions bien plus fort. Les choses ont évolué avec les années. » L’ancienne journaliste pointe du doigt le poids de la communication, la tendance des élus et des entreprises à se saisir de la notion de diffamation. « On ne dit plus rien aux journalistes, on fait en sorte qu’ils ne posent plus autant de questions, qu’ils se contentent des communiqués. Pour aller plus loin, il faut du temps et des moyens, mais ils leur manquent. »

La relation aux collectivités s’est elle aussi transformée dans le temps, observe Christiane Perruchot, avec son regard objectif et expérimenté porté sur la Bourgogne. « Le poids des collectivités, des annonceurs, des entreprises pèse sur les lignes éditoriales. Avant, le journaliste échangeait directement avec les fonctionnaires en charge des dossiers, les directeurs de service… Maintenant, on pose nos questions au service communication, souvent par écrit, et on obtient une réponse par écrit qui dit ce que l’on veut bien nous dire sans pouvoir relancer. Le filtre est de plus en plus serré pour obtenir de l’information, au bénéfice de la communication. »

Dans son ouvrage, Christiane Perruchot s’appuie donc sur une presse régionale qui a tenté de son mieux de rendre compte de la société au fil des décennies pour donner à voir, avec un regard plus contemporain, l’histoire qui s’est déroulée. « Le journaliste vit en plein dans notre société, il a une facilité à rencontrer les gens, mais il doit rester humble, car, il ne faut pas être naïf, on utilise aussi le journaliste.  Il peut lui arriver parfois d’émettre un avis, à côté de ses articles, car il peut disposer d’un regard plus large. » En lisant « Histoire(s) de la Bourgogne 1981–2021 », le lecteur se place un instant, lui aussi, comme un observateur averti de la société. Prêt à sauter dans le temps et dans la peau d’un journaliste ?

Nadège Hubert

 

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