Réforme de l'assurance chômage : une injustice nommée désir.

RÉFORME DE L’ASSURANCE CHÔMAGE : UNE INJUSTICE NOMMÉE DÉSIR

La réforme de l'assurance chômage "est résolument tournée vers le travail, vers l'emploi, contre le chômage et pour la précarité". C'est par ces mots que la ministre Pennicaud a présenté le projet de reforme. Si le lapsus est l'expression d'un désir caché alors cette réforme est l'expression d'un désir assumé consistant à rendre les chômeurs responsables de leur chômage, les précaires responsables de leur précarité et les entreprises responsables d'un marché du travail en tension dû à des logiques économiques complexes. Face à cela, la réforme ne tient pas compte des réalités du marché du travail. C’est pourquoi l’injustice de cette future réforme est totale puisque le gouvernement demande aux chômeurs de travailler plus dans un marché du travail constitué principalement de CDD. Le vrai sujet n’est plus seulement l’accès à l’emploi mais le rebond sur le marché du travail.

En effet, cette évolution du marché du travail est structurelle et s'accompagne d'une forte hausse des contrats de très courtes durées. En 2017, 30% des CDD ne durent qu'une seule journée (8% en 2001) et 40% des salariés ont un contrat de moins d'un mois au cours d'un trimestre. La part des CDI est inférieure à 10%.

De fortes mutations sont à considérer notamment suite à la crise de 2008 dont les effets ont considérablement accru la rapidité avec laquelle il faut produire pour rester compétitif. Tout comme les chômeurs ne sont pas des assistés qui abuseraient d’un système, les pratiques de recrutement des entreprises ne sont pas guidées par la seule exploitation de main d’œuvre mais d’abord par des enjeux de productivité dans un contexte de mondialisation, de révolution numérique et d’urgence environnementale.

Sur la forme cette réforme détonne également. Après le hold up des territoires vécu dans le cadre de la réforme "Liberté pour Choisir son Avenir Porfessionnel", le hold up des partenaires sociaux, des corps intermédiaires, dans le cadre du projet de réforme de l’assurance chômage. Il est inconcevable de considérer les partenaires sociaux et les corps intermédiaires comme de simples spectateurs de l'élaboration de cette réforme qui vise notamment à appauvrir les plus précaires en :

- allongeant le temps de travail pour prétendre à une indemnité chômage (6 mois au lieu de 4 mois) ; 236.000 personnes sortiraient ainsi des listes de Pôle Emploi et la plupart basculeraient au RSA

- durcissant les droits rechargeables (il faudra désormais côtiser 180 jours au lieu des 30 jours minimum pour recharger ses droits ce qui là aussi ferait disparaître beaucoup d'allocataires des listes de Pôle Emploi...)

- modifiant le calcul de l'allocation à percevoir qui passerait d'un mode journalier à mensuel ce qui fragiliserait nettement les allocataires cumulant des CDD courts, en particulier les femmes, les jeunes et les séniors

- dans le même temps, l’instauration d’un principe de bonus/malus pour les entreprises qui abuseraient des contrats courts...pourquoi là encore poser un postulat signifiant que les entreprises seraient par principe de mauvais employeurs et de fait auraient le choix et les méthodes pour gérer leurs ressources humaines différemment ?

Aux mesures punitives envers les femmes et les hommes en situation de recherche d'emploi et envers les entreprises, nous proposons d'encourager de nouvelles formes d'emploi et de formation, de soutenir l'innovation RH, d'accompagner les entreprises dans leurs pratiques managériales et organisationnelles, de renforcer l’accompagnement des demandeurs d’emploi sans les culpabiliser, en les responsabilisant, et en leur garantissant dignité, respect et autonomie.

Cette réforme a le mérite de traduire une qualité qu'il faut reconnaître à la présidence Macron : la constance. Constance dans la méthode à savoir la décision sans consultation ; constance dans les choix politiques à savoir faire plus pour ceux qui ont plus et accabler ceux qui ont moins. Soutenir et renforcer les premiers de cordées en rompant la corde des milieux et derniers de cordées, cette politique est bel et bien l'expression d'un désir assumé.

S'il y a des lapsus révelateurs, il y a des conseils éclairants. Elmar Mock, le fondateur des montres Swatch, déclarait il y a peu qu'il y avait "deux tueurs à l'innovation : le manque de confiance et le sentiment d'injustice."

Océane Charret-Godard

Vice Présidente Conseil Régional Bourgogne-Franche-Comté

Conseillère Municipale à Dijon et Dijon Métropole en charge de l'emploi

 

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