Alesia rend à César ce qui lui appartient

Du 14 avril au 30 juin 2020 à Alise-Sainte-Reine

Fruit d'un travail collectif de plusieurs années faisant intervenir historiens et spécialistes de littérature latine, cette nouvelle traduction des œuvres complètes de César, unique en son genre, est un tour de force.

Début mars, l'auditorium du MuséoParc Alésia était comble pour écouter les auteurs de la nouvelle traduction de la « Guerre des Gaules », publiée par « Les Belles Lettres ».

« C'était un véritable honneur de recevoir ses experts reconnus à Alise-Sainte-Reine ! » pour Michel Rouger, directeur du MuséoParc Alésia.

Fruit d'un travail collectif de plusieurs années faisant intervenir historiens et spécialistes de littérature latine, cette nouvelle traduction des œuvres complètes de César, unique en son genre, est un tour de force.

Nous partageons ici les témoignages de ceux qui ont œuvré à cette réalisation unique.

Question à Laure de Chantal, directrice de collections des Belles Lettres

Pourquoi parler d'un défi ?

« Offrir au lecteur d'aujourd'hui « Tout César » pourrait sembler une évidence, et pourtant il s'agit en réalité d'un défi. En effet le César que nous connaissons aujourd'hui est morcelé, fragmenté par des siècles de tradition en morceaux de textes canoniques traduits en classe, en personnage culte de bande-dessinée, de série ou de film, doté à chaque fois d'un visage différent, en grand homme ou en tyran sanguinaire. César est un mythe et, comme tous les mythes, il est protéiforme.

Alesia rend à César ce qui lui appartient

Nous voulions donc non rendre à César à lui-même ce qui serait impossible mais le rendre aux lecteurs du XXIe siècle en leur proposant ses œuvres dans leur cohérence et leur puissance. Ce projet, colossal, a été effectué en cinq ans - ce qui est peu au regard de l'amplitude de la tâche -. Il a été accueilli naturellement aux Belles Lettres, la maison d'édition de référence en matière d'Antiquité depuis plus d'un siècle - dans la collection d'intégrales (Editio Minor) qui rassemble déjà l'intégrale des Romans grecs et latins, tout Plaute, tout Lucien et les fables de l'Antiquité. Notre projet de traduction était de retrouver l'esprit d'une langue qui a dû frapper les contemporains de César par sa modernité, c'est-à-dire sa clarté (son elegantia) et son efficacité. Les cercles césariens revendiquaient une écriture de la rapidité, sans ornement excessif, tandis que l'esthétique rhétorique à la mode se paraît d'un idéal de sermo facilis et cotidianus, une langue de tous les jours, facile à appréhender. Une langue à la fois moderne, novatrice et classique, au sens où elle voulait refléter l'identité romaine. C'est par conséquent dans une langue française accessible, concrète, que nous avons voulu traduire César, dans un français d'aujourd'hui, à la fois contemporain et capable de refléter nos compétences lectoriales. »

Question à Jean-Pierre De Giorgio, Maître de conférences de langue et littérature latines (UCA) en détachement auprès du Collège Sévigné (enseignement supérieur).

Que vous a apporté votre séjour au MuséoParc Alésia ?

 

« Le problème majeur auquel on est confronté quand on traduit à plusieurs est celui de l'unité et de la cohérence. Comment faire d'une traduction collective un projet commun ? Notre séjour à Alésia est l'une des solutions que nous avons trouvées.

L'équipe des traducteurs des Guerres de César était en effet composée d'universitaires issus de plusieurs traditions : historiens sensibles aux données archéologiques, anthropologiques ou épigraphiques, littéraires sensibles à la structure des phrases, aux nuances de la langue, à la construction du récit. Ces traditions universitaires nous ont permis de lire le texte avec des regards différents, qu'il a fallu faire converger. Nos différences d'âge impliquaient aussi des écarts d'appréciation dans ce qui fait une « langue d'aujourd'hui ». A ces diversités au sein de l'équipe, s'ajoutaient des contraintes géographiques fortes : nous habitions dans des régions différentes (Paris, Châtenay-Malabry, Mulhouse, Grenoble).

La solution numérique s'est bien entendu d'emblée imposée. Mais les rendez-vous à distance ne suffisaient plus : pour travailler ensemble durant plusieurs années, il faut aussi une énergie qui traverse le groupe, qui se transmette d'individu à individu. Or cette énergie, ne peut s'obtenir qu'en se rencontrant physiquement à intervalles réguliers. Nous avons rencontré Michel Rouger à Bibracte, capitale des Eduens dans le Morvan, en 2018. Il nous a invités à Alésia pour finir nos travaux l'année d'après. Nous avons donc organisé notre rencontre annuelle à Alise-Sainte-Reine : il fallait terminer, nous étions en retard, chacun était épuisé. Il nous restait en effet à « boucler » le livre 7 de la Guerre des Gaules (nous avions déjà traduit la Guerre civile). Le livre 7 est particulièrement beau. C'est le livre des sièges d'oppida, c'est le livre de Vercingétorix, c'est le livre d'Alésia.

Installés dans une salle dotée d'une grande baie vitrée, nous pouvions voir à l'extérieur les collines et le retranchement reconstitué. Face à nous, notre traduction projetée, qu'il fallait modifier collectivement, et entre les mains, le texte latin de la Collection des Universités de France. A gauche, lorsqu'on tournait la tête, le paysage, à la fois contemporain et antique, et à droite, dans le couloir, les visiteurs du musée qui nous observaient avec une curiosité compréhensible. Parfois, l'arrivée chaleureuse et souriante de Michel Rouger, le directeur général du MuséoParc, nous permettait de sortir de l'état de tension dans lequel nous mettait le texte (tous ces morts, ces femmes en larmes du haut des remparts, toute cette fatigue...).

Le choix du site était évident : Sabine Lefebvre, professeur à l'Université de Bourgogne, membre du groupe de traducteurs, était aussi directrice du laboratoire Artehis, ce qui nous a permis d'être accueillis dans le cadre d'un projet universitaire clairement défini. D'autre part, je ne sais pas si l'on peut dire que le site nous a inspirés au sens romantique du terme, mais une chose est certaine : parfois, sans nous en rendre compte, entre deux phrases à traduire, nous tournions la tête vers la plaine des Laumes et, l'espace de quelques secondes, nous ne savions plus très bien si c'était un paysage antique ou contemporain que nous regardions, avec la sensation très étonnante d'entrer physiquement dans le texte.

Nous étions souvent enfermés parce qu'il fallait aller vite - il y a la celeritas du général, dont César se félicite, la rapidité de l'écriture, vantée par son légat Hirtius, mais il y a eu aussi une celeritas du traducteur, qui devait terminer à temps... La traduction du livre 7 fut une course contre la montre qui nous a permis de retrouver la tension propre à ces pages particulières de la Guerre des Gaules, avec pour décor les lieux auxquels elles se réfèrent.

Il faut pourtant évoquer deux sorties mémorables. La première vient d'une proposition que nous avons faite à Michel Rouger : lire notre toute nouvelle traduction d'un discours de Vercingétorix devant le public du Muséoparc venu ici au moment des festivités organisées autour du 14 juillet. Entre deux démonstrations de batailles entre Gaulois et Romains, au sein du camp, dans le parc, nous avons lu, en français et en latin, le discours où Vercingétorix explique aux Gaulois sa politique de la terre brûlée. Très belle écoute de la part du public et moment agréable pour nous, avec ce « gueuloir » improvisé et élargi à d'autres que nous-mêmes : nous pouvions sortir, voir le soleil, communiquer avec des gens venus faire l'expérience de la traversée dans le temps, « faire parler » Vercingétorix sur les lieux de la bataille. La seconde sortie mémorable, nous la devons à Fabienne Creuzenet, membre du laboratoire Artehis, qui a eu la générosité de nous conduire en divers endroits du site avec son automobile, sur les collines environnantes d'où nous observions la plaine des Laumes, le Muséoparc. L'inversion des points de vue était frappante : nous étions sur les collines, en surplomb, adoptant le regard du général, du narrateur aussi, alors que nous avions passé des jours dans l'univers clos du Muséoparc, avec vue sur ces collines qui nous semblaient inaccessibles. On a toujours intérêt à inverser les points de vue, quand on traduit. Et puis, il y a les sensations : le bruit du vent dans les champs, tandis que Fabienne Creuzenet nous explique la topographie, nous permettant de sortir momentanément de l'univers en deux dimensions des réalités textuelles.

Le Muséoparc a joué pour nous le rôle d'un catalyseur : d'un point de vue pragmatique, nous avons pu terminer la traduction de ce livre difficile et particulièrement long parce que nous étions ensemble, dans un environnement à la fois propice à la concentration, confortable pour une réunion d'équipe, et très évocateur. »

Alesia rend à César ce qui lui appartient

Je vous invite à découvrir un extrait (digital et audio) ici .

 

L'ouvrage se lit comme un roman, une bonne idée de lecture en ce moment !

En raison du Covid-19, le MuséoParc Alésia est fermé jusqu'à nouvel ordre.

En attendant, nous vous invitons à consulter le site internet : www.alesia.com

 

Prenez soin de vous !

Bien cordialement

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