Depuis la signature de la charte de coopération interterritoriale signée le 9 juillet 2026 par l'État, la Région Bourgogne-Franche-Comté et Dijon métropole, le Service express régional de mobilité, SERM, devient de plus en plus une réalité. Président de Dijon Métropole pour quelques jours encore avant de passer la main, François Rebsamen détaille les ambitions du projet pour les territoires. Propos recueillis par Nadège Hubert
Pourquoi vouloir créer un service express régional de mobilité ? Quel est l'objectif ?
« Chaque jour, près de 100 000 véhicules entrent et sortent du territoire de Dijon métropole. Ce chiffre illustre à lui seul l'importance des déplacements quotidiens entre la métropole et les territoires qui l'entourent. Notre ambition est simple : permettre aux habitants de se déplacer plus facilement, plus rapidement et dans de meilleures conditions à l'échelle du bassin de vie dijonnais.
Aujourd'hui, les déplacements du quotidien dépassent largement les frontières administratives. On peut habiter dans une commune rurale, travailler à Dijon, étudier dans une autre intercommunalité ou avoir besoin de rejoindre un établissement de santé. Le Service express régional métropolitain doit répondre à cette réalité. Il ne s'agit pas simplement d'ajouter des trains ou des bus, mais de construire une offre de mobilité cohérente, coordonnée et adaptée aux besoins des habitants.
C'est aussi un véritable projet d'aménagement du territoire. Nous voulons renforcer les liens entre la métropole et les territoires périurbains et ruraux, faciliter les déplacements et réduire les inégalités d'accès aux services. C'est tout le sens de l'alliance des territoires que nous défendons. »
À quelles problématiques pensez-vous apporter une réponse ?
« La première problématique est celle de la dépendance à la voiture individuelle, particulièrement forte dans les territoires périurbains et ruraux. Pour beaucoup d'habitants, elle reste aujourd'hui la seule solution réellement adaptée à leurs déplacements.
Cette situation représente un coût important pour les ménages, mais elle contribue également aux difficultés de circulation aux heures de pointe et aux émissions de gaz à effet de serre.
Le SERM doit permettre de proposer des alternatives crédibles, notamment pour les déplacements domicile-travail, tout en améliorant l'accès à l'emploi, aux études, aux soins et aux services.
Notre conviction est que la transition écologique ne peut réussir que si elle apporte des solutions concrètes aux habitants, sans leur imposer de contraintes supplémentaires. »
La Région a cette compétence et le territoire dispose d'un maillage ferroviaire ou en bus. Qu'est-ce que ça va changer ?
« C'est précisément parce que nous disposons déjà de réseaux de transport que nous pouvons aller plus loin. La Région organise les transports ferroviaires régionaux, Dijon métropole les transports urbains sur son territoire, et d'autres acteurs interviennent également dans l'organisation des mobilités.
L'enjeu du SERM n'est pas de remplacer ces réseaux, mais de mieux les articuler. Cela passe par une meilleure coordination des horaires, des correspondances facilitées entre les trains, les bus et les tramways, des possibilités de stationnement et de rabattement vers les gares, mais aussi une information plus lisible pour les voyageurs.
Nous devons passer d'une juxtaposition de réseaux à une véritable logique de parcours. Pour un habitant, ce qui compte, ce n'est pas de savoir quelle collectivité organise son transport, mais de pouvoir rejoindre sa destination simplement, rapidement et dans de bonnes conditions.
C'est cette continuité des déplacements que nous voulons construire avec nos partenaires. »
Qui en aurait la gestion ?
« Le SERM repose avant tout sur une démarche collective. L'État, la Région Bourgogne-Franche-Comté et Dijon métropole assurent le copilotage du projet, en association avec les intercommunalités partenaires. La charte de coopération interterritoriale signée le 9 juillet 2026 a marqué une étape importante en formalisant cette volonté commune.
Il ne s'agit pas de créer un système qui se substituerait aux compétences existantes. La Région conservera ses responsabilités en matière de transports régionaux et Dijon métropole les siennes pour les mobilités sur son territoire. Les modalités précises de gouvernance et d'organisation opérationnelle seront définies dans le cadre des études en cours.
Notre volonté est claire : construire une gouvernance efficace, fondée sur la coopération et sur l'intérêt partagé de l'ensemble des territoires concernés. »
À quel public se destinerait ce service ? Dans quel rayon ?
« Le SERM s'adresse à tous les habitants du bassin de vie dijonnais, qu'ils résident dans la métropole, dans les communes périurbaines ou dans les territoires ruraux qui l'entourent.
Il concerne bien sûr les actifs qui se déplacent quotidiennement pour rejoindre leur lieu de travail, mais également les étudiants, les jeunes en formation, les personnes âgées et, plus largement, tous ceux qui ont besoin d'accéder aux équipements et aux services du territoire. Nous ne raisonnons pas uniquement en kilomètres autour de Dijon, mais en fonction des déplacements réels et des besoins des habitants.
Le périmètre de coopération défini avec nos partenaires constitue notre cadre de travail. Les études permettront de préciser les axes prioritaires et les services à développer. L'objectif est que le SERM bénéficie à l'ensemble du bassin de vie et contribue à rapprocher les territoires plutôt qu'à renforcer les logiques de centralisation. »
Avez-vous un objectif chiffré de diminution des flux quotidiens ?
« Notre objectif est de réduire la dépendance à la voiture individuelle, notamment pour les déplacements domicile-travail, en favorisant le recours aux transports collectifs et aux mobilités partagées. Mais il serait prématuré d'annoncer aujourd'hui un objectif chiffré de diminution du trafic automobile. Les études de préfiguration doivent nous permettre de mieux connaître les flux de déplacements, d'identifier les axes les plus fréquentés et d'évaluer les possibilités de report vers d'autres modes de transport.
Je préfère que nous nous fixions des objectifs réalistes, fondés sur des données solides, plutôt que d'avancer des chiffres qui ne seraient pas suffisamment étayés. Notre priorité est de construire une offre suffisamment attractive pour que les habitants aient réellement intérêt à l'utiliser. »
Combien de trajets quotidiens envisagez-vous ? Qui s'occupera et comment sera planifié le service ?
« Nous sommes aujourd'hui dans une phase de préfiguration. Le nombre de trajets quotidiens, les fréquences et les modalités précises d'exploitation ne sont donc pas encore arrêtés.
C'est tout l'objet des études engagées avec nos partenaires : identifier les besoins, les axes à renforcer, les capacités des infrastructures existantes et les améliorations à apporter aux différents réseaux.
La planification devra naturellement être construite avec les autorités organisatrices compétentes, notamment la Région pour les TER et Dijon métropole pour les transports urbains, ainsi qu'avec les gestionnaires d'infrastructures.
Notre approche est pragmatique. Nous souhaitons d'abord tirer pleinement parti des réseaux existants, améliorer leur complémentarité et identifier les évolutions qui apporteront un bénéfice concret aux usagers.
L'enjeu n'est pas de multiplier les dessertes pour afficher des chiffres, mais de proposer les bons services, aux bons endroits et aux bons horaires. »
La voiture reste indispensable en milieu rural pour se déplacer, pour rejoindre la métropole afin de rester libre de ses mouvements mais surtout de son temps. Le prochain service express de mobilité fera-t-il gagner ou perdre du temps ?
« Je comprends parfaitement cette réalité. Dans de nombreux territoires ruraux, la voiture reste indispensable. Il ne s'agit ni de la supprimer ni de culpabiliser ceux qui l'utilisent. Notre ambition est au contraire de donner davantage de choix aux habitants. Pour une personne qui réside dans une commune rurale, cela peut signifier rejoindre facilement une gare ou un pôle d'échanges, y stationner son véhicule ou son vélo, puis poursuivre son trajet en train, en bus ou en tramway.
Le véritable enjeu, c'est le temps de déplacement, mais aussi la fiabilité du service et la simplicité des correspondances. Une alternative à la voiture ne sera attractive que si elle est pratique, régulière et compétitive. Nous devons donc construire le SERM à partir des usages et des contraintes des habitants, et non leur demander de s'adapter à une offre qui ne correspondrait pas à leurs besoins.
Je ne crois pas à l'opposition entre la ville et la campagne, pas davantage qu'à celle entre la voiture et les transports collectifs. Nous devons au contraire rechercher leur complémentarité. Le SERM doit permettre à chacun de choisir la solution la plus adaptée à ses déplacements, tout en lui faisant gagner du temps et en améliorant son quotidien. »
À quel horizon pensez-vous qu'il sera opérationnel ?
« Le projet a franchi deux étapes importantes : sa labellisation par l'État en février 2025, puis la signature de la charte de coopération interterritoriale le 9 juillet 2026. Nous sommes désormais engagés dans les études de préfiguration, qui doivent permettre de préciser le contenu du projet, ses modalités de gouvernance et ses conditions de financement. Notre objectif est de préparer le dépôt du dossier de demande de statut auprès de l'État à l'horizon 2027. La mise en œuvre sera nécessairement progressive, en fonction des services retenus, des infrastructures disponibles et des engagements de nos partenaires.
Mais je souhaite que nous avancions de manière concrète, en privilégiant les améliorations qui peuvent être apportées aux réseaux existants, sans attendre nécessairement la réalisation de grands travaux. Le SERM est un projet structurant de long terme. Pour autant, notre ambition est que ses premiers bénéfices puissent se traduire aussi rapidement que possible dans les déplacements du quotidien. »