Première femme à devenir maire de Dijon, Nathalie Koenders a toujours aimé sa ville et voulu lui rendre un peu de ce qu’elle lui avait apporté. Près de 80 ans avant sa prise de fonction, d’autres femmes se rendaient elles pour la première fois aux urnes après l’obtention de leur droit de vote, pour élire un maire.
Les femmes ne s’intéressent pas à la politique a été pendant longtemps l’un des arguments pour rejeter leur participation à la vie politique et les empêcher d’accéder au droit de vote. Après la Première Guerre, alors qu’elles avaient remplacé les hommes partis au front, les femmes ont réclamé de prendre part à la vie citoyenne. Un refus leur a été opposé en 1919, puis en 1925, encore en 1932 et à nouveau en 1935. Preuve que les femmes se sentent aussi concernées que les hommes par les questions politiques et les décisions d’Etat, elles persisteront jusqu’à finalement l’obtenir le 21 avril 1944 avant de l’exercer pour la première fois à l’occasion des élections municipales du 29 avril 1945.
Les citoyennes dijonnaises votaient, comme leurs homologues masculins alors un homme. Depuis l’élection du Chanoine Kir en 1945 à Dijon, d’autres se sont succédés jusqu’à l’arrivée de Nathalie Koenders, première femme à ce poste. « C’est une fierté, un honneur mais aussi une responsabilité que je mesure avec beaucoup d’humilité » insiste-t-elle tandis qu’un portrait de Simone Veil trône dans son bureau.
Grandir à Dijon
Arrivée de Rennes à peine âgée de quatre ans, Nathalie Koenders a grandi dans les rues dijonnaises, qu’elle connait par cœur. Allant d’abord à l’école Montchapet puis au collège Pardé, elle a été musicienne avant d’être sportive, en s’adonnant longtemps au saxophone pour faire plaisir autant à son frère qu’à sa mère. Sportive de haut niveau, sa rencontre avec le kayak, elle la doit à Dijon. « Pendant les vacances scolaires entre la cinquième et la quatrième, j’ai profité d’un dispositif et je suis monté dans un kayak pour la première fois. » Passionnée autant que persévérante et travailleuse, elle se rendait à l’entrainement en scooter après les cours. Sous les couleurs de la ville et de l’ASPTT, elle remporte ses premiers prix avant d’intégrer l’Equipe de France et de décrocher plusieurs médailles en championnat de France. « J’ai toujours été animée par l’engagement, dans le sport ou les études. Dijon m’a donné et j’ai voulu lui rendre. »
2008 marque un tournant dans la vie de Nathalie Koenders. La loi sur la parité encourage les équipes municipales à se doter de plus de femmes. Engagée auprès de l’office municipal des sports, elle est contactée par François Rebsamen. « Il cherchait des gens qui aimaient leur ville. J’étais là au bon moment et j’ai eu la chance d’une rencontre. » Elle accepte donc de rejoindre sa liste sans avoir jamais œuvré en politique. « Au début, j’avais le syndrome de l’imposteur mais à force de travail, c’est passé. Quand on est une femme, il faut faire ses preuves. » Elle débute en tant qu’adjointe en charge du commerce et de l’artisanat. « En politique, il faut savoir écouter mais aussi trancher en expliquant les choses. »

Et si un jour …
Elle garde en mémoire le jour où François Rebsamen lui a fait part d’un projet à long terme. « Nous étions à l’université de La Rochelle et pour la première fois il évoque la possibilité que je prenne sa suite. » Une surprise pour elle qui ne s’était jamais projetée comme maire de Dijon. « J’ai continué à bosser, la graine a germé et je me suis dit pourquoi pas en sachant que ce ne serait pas avant longtemps. » Sans changer sa façon d’être ou sa manière de travailler, elle a cherché à bien faire avec les délégations qui lui étaient confiées, sans penser à remplacer son mentor. Avec ses valeurs, « la justice sociale, la cohésion sociale, un attachement à l’éducation, le tout avec un brin d’écologie », elle a construit sa réputation. « La collectivité rééquilibre les choses pour donner sa chance à chacun. »
Pour autant, Madame la maire sait faire preuve de fermeté quand c’est nécessaire. « Je porte aussi des valeurs comme la sécurité et la tranquillité publique car on ne peut pas avoir un enfant qui grandit dans un environnement où règne l’insécurité. Mais cela n’enlève pas le volet prévention. » Maire et mère de deux garçons, « maire au carré », elle entend veiller sur les Dijonnais.
Une pilote aux commandes
« C’est peut-être le plus beau des mandats, du concret. On essaie de changer la vie des gens en mieux, en se projetant dans la ville de demain avec une vision. Je veux prendre soin des habitants, des quartiers et léguer la ville aux générations futures. » Un travail que Nathalie Koenders mène avec les Dijonnais grâce à une forte implication citoyenne. « La démocratie locale permet de prendre le pouls de la population. Le maire reste l’élu préféré mais c’est aussi celui que l’on interpelle. »
Officiellement élue par le conseil municipal le 25 novembre dernier, pour elle, ce nouveau statut se traduit ainsi : « ça ne change rien et ça change tout » sourit la quarantenaire. De plus en plus impliquée dans les décisions pour la ville ces dernières années, elle se voyait comme un copilote à qui le pilote confiait des décisions. « Désormais, je suis aux manettes. » Et, même si elle répète sa reconnaissante quant au travail engagé par son prédécesseur, elle s’oppose à l’idée d’être une marionnette. « Je porte un regard différent de François Rebsamen sur l’urbanisme par exemple, j’étais aussi en désaccord avec lui sur l’armement de la police municipale mais j’ai pu le convaincre. Je veux marcher dans ses pas mais en laissant mes propres traces. » Une empreinte qu’elle entend laisser avec une politique capable de s’adapter à une société qui évolue.
Une maire comme les autres
Son nouveau rôle, Nathalie Koenders le prend très à cœur. « Je suis très attachée au respect de la fonction, que ce soit de ma part mais aussi des autres. Quand je vais quelque part, je représente les Dijonnais à tout moment. Je ne voudrais pas discréditer la fonction ! » Partout, en toute situation, elle s’impose cette obligation. Dans une vie quotidienne semblable à toute autre, « je vais aux réunions parents-prof, je pars courir et je fais les courses », Nathalie Koenders porte sur elle la fierté d’être la maire des Dijonnais. Preuve, s’il en fallait encore, que les femmes s’intéressent effectivement à la politique.
Nadège Hubert