Par amour des histoires et des territoires

17 décembre 2025

Si elle s’est fait un nom en traversant la moitié du globe à vélo, la Dijonnaise Aurélie Gonnet veut désormais mettre en lumière celles et ceux qui font les territoires. Collectrice d’histoires, elle met son sens de l’écoute et ses qualités rédactionnelles au service des récits de vie autant que des histoires des villages.

« J’avais 20 ans quand ma grand-mère a développé un Alzheimer. Alors que je commençais à m’intéresser à l’histoire de la famille et à son passé de déportée, en quelques mois, tous ses souvenirs sont partis sans que l’on puisse en garder une trace », se souvient Aurélie Gonet. Elle se tourne alors vers son grand-père pour récolter ses récits de vie et même s’il lui donne des éléments, elle reconnait qu’il manque des choses « que l’on ne peut avoir qu’en direct avec la personne. » À la même époque, la Dijonnaise découvre un reportage sur une Bretonne « collectrice d’histoires » avec laquelle elle prend contact. Son métier de biographe a été une révélation pour la jeune femme qu’elle était alors. « Je me suis dit que je ferai ça quand j’aurais pris de la bouteille », sourit-elle.

Un master en communication et quelques années plus tard, Aurélie Gonet s’élance dans un périple original : rallier Pékin à vélo depuis Dijon. Des mois durant, au rythme des coups de pédale nécessaires pour traverser les continents, elle raconte son aventure mais délaisse rapidement le classique récit de voyage pour partager ses rencontres et les histoires des personnes qui ponctuent son trajet. « J’avais un rapport au temps et au terrain différent, j’étais en immersion. Mon écriture s’est faite à travers mes chroniques en texte et en photos. » En rentrant d’Asie, la jeune femme souhaite raconter la Bourgogne-Franche-Comté. L’université lui en donne l’opportunité en lui proposant un tour des savoirs. « Je suis allée de Nevers à Morteau en vélo. J’ai rencontré aussi bien des chercheurs que des artisans, des particuliers ou des passionnés au sein d’associations. »

Écouter pour mieux raconter

Aurélie Gonet boucle une nouvelle aventure au cours de laquelle elle s’est rendue de Dijon à Tataouine en Tunisie. À quarante ans, elle rentre avec l’envie plus forte que jamais de se faire le porte-parole des histoires de vie et de territoire. « Je veux raconter les histoires de famille, accompagner celles et ceux qui veulent raconter leur vie ou des moments clés mais aussi partager une passion. Il ne s’agit pas d’un CV ! » insiste la biographe qui a créé son activité sous le nom de « Rue des champs ». « Quand je commence une biographie, je demande aux gens où ils ont vécu. Les noms de rue sont porteurs de sens et d’histoire. C’est la rue dans laquelle j’ai grandi ! »

Des heures durant, une dizaine environ, elle guide son interlocuteur au cours d’entretiens. « Ensuite, je trie, j’organise mais je coconstruis le récit avec la personne. L’écoute reste au cœur du procédé. » Si les personnes âgées ont tendance à se tourner vers elle, pour elles-mêmes mais aussi pour leur famille, Aurélie Gonet insiste : « Il ne faut pas attendre pour se raconter. On pense qu’on a le temps mais les choses s’effacent, la mémoire modifie les évènements… » Empathique, elle ne cache pas son plaisir et son émotion à écouter les souvenirs que lui partagent ses clients, comme ce monsieur qui a partagé avec elle son service militaire avant de participer à la guerre d’Algérie. « Avant son départ, il a rencontré une jeune femme à Dijon. Ils ont entretenu une relation épistolaire. Il a voulu la surprendre en lui faisant livrer des fleurs depuis l’Algérie. C’était riche en péripéties mais il a réussi, faisant comprendre aux collègues de la jeune femme qu’elle avait un galant », m'a-t-il dit. »

Aurélie Gonet ©Sonia Blanc

Voir derrière les hommes et les femmes

En plus d’apprendre beaucoup de choses sur le passé de ses congénères, Aurélie Gonet s’enrichit de l’histoire d’une société et des territoires. La plume peut mettre ses compétences au service d’une commune ou d’une association pour que les mots fassent raisonner les émotions mieux que ne le feraient des chiffres ou des discours politiques. « J’espère contribuer à recréer du lien, renforcer une appartenance à une histoire commune. » Sous forme de livre, d’exposition, la jeune femme étant aussi photographe, ou d’audio, Aurélie Gonet imagine une multitude de façons de se plonger dans les territoires. « On peut raconter une histoire, des artisans, des paysages, un évènement marquant au fil du temps, des récits de personnes âgées pour relater la façon de vivre d’antan… » La biographe se dit impatiente d’aller à la rencontre de celles et ceux qui ont fait ou font battre le cœur des villes et villages pour découvrir sa Bourgogne-Franche-Comté autrement.

Nadège Hubert

 

 

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