En novembre 2024, le Centre de Sociologie des Organisations (Sciences Po, CNRS) a publié une étude menée cette même année auprès de l’ensemble des maires de France. Elle fait état de la perception des élus des conditions d’exercice de leur mandat et de ses conséquences sur leur santé.
Si les violences subies par certains maires dans l’exercice de leur fonction sont dénoncées et médiatisées depuis quelques années, d’autres troubles partagés par un échantillon représentatif des maires de France restent sous silence. Pour les mettre en lumière, une enquête pilotée par le Centre de Sociologie des Organisations, financée par l’Agence nationale de la recherche et soutenue par l’AMF a été menée en 2024 auprès des maires de France. Ses premiers résultats « montrent la force de l’engagement des maires dans un mandat qui déborde sur leur vie personnelle et familiale ». En effet, 62% estiment que « leur mandat municipal implique des sacrifices importants ». Des sacrifices liés notamment aux horaires atypiques consacrés à l’exercice du mandat : activités régulières en soirée, le samedi matin et plus occasionnellement le week-end. Ainsi, l’étude révèle que la quasi-totalité des répondants estiment travailler de manière excessive et manquer de disponibilité pour leurs proches. L’étude nuance cependant : « exercer le mandat de maire est une source d’intérêt et de satisfaction » de façon quasi unanime. Des ressentis positifs relatifs notamment au sentiment des maires d’être utiles pour leurs concitoyens, de faire ou d’apprendre de nouvelles choses, et la fierté du travail bien fait.
Contraintes et incidences sur la santé physique et mentale
Même si l’expérience de l’élu apporte de la satisfaction, elle comporte bien sûr son « lot de pénibilités » plus ou moins impactant selon l’expérience du maire et sa situation professionnelle, la taille de la commune ou encore son attrait touristique.
Les maires sont-ils pour autant démissionnaires ? L’étude révèle que 45% ont envisagé de quitter leurs fonctions « quelque fois » (38,9%) ou « souvent » (5,7%). Ce découragement touche d’autant plus les maires des petites communes. Mais le résultat le plus édifiant de l’étude répond à cette question : le mandat de maire est-il usant pour la santé ? Plus de 80% des répondants déclarent qu’ils sont plutôt voire tout à fait d’accord. Ils affirment avoir connu des moments de lassitude, des coups de fatigue, et des troubles du sommeil depuis le début de leur mandat. « Les causes de ces troubles sont extrêmes variées » : on retrouve entre autres un investissement considéré comme démesuré, des tensions excessives au sein de l’équipe municipale, des attaques sur les réseaux sociaux, des difficultés à recruter. Les maires sont « en première ligne, ce qui résulte de la forte personnalisation de la fonction surtout dans les petites communes (…) D’ailleurs, les maires de petites communes se distinguent par une plus forte propension à déclarer des moments de lassitude ». S’il existe une « bonne » fatigue, « conséquence normale de l’activité », celle-ci peut s’avérer délétère pour la santé. Elle est alors perçue par les maires comme « excessive et insurmontable, comme menaçante parce qu’elle les interroge sur leurs capacités à endosser leur rôle en accord avec l’idée qu’ils s’en font », et touche plus au mental qu’au physique, même si 12,5% des répondants « indiquent avoir eu des malaises qu’ils relient à leur mandat ».
Le tabou de la santé mentale
« L’enquête établit que l’exercice du mandat de maire expose à des mécanismes générateurs de charge mentale ou de stress ». Contraints à une multiplicité d’activités et de dossiers et donc à devoir « traiter des questions hétéroclites en des temps limités », 64,8% des répondants déclarent souvent penser à trop de choses à la fois, 40,1% être sous pression, 43,8% ne pas arriver à résoudre des problèmes, 77,1% avoir une action inefficace, 53,5% à cacher leurs émotions. Bref, la charge mentale des maires est « devenue une préoccupation largement partagée parmi les élus ». Pourtant, peu de maires osent en témoigner, craignant que leur légitimité à exercer soit remise en question.
A l’heure des voeux pour une bonne année 2025, il semble nécessaire de prendre en considération la santé des maires, en particulier leur santé mentale pour qu’aucun ne soit plus contraint de faire avec, « jusqu’à s’en accommoder et s’y habituer, ou pas ».
Déborah Vital