Parité imposée et sexisme en politique

01 avril 2025

Les prochaines élections municipales pourraient imposer même aux communes de moins de 1 000 habitants d’appliquer la parité. Alors que le sexisme reste encore trop souvent une réalité du monde politique, comment encourager les femmes à s’engager sans craindre des attitudes déplacées ?

Intimidation, humiliation, discrédit, paternalisme exacerbé, condescendance sans oublier les agressions verbales ou les gestes déplacés, les femmes qui évoluent en politique subissent encore des attitudes inadaptées voire même qui relèvent de l’illégalité. « Les femmes les plus ciblées sont celles qui transgressent les normes de genre, celles qui revendiquent leur féminisme, celles qui prennent la parole publiquement dans des environnements traditionnellement masculins, ou encore celles qui appartiennent à des minorités culturelles et ethniques » explique une étude québécoise mise en lumière à l’occasion du mois de l’égalité à Dijon.

Loin d’être un passage obligé pour les femmes qui se lancent en politique, celles qui osent dénoncer ces situations et monter au créneau passent toutefois rapidement pour des emmerdeuses. « La politique est un système fait par et pour les hommes avec un patriarcat très présent fait de remarques du genre : vas-y ma petite chérie ou ma choupinette, prends le micro. Pour autant, l’objectif n’est pas de remplacer une domination masculine par une domination féminine » insiste Océane Charret-Godard. Députée de Côte-d’Or depuis juillet 2024, elle fait ses débuts en politique en 2014, alors âgée de 31 ans. « La première question que l’on m’a posée quand j’ai reçu mon poste a été très directe : Tu es franc-maçonne ou tu as couché pour être adjointe ? Il n’y a pas d’évidence à ce qu’une femme soit compétente. » Aussi surprenant que cela puisse paraitre encore à certains, ses valeurs et son engagement ont permis à l’élue d’évoluer dans cet univers. Catherine Hervieu, elle aussi députée de Côte-d’Or, a rejoint les bancs du conseil municipal de Dijon en 2001, grâce à la parité imposée. « La situation était marquée par une excitation palpable de voir des jeunes femmes arriver. J’ai aussi vu certains adopter des attitudes condescendantes à l’égard de ces femmes tandis que les collègues hommes ne subissaient pas la même chose. »

Océane Charret Godard, députée        Catherine Hervieu, députée

Une rumeur que Kildine Bataille, adjointe au maire de Dijon en charge de la petite enfance, de l’égalité femmes-hommes et la lutte contre les violences faites aux femmes. « Une remarque qui est véhiculée autant par des hommes que par femmes. A aucun moment on ne le demanderait à un homme, c’est systémique. » Un sous-entendu que Laëtitia Martinez, 2e vice-présidente du conseil régional en charge de l’enseignement supérieur, la recherche, l’égalité réelle et la laïcité, a également porté. « On m’a aussi reproché d’avoir des jupes trop courtes qui permettaient aux hommes de voir mes jambes. » Les vêtements et le physique ont servi à attaquer Laurence Porte, maire de Montbard qui n’a cependant « jamais renoncé à son style ! » Des attaques que Catherine Louis, maire de Val Suzon et vice-présidente du conseil départemental a connu, comme son homologue. « En tant que Maire j’ai reçu des messages « graveleux » sur mon téléphone concernant mes tenues vestimentaires et mes jambes… ces messages ont fait l’objet d’une main courante à la gendarmerie. La personne, un élu du canton, a été identifiée et les messages ont stoppé. »

Au-delà des insultes

Quand il ne s’agit pas d’insultes ou de messages grossiers, les femmes ne bénéficient pas du même respect dû à leur fonction. « Dans les protocoles, on a tendance à oublier de mentionner la fonction des femmes ou à les appeler par leur prénom contrairement aux hommes » a remarqué Laëtitia Martinez. Quand l’assemblée régionale se réunissait, l’élue a constaté que le sujet de l’égalité dont elle a la charge était évoqué dans un certain brouha avec des élus régionaux dissipés. « Il y a toutefois une plus grande attention à ces sujets. C’est moins bien perçu d’être désinvolte. Les comportements changent. »

« C’est un combat permanent de la visibilité des femmes. Il faut susciter des candidatures féminines pour qu’elles se sentent légitimes » juge Catherine Hervieu. Difficile parfois pour une femme de se projeter en politique sachant que les hommes mais aussi certaines femmes, pourraient les attaquer sur des sujets éloignés des questions positions politiques.

Catherine Louis, maire de Val Suzon et conseillère départementale               Laëtitia Martinez, vice-présidente du conseil régional

Le prix de l’engagement

Trop souvent seules à porter l’organisation et la gestion de la famille, elles doivent aussi trouver l’équilibre entre leur vie professionnelle, leur engagement politique et leur vie privée. « Pour se lancer en politique, il faut avoir de la disponibilité pour assurer ses engagements. L’engagement demande des sacrifices sur la vie privée et professionnelle. C’est une notion dont il faut bien avoir conscience » explique Catherine Louis. « J’ai stoppé ma carrière professionnelle depuis 10 ans pour vivre cet engagement pour les autres et le territoire » confirme Laurence Porte, au même titre qu’Océane Charret-Godard : « L’élue devrait avoir un vrai CDD, un statut salarié pour concilier vies professionnelle et personnelle. »

Catherine Hervieu regrette que la conciliation vie professionnelle et vie personnelle ne soit pas plus prise en compte dans l’organisation des collectivités et en particulier à l’Assemblée nationale. « Il y a le problème des séances nocturnes. En plus, comment travailler correctement, que l’on soit homme ou femme, à des heures tardives, notamment après la pause buvette. »

Légitimer les femmes en tant que femmes

Dans cet univers, comme dans d’autres postes à responsabilité, les femmes ont le sentiment qu’elles doivent se comporter comme des hommes. « Je nourris l’espoir d’une nouvelle génération qui va incarner différemment la politique et les postures. Je vois des hommes et des femmes qui reproduisent un modèle politique passé plutôt que d’initier un changement qui serait plus en accord avec la société » explique Océane Charret-Godard. « Les femmes se fondent dans les règles du jeu politique, allant jusqu’à reproduire des codes qui peuvent être sexistes. Cela peut apparaitre comme une question de survie pour certaines car leur légitimité n’est pas acquise » souligne Laëtitia Martinez.

« Il y a une volonté de dominer les femmes en politique pour qu’elles ne s’expriment pas. On leur coupe la parole, on les intimide, on leur confie de petits sujets ou on les fait passer pour des hystériques » constate Kildine Bataille.

Pour faire leur preuve, les femmes, bien qu’aussi compétentes que les hommes, ont aussi du mal à se faire confiance. « En tant que femme, j’ai toujours le sentiment de devoir faire davantage mes preuves. En tout cas, je travaille aussi bien avec des hommes que des femmes, c’est avant tout une question de personnalités » précise Laurence Porte tandis que Catherine Louis la rejoint sur ce point : « La Femme doit être plus laborieuse que l’Homme, c’est un fait évident et la reconnaissance et le respect seront ainsi acquis. »

Kildine Bataille, adjointe au maire de Dijon  Laurence Porte, maire de Montbard

Une loi pour changer les choses

Aux prochaines municipales, en mars 2026, la parité devrait s’imposer aux communes de moins de 1 000 habitants comme l’indique la loi adoptée par les sénateurs en mars 2025. Si pour certains, c’est compliquer la tâche, pour d’autres, c’est un argument sexiste pour ne pas partager le pouvoir. « Aura-t-on plus de femmes à la tête des intercommunalités ? » interroge Catherine Hervieu. « Les femmes doivent rester elles-mêmes évidemment et surtout ne pas penser qu’elles ne seraient pas à la hauteur » conseille Laurence Porte.

 

D’ailleurs, les élus, hommes ou femmes, qu’ils évoluent à l’échelle locale ou nationale ne doivent-ils pas exprimer l’exemplarité ? « Quelle que soit la taille de la collectivité, il y a des égos forts, masculins mais aussi féminins » souligne Kildine Bataille. « Il y a une attention sur les postes et les délégations attribuées aux femmes, avec des sujets jugés importants comme l’économie, c’est une vitrine mais quand il y a des négociations ou de grandes décisions, c’est encore majoritairement du registre masculin. On voit un plafond de verre, ce n’est pas un réflexe d’associer des femmes » regrette Océane Charret-Godard. « Le siège de chef politique reste difficile d’accès pour les femmes, éternelles médaillées d’argent, à la seconde place » précise Laëtitia Martinez. Kildine Bataille quant à elle prône des actions plus marquées face aux violences sexistes et sexuelles. « Il y a une tendance à préserver l’image des parties plus que la victime. Il faut des sanctions concrètes et exclure les coupables des mandats politiques. »

En s’écartant des questions de genre, Catherine Louis conclue : « Le monde politique est brutal, il faut être en capacité de s’armer psychologiquement pour supporter critiques et attaques de toute nature émanant des élus et des citoyens. » Que l’attaque relève du genre ou de la fonction, une seule attitude semble adaptée : ne rien tolérer.

Nadège Hubert

 

Image introductive : Image par Kathrine Jølle Wathne de Pixabay

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