Le conseil départemental a, comme chaque année, invité les 698 maires de Côte-d’Or à une conférence suivie d’un diner. Près de 500 édiles ont répondu présents. Après quelques péripéties météorologiques, ils ont découvert de nouvelles solutions numériques qui leur sont destinées.
Quand la météo s’y met ! En pleine canicule, une coupure de courant général dans le quartier du CHU a d’abord éteint la climatisation dans la salle occupée par près de 500 maires venus à l’invitation de François Sauvadet, président du Conseil départemental de Côte-d’Or, puis un orage pluvieux s’est abattu alors que les élus se rendaient à l’extérieur pour tenter un plan B. Malgré les aléas climatiques, les invités ont finalement pu profiter, en avance, d’un spectacle circassien avant d’assister à une conférence sur un nouvel outil numérique.

« Le couple commune et département est selon moi la meilleure des équipes » a introduit François Sauvadet lorsqu’il a pu faire son discours dans une salle enfin rafraichie du DFCO. Après avoir rappelé que le montant dédié de l’action sociale de sa collectivité est passée de 50 à 70 % du budget départemental dans un contexte de dette « abyssale », l’élu a insisté sur sa volonté de « ne pas tailler dans la présence territoriale sous prétexte d’économies. Nous resterons présents. »
Il a ensuite balayé certains défis qui s’annoncent comme le changement climatique ou la ressource en eau qui posera problème dès 2050, encourageant à la mutualisation pour longuement évoqué la thématique du jour : la transition numérique et l’intelligence artificielle. « On est dans ce monde-là, n’ayez pas peur » a-t-il lancé aux maires présents.
La Côte-d’Or, c’est cyber !
Alors que le 12 mars 2025 le département devenait la cible d’une cyberattaque, maitrisée par les services, François Sauvadet a positionné le département comme un gardien du patrimoine numérique du territoire pour protéger les données. La collectivité déploie en effet une offre souveraine d’hébergement 100 % Côte-d’Or. « Nous avons investi dans un data center dont nous avons la maitrise. »
Alors que 58 % des communes utilisent des adresses Gmail, François Sauvadet, appuyé par ses services numériques, a rappelé qu’en faisant appel aux services de Google, la collectivité ouvre largement l’accès à ses données aux Etats-Unis mais plus largement à d’autres nationalités. Même si la croyance populaire estime qu’il faut cliquer sur un lien pour être piraté, les services du département ont rappelé que posséder une adresse Gmail, donne le consentement de l’utilisateur pour un accès à ses données.
En réponse, le Département a proposé aux communes de s’équiper d’un boitier en sortie de box, pour la somme de 500 euros, afin d’empêcher les flux entrants et sortants. « En 20 minutes c’est installé et opérationnel » a insisté François Sauvadet tandis que Martine Eap-Dupin, vice-présidente du Département et maire de Précy-sous-Thil qui a expérimenté la solution, s’est montrée plus que satisfaite.
François Sauvadet a également encouragé les communes à se doter d’une nouvelle adresse mail mise à disposition par le département sous le format nom.prénom@nomdelacommune.cote-dor.fr, par le biais d’un cloud souverain intégrant une messagerie et un espace de stockage. « Nous pourrons nous déplacer pour accompagner les secrétaires de mairie pour les former à l’échelle de la communauté de communes. »
Et l’IA dans tout ça ?
Pour ponctuer cette rencontre, le Conseil départemental avait invité David Gurlé à s’exprimer. Passer par Microsoft aux Etats-Unis, il a notamment fondé Hivenet, une solution de stockage des données. Ravi que la Côte-d’Or soit le premier département de France à proposer une telle offre de service aux communes, il a exploré le sujet de l’intelligence artificielle. « C’est un raz-de-marée instoppable sur lequel on travaille depuis 30 ans mais révélé avec Chat GPT. Il faut donc vous donner les moyens à la fois de surfer dessus et de vous protéger ; de faire face et d’en profiter. »
De nombreuses tâches fastidieuses et chronophages peuvent ainsi être traitées par l’intelligence artificielle afin d’apporter de la valeur ajoutée au travail des collaborateurs. « C’est un gain de productivité énorme dans un contexte de contrainte budgétaire. C’est une façon d’augmenter la portée de ce que vous savez. » Toutefois, l’expert a alerté sur les risques. Outre celui de diminuer ses capacités intellectuelles en se reposant sur la technologie sans réfléchir, il a souligné la dépendance à la technologie qui s’installe insidieusement. « L’IA s’appuie sur des données mais, fournies par l’homme, elles ne sont pas toujours bonnes. L’IA peut aussi transmettre les données qu’elle considèrera comme attendues par l’utilisateur, ne donnant pas forcément une vision globale. »
Au registre du développement durable, là encore l’IA n’est pas sans risque. « Chaque question à Chat GPT nécessite l’énergie équivalente à une batterie pleine de téléphone. Il faut donc beaucoup d’énergie et il faut un système de refroidissement qui fait appel à de l’eau ! » En conclusion, l’intervenant a souligné qu’il ne fallait pas craindre l’IA mais toutefois apprendre à s’en protéger.

L’IA en Côte-d’Or
Les communes disposent de nombreuses données peu utilisées qui pourraient s’avérer utiles, que ce soit la démographie, la météo ou les logements. Le département prévoit de capter ces données brutes, de les nettoyer et de les rendre interopérables. L’objectif sera de disposer d’éléments pour aider à la décision. Il en va de même pour le jumeau numérique terrestre dont la Côte-d’Or se dote actuellement (lire notre article). Cette modélisation guidera les élus dans leur projet d’aménagement urbain, de construction en offrant une multitude de scénarios et de possibilités d’implantation.
Ouvrant à des réflexions, la rencontre s’est achevée autour d’un diner où les nombreux élus ont pu échanger sur leur pratique ou juste profiter du plaisir de se retrouver.
Nadège Hubert


