Pour sensibiliser les jeunes aux risques qu’ils encourent en se laissant séduire par les sirènes du trafic de stupéfiants, la ville de Chenôve a invité des collégiens à rejouer à leur façon un procès qui a réellement existé. Sur la scène du Cèdre, ils ont été prévenus, avocate, procureur, greffière et juges devant plusieurs classes de collège venues assister à ce procès presque aussi vrai que nature.
« J’ai commencé pour l’argent mais j’ai continué à cause des menaces », explique l’un des collégiens jouant le rôle de l’un des trois prévenus. Neuf élèves du collège du Chapitre ont occupé la scène du Cèdre à Chenôve pour reconstituer le procès bien réel de trois prévenus ayant contribué à un trafic de drogue, que ce soit en tant que transporteur, vendeur ou nourrice, c’est-à-dire, la personne qui stocke les réserves à son domicile et les conditionne. A côté des trois responsables, une avocate. Face à eux, un procureur, une greffière, un juge et ses deux assesseures.
Pendant une heure, les collégiens interprètent leur rôle avec des mots qui retranscrivent ce qu’ont ressenti les prévenus et les motivations à leur geste. « Dans le quartier, on voit des gars avec de l’argent facile et rapide. Avec le recul, c’était de l’argent vite dépensé contre beaucoup de stress, la boule au ventre pour moi comme pour ma famille. Si j’avais su, je n’aurais pas commencé. Je pensais que j’étais libre et je ne me suis pas posé de questions. » Un second arrive à la barre, il récidive. « J’étais attiré par l’image du grand du quartier. Y en a qui disaient que faire de la prison, c’est une fierté, que ça fait un homme. Mais ils ne racontent pas ce qu’est la prison, l’absence d’intimité, le temps qui ne passe pas, la honte, la déprime. J’aurais dû m’accrocher à l’école. »

Rattrapés par la réalité
Que ce soit à cause de l’appât du gain, pour éviter les contraintes et les efforts à produire à l’école ou dans un emploi, mais aussi pour répondre à des dettes financières, les raisons des trois prévenus aboutissent à la même finalité : le tribunal. « Vous êtes tous des pions indispensables mais tous remplaçables », a conclu la procureure qui a demandé 16 mois de détention avec du sursis. À l’issue du procès, un échange avec la salle, composée de nombreux collégiens de Chenôve, a permis de raconter l’issue du procès et la réalité des condamnations qui ont suivi, mais aussi de recueillir l’avis des élèves.

« Ce procès s’inscrit dans la continuité d’une action de fond que nous menons sur une importante problématique contre laquelle nous luttons avec tous les moyens à notre disposition », rappelle Thierry Falconnet, maire de Chenôve. Les équipes du service jeunesse de la ville ont pu mener cette action dans le cadre d’un appel à projet que la municipalité a remporté. La mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives et son projet Limits portent l’ambition de protéger les mineurs de l’emprise du narcotrafic. « Il faut casser l’attrait de ce trafic », ont insisté les équipes. En complément, les jeunes ont produit une exposition, visité le tribunal mais aussi accueilli des professionnels de la justice en classe comme le procureur Olivier Caracotch.
Nadège Hubert
