Depuis 50 ans, Dijon Métropole a changé de nom à plusieurs reprises mais en gardant la même ambition de faire collaborer les territoires dans l’intérêts des habitants et des projets. François Rebsamen, président de Dijon Métropole, revient sur cette coopération.
Depuis 50 ans, qu’est-ce que le fait d’être en agglomération a changé pour les communes membres ?
« Cela a d’abord permis de faire ensemble ce qu’aucune commune n’aurait pu faire seule de la même manière. C’est le principe même de l’intercommunalité.
Dès les années 1960 et 1970, les élus avaient compris que les déplacements, les déchets, le développement économique ou l’urbanisme dépassaient déjà les frontières communales. Cinquante ans plus tard, cette intuition reste profondément moderne.
La coopération nous a permis de mutualiser nos moyens, de développer des services publics à l’échelle du bassin de vie et de réaliser de grands équipements : le tramway, le Zénith, la piscine olympique, le centre de tri, les infrastructures liées à l’eau et à l’assainissement, les réseaux de chaleur ou encore OnDijon. Mais la métropole est aussi présente dans les gestes les plus quotidiens : lorsque l’on ouvre son robinet, prend un bus, sort sa poubelle ou circule dans l’espace public. »

Quelles sont les difficultés que le travail commun implique et comment les relever ?
« Travailler à 23 communes suppose évidemment de dialoguer, de confronter parfois des réalités différentes et de rechercher des équilibres. Une commune de quelques centaines d’habitants n’a pas les mêmes caractéristiques ni nécessairement les mêmes besoins que Dijon ou les communes les plus peuplées de la métropole.
Mais cette diversité n’est pas une faiblesse. Elle nous oblige à construire les projets collectivement et à rechercher l’intérêt commun.
La réponse est donc d’abord politique : le dialogue entre les maires et les élus, le respect de chaque commune et la recherche du consensus. Les Journées métropolitaines que nous organisons chaque année participent de cette culture commune. L’intercommunalité fonctionne lorsqu’elle est vécue comme un outil au service des communes et de leurs habitants, et non comme une institution qui s’imposerait à elles. »
La Métropole a de plus en plus de compétences, comment garder l’identité de chacune et ne pas se noyer dans une sorte de centralisation des projets ?
« C’est un principe auquel je suis profondément attaché : la métropole n’efface pas les communes.
La commune demeure l’échelon de proximité, celui auquel les habitants sont naturellement attachés. L’intercommunalité intervient lorsque la mise en commun permet d’être plus efficace ou de porter des politiques et des investissements à une échelle pertinente.
Nous avons d’ailleurs montré que la puissance collective pouvait aussi être mise au service de projets de proximité. Les fonds de concours du Grand Dijon ont ainsi participé au financement d’équipements à Chenôve, Chevigny-Saint-Sauveur, Bretenière, Neuilly-Crimolois, Marsannay-la-Côte, Talant, Fontaine-lès-Dijon, Longvic ou encore dans plusieurs communes moins peuplées.
L’enjeu n’est donc pas de centraliser. Il est de déterminer ce que nous faisons mieux ensemble et ce qui doit continuer à relever de la proximité communale. »
Comment façonner le territoire en prenant en compte les territoires ?
« En partant de la vie réelle des habitants plutôt que des seules frontières administratives.
On peut habiter dans une commune, travailler dans une autre, déposer ses enfants dans une troisième, prendre le tramway, aller au CHU, à l’université ou au Zénith. Nos bassins de vie, d’emploi et de déplacement ne s’arrêtent pas aux limites d’une commune, ni même aujourd’hui à celles de Dijon métropole.
C’est pourquoi nous devons à la fois préserver la proximité communale, construire des politiques à l’échelle des 23 communes et désormais renforcer notre coopération avec les territoires voisins.
Le SERM en est une bonne illustration : l’objectif est de mieux articuler le train, les transports urbains et interurbains, le vélo, les parkings-relais et l’intermodalité à l’échelle d’un bassin de vie et d’emploi de plus de 400 000 habitants. Après cinquante ans de coopération entre les communes, l’alliance entre les territoires constitue la prochaine étape. »
Depuis 25 ans vous êtes à la tête de la Métropole et vous étiez déjà un observateur averti de la politique locale avant, quels changements vous ont marqué au fil des ans ?
« Ce qui me frappe d’abord, c’est le changement d’échelle.
Nous sommes passés d’une intercommunalité essentiellement organisée autour de grands services à une métropole capable de porter des transformations structurantes dans les mobilités, l’économie, l’énergie, l’eau, l’aménagement ou encore la transition écologique.
Le tramway en est évidemment une illustration très forte. Lorsqu'il a fallu décider de le construire, c’était un choix considérable pour notre territoire. Depuis sa mise en service en 2012, il a profondément transformé les déplacements mais aussi l’espace public et l’image de l’agglomération.
Je pourrais également citer le Zénith, la piscine olympique, la LiNO, OnDijon, les réseaux de chaleur, la transformation de nos politiques de l’eau et des déchets ou le développement de nos zones d’activités.
Mais le changement le plus profond est peut-être devenu culturel : aujourd’hui, il paraît naturel de réfléchir à de nombreux enjeux à l’échelle métropolitaine. Cela n’allait pas de soi il y a vingt-cinq ou cinquante ans. »
Quel défi reste-t-il à relever pour la Métropole et les communes membres ?
« Le défi est désormais de préparer les cinquante prochaines années.
Le changement climatique nous impose d’agir simultanément sur l’énergie, les mobilités, la ressource en eau, la rénovation des bâtiments, la préservation des sols et l’adaptation de nos espaces publics. À cela s’ajoutent les enjeux de développement économique et de cohésion sociale.
Nous avons déjà engagé des projets majeurs : la modernisation de l’Unité de valorisation énergétique, la troisième ligne de tramway, le développement des réseaux de chaleur et des énergies renouvelables ou encore le SERM. Le dossier du cinquantenaire résume bien cette évolution : les défis changent, mais la nécessité de coopérer demeure.
Et nous devons désormais franchir une étape supplémentaire : après avoir appris pendant cinquante ans à travailler entre les communes de la métropole, nous devons renforcer notre coopération avec les territoires qui nous entourent. »
Quel est le projet ou le moment dont vous êtes le plus fier ou qui vous a le plus marqué dans l’histoire de l’agglomération ?
« Il est difficile de n’en retenir qu’un après vingt-cinq années et tant de transformations.
Mais la réalisation du tramway constitue évidemment un moment à part. C’était un projet considérable, qui engageait profondément l’avenir de l’agglomération. Sa mise en service en 2012 a changé durablement les déplacements, transformé l’espace public et accompagné le développement de notre territoire.
Ce dont je suis surtout fier, c’est que nous avons démontré, avec le tramway comme avec beaucoup d’autres projets, que lorsque les communes mettent leurs forces en commun, elles peuvent transformer concrètement la vie quotidienne de leurs habitants.
Et l’histoire n’est pas terminée. La troisième ligne de tramway, la modernisation de l’UVE, notre politique énergétique et le SERM montrent que nous continuons à préparer le territoire dont auront besoin les générations futures. »
