Sénatrice de Côte-d’Or, Anne-Catherine Loisier a réussi à associer ses deux convictions venues de l’enfance : la forêt et l’envie de se mettre au service de la société.
Petite, Anne-Catherine Loisier a fait ses premiers pas dans la forêt amazonienne en Guyane. Elle y a passé ses premières années, dans un village du bout du monde où s’est ancré en elle un attachement particulier pour cette nature environnante. Son père, gendarme, s’est involontairement chargé de lui transmettre son engagement pour la chose publique et l’envie de se mettre au service de la société. Son père muté en métropole, Anne-Catherine Loisier habite tour à tour à Montbéliard ou Vesoul avant de poser ses valises à Semur-en-Auxois où elle usera les bancs du collège avant de rejoindre le lycée de Dijon. « J’ai poursuivi à Sciences Po à Lyon pour passer une maitrise de droit public. J’avais l’ambition de travailler en collectivité. » Ce qu’elle fera en rejoignant la mairie de Chevigny-Saint-Sauveur.
A 24 ans, elle est encouragée par le maire à candidater au poste de conseillère générale. « J’ai été la première surprise de mon élection » sourit cette femme dynamique de 55 ans avant de compléter : « Cette élection a transformé ma vie ». C’était en 1994. Elle restera au Département jusqu’en 2014. « Je ne voulais pas être à la fois fonctionnaire et élue donc j’ai cherché à travailler dans le secteur privé. Je suis assez naturellement allée dans la gestion forestière. »
Un engagement multiple
En parallèle, en 1995, elle s’investit localement en tant qu’adjointe au maire de Saulieu et présidente du Sivom. En 1998, elle devient conseillère régionale. « Au début des années 2000, j’ai choisi de prendre un peu de distance avec la vie politique pour me consacrer à mes deux enfants. Ce n’est pas évident de gérer des mandats et le rôle de jeune mère de famille. » En 2008, elle revient sur le devant de la scène en devenant maire de Saulieu. Le cumul des mandats l’oblige à délaisser le Conseil régional. Entre 1994 et 2017, Anne-Catherine Loisir œuvre pour le parc du Morvan. « C’est un véritable outil de démocratie locale. »
En 2014, 20 ans après sa première élection, elle devient sénatrice et laisse derrière elle ses mandats exécutifs. « J’aime le travail de fond et traiter les dossiers dans la durée. Mes différents mandats étaient dans cet état d’esprit. »
Loin des yeux mais près des territoires
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Anne-Catherine Loisier perçoit sa fonction comme « une courroie de transmission entre le territoire et les administrations centrales. Le Sénat, c’est l’assemblée des territoires. Un sénateur se trouve autant sur le terrain qu’un autre mandat. » Après 25 ans de vie locale, Anne-Catherine Loisier aime se confronter aux problématiques nationales mais aussi valoriser les réalités de territoire. « Quand un sujet est en discussion, j’envoie souvent un SMS à des acteurs locaux pour prendre leur avis ou éclairage et avoir une aide à la décision. » Sa vision macro des orientations d’Etat lui permet aussi d’éclairer les acteurs locaux.
Et quand certains opposent collectivités locales et Etat, elle réagit : « C’est une articulation, un système qui fonctionne même en période de crise avec des services qui sont maintenus. Tout n’est pas parfait mais le système montre sa solidité. Au fil du temps, le monde a changé, il faut s’adapter mais en comparaison à d’autres pays, nos bases sont bonnes. » Pour Anne-Catherine Loisier, les élus locaux et nationaux doivent « faire corps pour trouver les solutions ensemble, proposer un modèle de société à nos concitoyens. Il y a une complémentarité entre l’Etat qui subventionne les communes qui mènent des projets dans le pays. » Si les réalités divergent d’un niveau à l’autre de l’Etat, elle rappelle que la volonté est la même.
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Des convictions et des intérêts
En tant que sénatrice, Anne-Catherine Loisier se consacre à des sujets qui lui importent tout particulièrement. Outre les forêts auxquelles elle prête une attention toute particulière, allant jusqu’à déposer un amendement contre le projet de loi de la ministre de l’agriculture, elle veut œuvrer à la simplification des normes. « Cela concerne aussi bien les collectivités que les entreprises. Il faut trouver où mettre le curseur entre les exigences sanitaires et environnementales d’un côté et le maintien de la compétitivité de nos entreprises de l’autre. » Elle fait aussi allusion à la loi ZAN. Convaincue qu’il faut maitriser l’artificialisation, elle reste persuadée que la réponse globale n’est pas adaptée, encourageant à répondre à un besoin ciblé grâce à la différenciation. « Il faut maitriser tout en laissant les territoires piloter leur schéma pour ne pas freiner leur développement. »
La question du revenu des agriculteurs et la loi Egalim occupent également la sénatrice. « Le Sénat a voté une proposition de loi pour lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur. Elle doit désormais être votée par l’Assemblée. » Anne-Catherine Loisier, membre de la commission des affaires économiques, se positionne également sur les questions relatives au numérique. « C’est un enjeu majeur du pouvoir avec les réseaux, la fibre… La France a une bonne place car Paris et Marseille se trouvent dans les 5 premiers hubs mondiaux. »
Alors que pour aborder ces sujets, elle se rend généralement au Sénat à Paris le mardi matin pour revenir le jeudi dans la matinée, elle consacre le reste de son temps à sillonner son territoire pour que les décisions au plus haut de l’Etat s’appuie sur les réalités de terrain.
Nadège Hubert