CONTES ET LÉGENDES DE BOURGOGNE

 

Bienvenue dans la rubrique Contes et légendes de Bourgogne de Sandra Amani
L'auteure partage à travers cette rubrique quelques histoires extraites de ses nombreuses publications.
Ses livres sont disponibles dans toutes les librairies de Bourgogne ou sur commande. amani.sandra7@gmail.com


Biographie

Sandra Amani

Sandra Amani est une auteure bourguignonne, demeurant à Dijon. Née à Paris, elle a grandi dans le Morvan, à la Roche en Brenil. Elle a ainsi passé son enfance en compagnie d’un grand-père qui adorait l’emmener dans les forêts et lui conter les légendes des lieux par où ils passaient, des pierres mystérieuses, des châteaux en ruines. Cette magie ne l’a jamais quittée et aujourd’hui,elle fait perdurer le souvenir de cet homme en publiant de belles histoires.

Professeur de français, elle débuta sa carrière en écrivant des romans pour la jeunesse. Le premier s’intitulait Rendez-vous avec un fantôme. C’était en 2001. Deux autres ont suivi. Puis, en 2004, elle fut contactée par les Editions de l’Escargot savant, qui lui demandèrent d’écrire des légendes du Morvan. Ce fut le début d’une longue série de publications, ayant toutes pour thème les légendes et le mystère : Légendes du Morvan, Histoires extraordinaires de châteaux en Bourgogne, Légendes du vignoble, Mystères du Nivernais (De Borée), puis les Chemins du mystère et d’autres légendes du Morvan aux éditions Temps impossibles, son éditeur actuel.  Elle a également adapté certaines de ses légendes en livres pour enfants (Le Poron de l’étoile, le Poron des lutins) et scénarisé trois bandes dessinées (Légendes du Morvan, Légendes et mystères de Bourgogne et le Songe de Charlemagne, qui relate l’histoire de la basilique de Saulieu).
Ses livres sont disponibles dans toutes les librairies de Bourgogne ou sur commande. amani.sandra7@gmail.com

 

Sandra Amani

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Sommaire des contes et légendes
La légende du Poron Meurger - La Roche-en-Brenil
La dame de la Tour - Chateauneuf-du-Pape
Voyage au « Pays des légendes » - Gémeaux
La louve de Montigny-Montfort - Montigny-Montfort
Le Chêne Saint Charles - La Roche en Brenil


 

 

La légende du Poron Meurger

Voici une histoire extraite du livre Légendes du Morvan
Elle se déroule en Côte d'Or, non loin du village où Sandra Amani a passé son enfance, La Roche en Brenil.
Avec l'aimable autorisation de Dominik Vallet, éditions Temps impossibles". 
Référence pour le livre : www.tempsimpossible.com - amani.sandra7@gmail.com

Sandra Amani Légendes du Morvan , Le Poron Meurger avec escalier
Photo, ©Karen Carpentier


Sandra Amani

es siècles auparavant, dans le bois qui sépare le hameau des Teureaux de Mâche de celui de Bouloy, se dressait un immense château. Le seigneur des lieux était un homme monstrueux, que l’on craignait de croiser tant il terrorisait tout le monde alentour. Il était pourvu d’une épaisse barbe poivre et sel, à l’image de sa tignasse, qu’il n’entretenait pas. Le visage toujours fermé, il ne souriait jamais. Bien qu’il fût veuf depuis très longtemps aucune femme ne le voulait pour mari. Parfois, on pouvait rester de longs mois sans apercevoir au village un seul habitant du château. On disait même que cet homme était en réalité un ogre qui dévorait quiconque s’approchait un peu trop près de sa demeure. C’est pourquoi on avait renoncé depuis longtemps à l’aborder ou même à le saluer si l’on avait le malheur de se trouver sur son passage !

Ce seigneur avait une fille prénommée Blanche. Elle était âgée de seize ans et passait son temps cloîtrée dans le sombre château. Ni maltraitée, ni chérie par son père, elle avait grandi dans l’indifférence la plus totale, depuis le décès de sa mère, alors qu’elle n’était qu’un bébé. Elle n’avait que sa nourrice pour confidente et pour seuls compagnons les livres qui meublaient sa solitude. La jeune femme était très pieuse et, souvent, quand elle éprouvait un subit besoin de prier, elle se rendait dans les bois du château. Là, elle s’agenouillait auprès de son chêne favori et, les yeux tournés vers le ciel, s’adressait à Dieu. Les bûcherons qui la croisaient passaient leur chemin sans même l’aborder, de peur de la déranger. Quelquefois, ils la saluaient poliment, ne s’offusquant aucunement si elle ne leur répondait pas.

Un beau jour, un jeune chasseur qui traversait la forêt la découvrit ainsi. Il était nouveau dans la région et ne connaissait pas encore Blanche. Il portait des vêtements élimés, mais on devinait une âme pure sous la crasse de son front. Il fut surpris de trouver là cette fille si belle, seule, à genoux auprès d’un gros chêne. Il s’arrêta pour la regarder, prenant soin de ne faire aucun bruit pour ne pas l’effrayer. Absorbée par sa prière, elle ne le remarqua même pas. Au bout d’un certain temps, revenant à la réalité, elle prit conscience de la présence de l’homme derrière elle. Étonnée de voir ce grand gaillard l’observer, elle sursauta, angoissée :

- N’ayez pas peur, damoiselle, lui dit-il afin de la rassurer. Je ne veux pas vous faire du mal. On me nomme Jules.

- Pardonnez-moi, Monsieur, répondit l’enfant, rassurée par la voix douce du garçon. Je ne vous connais pas. J’étais surprise, c’est tout. Excusez-moi. Je dois rentrer à présent.

Elle se releva précipitamment en cherchant à tout prix à fuir son regard.

            - Demeurez-vous loin d’ici ? lui demanda le chasseur, peu pressé de la voir s’en aller.

            - J’habite au château Meurger, dit-elle avant de prendre la fuite.

Le jeune homme avait déjà entendu parler de ce château, ainsi que de la réputation du seigneur des lieux. Il fut surpris d’apprendre que cet homme vulgaire qu’il avait croisé plusieurs fois était le père d’une fille aussi belle.

Il regagna sa chaumière, ne pouvant s’empêcher de songer à sa rencontre avec la divine sylphide.

Blanche, quant à elle, regagna le château, appréhendant de retrouver son père pour le pénible tête-à-tête du dîner. Elle s’attarda un peu dans le parc attenant et écouta le chant des oiseaux. Ses pensées revenaient toujours vers le beau chasseur rencontré dans le bois. Pour la première fois, certaines sensations qu’elle ne connaissait pas envahissaient son cœur. La jeune fille ignorait encore qu’elle avait été frappée par le coup de foudre. Ce soir-là, elle fut beaucoup plus loquace au dîner que d’habitude. Le seigneur, d’ailleurs, s’en étonna :

            - Vous me semblez bien gaie, aujourd’hui, ma fille. Voilà un dîner propice au projet dont j’aimerais vous faire part, lui dit-il, tout excité.

            - Un projet, mon père ? questionna l’enfant, fort surprise. Me voici impatiente de vous entendre…

Elle lui offrit son plus beau sourire. Lui, faisait beaucoup de bruit en mâchant son morceau de sanglier farci aux lardons. D’ordinaire, cela énervait Blanche au plus haut point.

            - Ma belle, il me semble que le moment de vous marier est arrivé, lâcha-t-il, un sourire malin aux lèvres.

Blanche baissa les yeux, gênée, tandis qu’il avalait d’un trait son verre de mauvais vin rouge sang.

            - Me marier, mon père ? se récria-t-elle. Ne me trouvez-vous pas encore un peu jeune pour cela ? Je viens juste d’atteindre mes seize ans.

            - Et alors ? grogna-t-il. Votre mère avait quatorze ans quand je l’ai épousée et quinze lorsque vous êtes née !

Fortement alcoolisé, il laissa soudain éclater sa colère ! Il bavait ; la sauce dégoulinait de ses lèvres. Il finit par recracher le morceau qu’il mâchait et hurla :

            - Cette idiote ! Même pas capable de me donner un fils avant de mourir ! C’était une petite nature, ni belle, ni bien faite ! Vous, ma fille, vous êtes beaucoup plus robuste ! Un homme sera pleinement satisfait de vous prendre pour épouse.

Il avala d’un trait un nouveau verre de vin et s’attaqua au morceau de poulet déposé dans son assiette par une jeune servante, qui, le voyant dans cet état, devina qu’elle passerait à la casserole une fois Blanche couchée. Insatiable, l’homme vorace ne pouvait s’arrêter de manger, que dis-je, d’engloutir. Une fois repu, il posa la question qui lui brûlait les lèvres :

            - Que pensez-vous donc du seigneur Jean, mon meilleur ami ?

            - Je le trouve gentil, mon père, murmura Blanche que l’accès de fureur avait effrayée.

La jeune innocente ne voyait pas où il voulait en venir, mais elle pressentait un grave danger, qu’elle se prépara à affronter.

            - Parfait, ricana le seigneur. Il sera donc pour vous un bon mari. Je suis certain qu’il a des choses intéressantes à vous apprendre !

Blanche, sidérée, laissa retomber sa fourchette dans son assiette. Puis elle regarda son père, le visage encore plus pâle qu’à l’accoutumée.

            - Mais, Père, Jean a votre âge ! s’écria-t-elle, choquée.

Surpris par la remarque, furieux, il rétorqua :

            - Et alors, idiote ! Croyez-vous que l’âge d’un mari ait de l’importance ? Jean a des terres, du bien et de l’autorité. Il saura vous domestiquer ! Vous l’épouserez dès que possible ; ceci est ma volonté. Bonne nuit. Faites de beaux rêves.

Il repoussa sa chaise et se leva, l’appétit visiblement enfin coupé. Il rota bruyamment puis, hors de lui, quitta la pièce. Quand il fut sorti, Blanche éclata en sanglots. Elle regagna sa chambre et se coucha, désespérée. Dans un rêve, elle revit le beau chasseur et se jura qu’elle n’épouserait que lui. Pour cela, elle affronterait son père s’il le fallait. Elle fut elle-même surprise d’être aussi déterminée.

Le lendemain et les jours suivants, elle retourna marcher dans le bois. Malgré une dévotion toujours aussi forte, elle ne s’attardait plus autant pour prier. Dès qu’elle le pouvait, elle retrouvait Jules. Celui-ci, éperdument amoureux, ne se lassait pas de leurs longs dialogues romantiques. Respectueux, il n’osait ni la prendre dans ses bras, ni déposer un chaste baiser sur ses lèvres, ni même effleurer sa joue. Elle-même aimait de jour en jour un peu plus cet homme qui illuminait ses journées ennuyeuses et lui permettait d’oublier le cruel projet manigancé par le seigneur.

Un matin, alors qu’elle venait de rejoindre l’élu de son cœur dans la forêt, elle fut surprise par sa mine triste et défaite.

            - Ma chère, lui avoua-t-il, nous ne pouvons continuer ainsi à nous voir en cachette. Je souffre le martyre depuis que je sais que vous êtes promise à un autre. Acceptez que je renonce à vous. Je vous aime trop pour vous partager.

Surprise et effrayée par ces mots, elle s’écria, les yeux remplis de larmes :

            - Non, jamais je ne renoncerai à vous. Je veux que vous alliez demander ma main à mon père ! Je sais qu’au fond il m’aime bien. Le premier mouvement de colère passé, je suis certaine qu’il réfléchira !

            - Mais vous n’y pensez pas ! explosa-t-il. Je n’ai rien à vous donner ! Je vis dans une chaumière et mes mains sont ma seule richesse ! Je ne pourrai pas vous rendre heureuse !

Elle le regarda fixement et dit :

            - Mon bonheur est impossible sans vous ! Si vous refusez, je mourrai, c’est certain !

Alors, le chasseur la prit dans ses bras et lui fit cette promesse :

            - Non, ma belle, vous ne mourrez pas, car j’irai dès ce soir affronter le tyran qui vous a engendrée !

Rassurée, Blanche regagna sa demeure, persuadée que l’amour saurait adoucir le cœur de pierre de son terrible père.

Le soir même, le seigneur la fit appeler dans la salle où il avait coutume de recevoir ses rares visites. Elle se prépara en tremblant à obéir, terrorisée néanmoins car elle savait que son chasseur adoré venait de demander sa main. En effet, cachée derrière un arbre du parc, elle l’avait vu sortir du château. Son père lui ouvrit les bras lorsqu’elle pénétra dans la pièce.

            - Entrez donc, ma fille, et prenez place à mes côtés ! Connaissez-vous la raison de votre présence ici à une heure aussi inhabituelle ?

Elle renonça à mentir.

            - Je crois que oui, mon père, murmura-t-elle en tremblant.

            - Donc, reprit le châtelain, vous pensez que j’ai refusé la proposition de ce courageux jeune homme ?

            - Je ne sais pas mon père, répondit-elle. Je sais juste que je l’aime et que je ne pourrai jamais épouser quelqu’un d’autre, aussi fortuné soit-il. Pardonnez-moi.

Les secondes de silence qui suivirent furent un supplice pour la malheureuse enfant.

            - Savez-vous que cette décision n’appartient qu’à moi ? Que ce blanc-bec qui sent le bouc à deux mètres pourrait, dès cette seconde, être anéanti si je le souhaitais ?

Blanche baissa les yeux, avant de murmurer :

            - Oui, mon père, c’est pourquoi, si vous refusez, je vous demanderai la permission de me retirer dans un couvent. Dieu, dans ce cas, sera mon unique époux et la mort mon seul refuge.

Mais le seigneur éclata de rire, avant de poursuivre :

            - Allons, allons, ma fille. Il ne sera pas question de cela puisque j’ai accepté la demande du chasseur !

Blanche releva la tête, stupéfaite. Les mots ne purent sortir clairement de sa jolie bouche.

            - Quoi, mon père ? Vous avez… ?? balbutia-t-elle, émue.

            - Oui, j’ai accepté sa demande en mariage. Les fiançailles auront lieu dimanche ici même. Un prêtre viendra bénir votre union dans la chapelle du château. Quand vous prenez une décision, je sais que, contrairement à votre mère qui n’avait aucune personnalité, vous ne changez pas d’avis.

            - Oh, père… Je ne sais que dire… sanglota-t-elle. Je suis si heureuse !

Il sourit. Blanche, inondée de bonheur, ne remarqua pas l’ironie et le sarcasme contenus dans ce sourire.

            - Alors, ne dites rien, lui ordonna-t-il. Regagnez vos appartements et priez. Demain, j’écrirai au duc et le prierai d’accorder un titre de noblesse à ce bellâtre si distingué. Vous vivrez où vous le souhaiterez, dans sa chaumière si tel est votre volonté. Le château sera également à votre disposition, ainsi que nos domestiques. À présent, retirez-vous. J’ai besoin de solitude, après ce moment si éprouvant.

Elle s’approcha de lui pour l’embrasser avant de sortir, mais il détourna la tête. Il ne souriait plus. Elle s’éloigna en pensant que, sous ses airs bourrus, son père dissimulait un cœur d’or et ressentit pour lui une grosse bouffée de tendresse.

Aussitôt sa fille sortie, le seigneur se rendit à la chapelle du château. Celle-ci se trouvait dans le parc. À l’intérieur, une statue de la Vierge avait été érigée. Il installa une fine pointe métallique entre deux plis de la robe sculptée. Il l’enduirait de poison le moment venu. Grâce à un système ingénieux, quiconque enlacerait la vierge mourrait foudroyé.

En effet, furieux de ne pouvoir empêcher sa fille d’aimer qui bon lui semblait, le seigneur avait décidé de supprimer l’encombrant fiancé. C’était, selon lui, la seule façon de la rallier à ses projets. Il pensait que, désespérée par la mort de son bien-aimé, Blanche se résoudrait à épouser Jean. Ainsi, le château retrouverait enfin son calme.

            - Comment a-t-elle pu croire que je laisserais entrer dans ma demeure pareil manant ! Que je la laisserais souiller si noble sang ! Cette idiote n’a pas plus de raison que sa bêtasse de mère ! J’aurais dû concevoir cet ingénieux projet bien avant qu’elle ne vienne au monde ! Cette enfant est un monstre ! Déshonorer de la sorte un homme aussi puissant que moi ! Ma vengeance sera terrible !

Il projeta donc d’envoyer le chasseur prier la Vierge juste avant les fiançailles, prévues le surlendemain. Quand celui-ci enlacerait la statue, l’aiguille pénétrerait dans ses entrailles et le poison lui irait droit au cœur.

Fier de son projet, l’homme démoniaque se retira dans sa chambre.

Le jour des fiançailles, Blanche, le cœur en émoi, revêtit sa plus belle robe, tandis que son promis se rendait chez le seigneur afin de régler les derniers détails du mariage. Quand elle fut prête, ne tenant plus en place, la jeune fille décida d’aller faire quelques pas dans le parc. Un prêtre viendrait bientôt bénir son union et le mariage serait célébré le mois suivant.

Ses pas la conduisirent à la chapelle. Elle adorait ce sanctuaire, dans lequel elle apaisait souvent les blessures de son âme.

Pendant ce temps, le châtelain s’entretenait avec Jules.

            - Vous savez que ma fille est très pieuse. Pour lui plaire, vous devrez accorder une place essentielle à la religion dans votre vie.

            - N’ayez crainte, Messire, répondit le chasseur. Je sais tout cela et mon amour pour elle n’en est que plus grand. Je suis moi-même très croyant.

            - Parfait, parfait… Il ne reste que très peu de temps avant l’arrivée du prêtre. Je vous accompagne à la chapelle ; dans notre famille, la coutume est de prier Marie avant la cérémonie des fiançailles. Nous n’y dérogerons donc pas.

Ils quittèrent le château et prirent la direction du parc. Le temps était magnifique. Le soleil éclairait le bois…

Pendant ce temps, Blanche s’agenouillait auprès de la statue et entamait le « Je vous salue Marie ». Elle ne pouvait contenir ses larmes tant son émotion était grande. Quand elle eut terminé sa prière, emplie de gratitude, elle fut prise de l’envie soudaine d’embrasser la Madone pour la remercier. Alors, elle se leva d’un bond, se précipita sur la statue et l’enlaça avec fougue. Aussitôt, le système se déclencha et la pointe empoisonnée pénétra dans son cœur. Elle tomba sur le sol et rendit l’âme, en murmurant le nom de Jules.

Le futur époux pénétra à son tour dans la chapelle. Voyant sa bien-aimée étendue par terre, il ne comprit pas tout de suite ce qui arrivait, mais lorsqu’il vit les yeux révulsés de Blanche et les gouttes de sang sur sa robe immaculée, il devina que la vie l’avait quittée. Hébété, il se retourna. Le seigneur venait d’entrer à son tour. Quand il réalisa qu’il avait tué sa propre fille, il hurla :

            - Espèce de vaurien ! Elle est morte à ta place ! Ce n’est pas à elle que le poison était destiné, c’était à toi ! Je voulais que tu crèves comme un chien, toi qui, impunément, ne craignait pas de salir ma demeure ! Voici enfin ta dernière heure arrivée !

Comme il s’approchait de lui pour de lui pourfendre le crâne avec son épée, le chasseur fut plus rapide. Éperdu de douleur, il sortit son poignard et se transperça le cœur. Il s’écroula aux côtés de Blanche.

            - Sois maudit, homme cruel, s’écria-t-il à l’encontre du seigneur, juste avant de mourir.

À ce moment, le ciel, brusquement, s’obscurcit. Un immense coup de tonnerre retentit. Toute la forêt trembla. La chapelle fut détruite et le seigneur, qui cherchait à s’échapper en courant à travers le bois, fut foudroyé. Des pluies diluviennes tombèrent longtemps. Lorsque l’orage cessa enfin, le château n’était plus qu’un tas de roches. Seul subsistait l’escalier qui menait au trône. Dieu venait d’accomplir sa vengeance, emprisonnant à tout jamais l’âme de l’assassin dans la pierre.

À présent, on peut toujours voir l’amas rocheux, le fauteuil*, ainsi que l’escalier, seuls vestiges de cette effroyable tragédie. On nomme ce bloc de pierres « Le Poron Meurger », en souvenir du château qui se dressait autrefois en ce lieu.

* On le nomme également « fauteuil du diable » (voir texte « les épaules du diable »)

 

La dame de la Tour

Voici une histoire extraite du livre Histoires extraordinaires et lieux mystérieux de Bourgogne
Elle se déroule en Côte d'Or, à Châteauneuf-en-Auxois

Jipe Vieren, Sandra Amani : La dame de la Tour - Châteauneuf-en-Auxois

Illustration Jipe VIERENjipevieren@hotmail.com

Tout le monde a sans doute entendu parler de Catherine, la belle châtelaine de Châteauneuf, dont la vie s’acheva tragiquement un jour de 1456, sur un bûcher à Paris. Mais nul ne sait ce qui se déroula dans la tour située non loin du château, un peu en retrait du village, à la lisière d’une forêt profonde…

Un soir, le jeune seigneur Raymond, baron de Châteauneuf, rentra de la chasse un peu plus tôt qu’à l’accoutumée. On était au cœur du mois de juillet et le soleil dardait encore ses rayons sur les tours du beau château.

Raymond aimait cette demeure que lui avait léguée son père, mort hélas beaucoup trop tôt. Il aimait parcourir à pieds ou à cheval les prairies et les forêts qui s’étendaient tout autour. Lorsqu’il quittait sa belle Bourgogne afin d’aller guerroyer dans de lointaines contrées, une immense nostalgie s’emparait de son cœur et jamais il n’était aussi heureux que lorsqu’il regagnait ses terres natales.

Le jeune homme se dirigea près d’une petite fontaine, à la sortie du village. Comme il s’apprêtait à s’y désaltérer, il fut surpris de constater qu’il n’y était pas seul. Assise sur un gros caillou se tenait une dame dont la beauté ne manqua pas de le surprendre. Après s’être salués, les jeunes gens échangèrent quelques banalités, mais le châtelain brûlait d’envie d’interroger la dame sur ses origines et de savoir de quelle famille elle provenait.

  • Demeurez-vous près d’ici, noble dame ? Demanda-t-il. Peut-être à Vandenesse, le village qui se situe un peu plus bas ?
  • La ville d’où je viens ne vous dirait rien, Monsieur. Permettez-moi de ne pas répondre à votre embarrassante question. A présent, veuillez m’excuser, je dois me retirer. On m’attend.

Elle se leva pour partir.

  • Vous reverrai-je bientôt ? S’inquiéta Raymond.
  • Sans doute, oui, mais seulement si vous promettez de ne pas me suivre. Soyez demain ici, à la même heure.

Le lendemain, la dame, qui répondait au doux prénom de Brunissande était présente au rendez-vous qu’elle avait fixé à son compagnon. Ils se revirent ainsi  plusieurs soirs. Ils conversaient durant de longues heures, évoquaient de nombreux sujets, parlaient du plaisir de vivre dans des endroits aussi beaux que celui-ci…Pourtant, dès que Raymond tentait d’aborder la question de sa naissance, invariablement, elle lui donnait la même réponse :

  • C’est un secret. Je ne dois pas vous le révéler. Que je n’aie plus jamais à vous  le dire !

Le ton était empli de menaces. Raymond eut  peur de ne pas revoir sa belle compagne, alors il se tut. Un long silence s’installa entre les jeunes gens. Le malaise augmentait au fil des minutes. Le chevalier ne savait comment se sortir d’une aussi embarrassante situation.

  • Voulez-vous m’épouser ? Demanda-t-il soudain, surpris par son audace.
  • Oui, bien sûr, répondit-elle spontanément, ce qui étonna plus encore le chevalier. Pourtant, vous devrez avant que ne se déroulent nos noces, me promettre que vous ferez ici-même construire une tour dont moi seule garderai la clef. A demain, cher Raymond…

Cette nuit-là, le damoiseau eut beaucoup de mal à s’endormir. Il pensait à sa belle promise. Orphelin depuis quelques temps déjà, il n’avait plus à se soucier de ce que diraient ses parents à propos de ce mystérieux mariage. Dès le lendemain matin, il ordonna la construction de la tour qu’il offrirait en cadeau à sa fiancée…

Les noces furent grandioses. Brunissande s’installa avec joie à Châteauneuf. Elle avait amené avec elle plusieurs coffres qui contenaient les plus grandes richesses : pierres précieuses, bijoux, pièces d’or, perles, diamants…Bien sûr, elle dit à son époux qu’il pouvait disposer à sa guise de tous ces présents. Le soir venu, elle prit la clef de la tour, la rangea dans un tiroir après avoir remercié Raymond, puis se glissa à ses côtés dans le grand lit qui fut témoin toute la nuit de leurs ébats passionnés.

Le vendredi suivant, comme le seigneur partait de bon matin pour la chasse, la baronne sortit la clef du tiroir, puis courut s’enfermer dans la tour. Nul ne sut ce qu’elle y fit et lorsqu’elle rentra, personne n’osa le lui demander.

Chaque vendredi se déroulait le même rituel : à sept heures tapantes, la châtelaine entrait dans la tour et refermait la porte à double tour afin que personne n’y pénètre à sa suite . On ne la revoyait au château que le soir à vingt heures. Cela commença à intriguer Raymond, d’autant plus que les domestiques répandaient au sujet de sa femme des rumeurs parfois odieuses.

  • Et si notre maîtresse était une vilaine sorcière qui garde des enfants prisonniers dans cette maudite tour ? Comment le savoir puisqu’elle en interdit l’accès à tout le monde ?

Le seigneur refusait de croire à ces bruits colportés par des gens de peu de foi, mais il décida néanmoins d’espionner son épouse dès le vendredi suivant.

Ce matin-là, comme chaque semaine, Brunissande embrassa Raymond, lui souhaitant une bonne journée. Celui-ci fit mine de partir pour la chasse. Mais dès qu’il vit son épouse se diriger vers la tour, il la suivit discrètement. Arrivée à destination, elle sortit la clef de sa poche, l’introduisit dans la grosse serrure, puis entra doucement. Hélas ! Habitude ou négligence, en refermant la porte, elle oublia de reprendre la clef qui resta donc à l’extérieur.

Raymond s’avança et s’en saisit. Ensuite, il attendit une heure environ, caché derrière la tour, puis décida que le moment était venu d’y pénétrer afin d’observer les agissements de la jeune femme. Il entra brusquement dans l’édifice et ce qu’il vit dépassait tout ce que l’on pourrait imaginer de plus horrible.

Brunissande, nue jusqu’à la taille, se baignait dans un trou rempli d’eau au milieu d’autres femmes, toutes plus belles les unes que les autres. Mais les jambes de ces femmes avaient disparu, laissant place à d’immondes queues de serpent ! Raymond hurla, horrifié, croyant être victime d’un terrible sortilège. Il ferma les yeux, puis les rouvrit. Sa femme le regardait. Ses yeux, habituellement si doux, étaient emplis de haine et proféraient de silencieuses menaces.

  • Traître ! Cria-t-elle. Ta curiosité vient de briser l’amour qui nous liait, toi et moi. Un jour, une terrible sorcière nous a condamnées, mes sœurs et moi, à devenir serpentes chaque vendredi. Pourtant, nous pouvions mener une vie normale à condition d’obtenir la confiance de l’homme qui nous aimerait sans chercher à percer notre secret. Je croyais en toi, mais à présent, je vais devoir disparaître à tout jamais à cause de toi. Tu ne me reverras plus ! Adieu, homme sans cœur ! Nos routes se séparent ici-même, sur le lieu de notre belle rencontre.

De ses yeux coulaient de grosses larmes. Le pauvre Raymond, regrettant son geste, tenta d’implorer son épouse, la supplia de rester auprès de lui, assurant qu’il accepterait sa condition, que le sort qu’on lui avait jeté ne ternissait pas l’amour qu’il lui portait, qu’il ne répèterait à personne son secret…Mais à mesure qu’il parlait, une à une les femmes disparaissaient. Quand ce fut au tour de son épouse, il la vit tendre les bras, mais en vain…Le néant l’emporta sans retour.

Raymond demeura seul dans la tour. La tête dans les mains, il pleura l’amour fou qu’il venait de détruire, suppliant la mort de venir rapidement le chercher. Enfin, il se décida à sortir. Il referma la porte, puis jeta la clef dans le fossé du château. Plus jamais personne ne put entrer dans ce lieu maudit.

Pourtant, certains vendredis, si l’on s’approche du bâtiment, on peut entendre des pleurs et des cris de douleur. C’est la pauvre Brunissande qui, inlassablement, clame sa souffrance.

Sandra Amani
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Voyage au « Pays des légendes »

Gémeaux
Gémeaux : Voyage au « Pays des légendes »

Fées, dames blanches, diable ou sorciers semblent s’être donné tous rendez-vous à Gemeaux, village surnommé « pays des légendes » par Césaire Huot, car, selon cet homme politique jurassien, on ne trouve pas d’endroit qui en possède autant en Bourgogne.

 Près de la fontaine Saint-Pierre qu’elles ont passé plusieurs nuits à creuser, errent souvent des petites fées. Elles s’y réunissent à minuit pour danser et chanter. Parfois, des passants aussi curieux qu’imprudents tentent de les approcher afin de les surprendre et de les capturer…Malheur à ces inconscients car ces fées sont très rusées et elles risquent de les noyer dans la source pour se venger ! D’autres fées, beaucoup plus cruelles que les précédentes, se réunissent chaque année sur la Rèpe, une rivière voisine où elles viennent laver leur linge. Ce jour-là, elles désignent les personnes du village qui feront l’objet de leur haine ou de leurs faveurs…Voici ce qui arriva à Germaine, une belle villageoise qui osa les surprendre dans leur nocturne besogne.

Celle-ci, peu farouche, était venue à la rivière dans l’unique intention d’espionner ces fées. Pour mieux les observer, la jeune femme se cacha au milieu d’un bosquet proche de la rivière. Impatiente, elle guetta leur venue, pressée d’assister au spectacle interdit.

  • Je les vois, je les vois ! Se réjouit-elle. Les voilà enfin !

En effet, les fées, les bras chargés de draps et de voiles blancs, s’agenouillèrent au bord de l’eau. Peu bavardes, elles s’activaient car le linge devait être lavé au moment où le coq entamerait son chant matinal. Elles tournaient le dos à Germaine qui se réjouissait à la perspective de tout raconter à ses amies le lendemain.

  • Les pauvres ne me croiront jamais ! Se dit-elle.

Mais soudain, une main se posa sur son épaule. Effrayée, elle se retourna : une femme très pâle, le visage auréolé de longs cheveux blancs se tenait devant elle. Son regard était menaçant. Sur son épaule pendait un long drap immaculé.

  • Comment as-tu pu être aussi curieuse, jeune fille ? ! Lui demanda-t-elle, furieuse. A présent, il va te falloir payer ton impudence ! Prends ce drap et tords-le !

Germaine, tremblante, ignorait qu’elle pouvait refuser et sauver ainsi son honneur. Elle prit le drap et se mit à le tordre, espérant ainsi apaiser  la colère de la fée.

  • Espèce d’idiote ! S’écria cette dernière. A présent que tu as accepté de m’obéir, tu ne dois plus t’arrêter ! Allez, du nerf ! Tords ! Tords !

Lorsque le coq chanta, la pauvre Germaine,  éreintée, les poignets en feu, put enfin regagner sa chaumière. Penaude, elle ne raconta pas son aventure, de peur de se faire battre par son père, mais jamais elle n’oublia cette terrible nuit : aussi longtemps que dura sa vie, la douleur ne quitta pas ses pauvres mains et d’année en année, se fit plus vive, notamment les jours de pluie !

Chasseurs ! Prenez garde à la fée Kiévelotte ! Car celle-ci peut, dès qu’elle le souhaite, prendre la forme d’une adorable biche blanche. Angélique, elle vient à vous, se frotte à vous, lèche vos mains, puis vous invite à la suivre. Intrigué, vous ne pouvez détacher votre regard de cet animal délicieux et acceptez de céder à son invitation. Pauvre de vous ! Sans pitié, elle vous entraînera jusqu’au gouffre de Grandchamp où elle vous précipitera !

On dit aussi qu’un certain Monsieur de Virville, ancien officier, propriétaire de la maison des sœurs, possédait un bien étrange compagnon…

Certains soirs, quand le village était endormi, un mystérieux cavalier noir venait frapper à sa porte. Les insomniaques entendaient tout d’abord les sabots d’un cheval qui martelaient le sol, puis une voix résonnait dans la nuit.

« Dors-tu, Virville ? Tu tardes toujours ! »Disait un homme, très en colère.

Puis le cavalier descendait de son cheval et attendait celui qui le rejoignait en tremblant. Quelques minutes plus tard, tous deux s’éloignaient vers une mystérieuse destination…

Hélas ! Seul Virville savait où le conduisaient inévitablement les pas de son cheval ! Sa destination impliquait tortures et humiliations en tous genres, mais c’était le prix à payer pour la faute qu’il avait commise et il devait respecter ses engagements s’il voulait rester encore un peu en vie. En effet, l’officier avait eu le malheur de conclure un pacte avec le Malin afin de palier à ses dettes de jeu. Depuis, il était condamné à brûler régulièrement en enfer quand son maître l’avait décidé. Son cœur battait à tout rompre lorsqu’il percevait au loin le claquement des sabots du cheval infernal. Ces soirs-là, il était sûr que son martyr ne prendrait fin qu’aux premières lueurs de l’aube.

Un jour, Virville décida d’en finir avec cette existence misérable. On le retrouva pendu à une poutre de sa grange. L’heure pour lui était venue de rendre son âme à celui auquel elle appartenait. La nuit qui précéda ses funérailles, on vit une longue file de cavaliers noirs, montés sur des coursiers de même couleur. Ceux-ci se dirigèrent vers la Croix des Halles devant laquelle ils s’inclinèrent. Puis soudain, un nuage sombre sortit de la demeure du sieur Verville et rejoignit les hommes en noir. Aussitôt, le nuage prit la forme d’un cavalier, qui, lui aussi, s’inclina devant le calvaire. Quand la troupe disparut, on supposa que l’âme de l’officier corrompu venait de prendre place au sein du régiment des soldats de Satan.

 Gémeaux connut aussi un curieux oiseau blanc qui vivait à l’intérieur du campanile de la chapelle Saint-Michel. L’allure fière, les yeux perçants, les serres pointues, il poussait des cris plaintifs qui effrayaient toute la contrée. Nullement l’œuvre du diable, celui-ci s’était donné pour mission de protéger l’édifice. Si une menace quelconque pesait sur celui-ci, rien n’arrêtait la colère qui agitait le volatile. Il attaquait aussitôt l’ennemi imprudent et le déchiquetait au moyen de ses serres. Parfois, il disparaissait durant de longues années, voire des siècles et ne réapparaissait qu’à l’aube d’un grand malheur.

Un jour, un enfant malicieux voulut montrer à ses camarades qu’il ne craignait pas du tout l’oiseau blanc. Il se posta près de la chapelle et se mit à imiter les litanies de l’animal. Furieux, ce dernier se jeta sur lui et commença à lui labourer le visage de ses griffes. Tandis que le gamin hurlait, ses copains coururent alerter son père.  L’homme, affolé, s’empressa de venir délivrer son fils.

Le lendemain matin, la terrible nouvelle parvint jusqu’à Gémeaux. Deux jours auparavant, la Bastille était tombée ! Paris se rebellait ! Dans son campanile, l’oiseau hurlait, se débattait en tous sens. Les villageois tremblaient, ne comprenaient pas ce qui arrivait. Paris était si loin de Gemeaux !

De jour en jour, la Révolution prenait de l’ampleur. Les têtes tombaient, ainsi que les icônes. On prononça bientôt la condamnation à mort de la chapelle. Chaque pierre qui heurtait le sol faisait pousser un horrible hurlement à l’oiseau. Quand l’édifice fut détruit entièrement, sa voix se brisa. Il se contorsionna en tous sens, avant de s’effondrer sur le sol où il rendit l’âme. Avec les pierres, on construisit de nouvelles caves. Mais, dans les mois qui suivirent, on entendit un horrible hurlement, juste avant que les voûtes ne s’écroulent, sans que l’on puisse trouver la moindre faille dans leur construction… On supposa que l’oiseau blanc venait de se venger par-delà la mort.

Pour rejoindre le village de Gémeaux, prenez, depuis Dijon Nord, la N74 en direction de Selongey, après quelques kilomètres, vous trouverez le bourg sur votre gauche.

Sandra Amani
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La louve de Montigny-Montfort

Montigny-Montfort

Extrait d'Histoires extraordinaires et lieux mystérieux de Bourgogne

La louve de Montigny-Montfort

Dans le bois de Bocaveau sévissait jadis une bien étrange louve. En effet, jamais personne jusque-là n’était parvenu à l’abattre. Le pelage noir, le regard cruel, elle parcourait la forêt à la recherche de proies qu’elle dévorait sans pitié. Enfants, moutons égarés, voyageurs imprudents, personne n’échappait à ses crocs acérés. Maintes fois, les hommes du village avaient organisé des battues afin de venir à bout du féroce animal, mais aucun fusil ne parvenait à entamer sa peau. Quand un chasseur la mettait en joue, elle le regardait fixement au lieu de prendre la fuite. Ses yeux rouges flamboyaient et souvent, l’homme tremblait en appuyant sur la détente car il savait qu’elle ne lui pardonnerait jamais d’avoir osé la défier. Le lendemain, sans doute, ses moutons deviendraient galeux ou ses vaches ne donneraient plus de lait…Ou, bien pire, lui-même attraperait une fièvre qui lui ferait peut-être perdre la vie !

  • Pas étonnant, murmurait-on au village. Le diable la protège à coups sûrs…Jamais rien ne pourra la vaincre. C’est la Maudite…

Bien des années plus tôt, dans un château entre Semur-en-Auxois et Montbard…

Ce jour-là, la baronne de Montfort se leva de fort méchante humeur. Tout d’abord, elle tança vertement sa coiffeuse qui ne parvenait pas à dompter ses longs cheveux noirs. Elle repoussa violemment la pauvre femme qui pleurait à chaudes larmes, puis lui demanda de quitter sur le champ le château.

  • Je ne garde aucune incapable à mon service ! Vos gages vous attendront demain sur la table de la cuisine !

 Ensuite, la châtelaine descendit, furieuse, aux écuries, pensant qu’une promenade à cheval lui ferait le plus grand bien et calmerait ses nerfs. Hélas ! L’un des fermiers croisa son chemin. Le pauvre homme, sans doute mal réveillé, oublia de saluer sa patronne.

  • Malheureux ! Dit-elle. Je t’avais prévenu de ne jamais reproduire un tel outrage à ma grandeur ! Cette fois-ci, tu vas payer cher ta désinvolture ! Gardes, saisissez-vous de lui et mettez-le au carcan ! Cet idiot doit apprendre à me respecter !

Malgré les supplications du fermier, les gardes s’emparèrent de lui et le conduisirent dans les souterrains du château où il resterait autant de temps que la baronne l’y laisserait. Il faisait froid en ces lieux et l’humidité pénétrait le corps des condamnés. Très souvent, cette femme cruelle oubliait définitivement les victimes de ses foudres qui dépérissaient, puis s’éteignaient dans d’atroces souffrances, dévorés par la faim et la soif, au fond de leur sinistre cachot.

Ensuite, ravie d’avoir passé sa colère sur le pauvre bougre, elle attela sa monture et s’en fut, au grand galop à travers les bois épais qui environnaient le château. En chevauchant, elle songeait à son idiot d’époux qui n’avait rien trouvé de mieux que la tromper avec sa femme de chambre. Sa vengeance avait été terrible. Elle se souvenait du traître, suppliant d’abréger son martyr lorsque le poison qu’elle avait mis dans son vin fit enfin son effet. L’homme adultère se tordait de douleurs, de la bave dégoulinant de la bouche. Il jurait qu’il n’avait jamais aimé d’autre femme qu’elle.

  • Immonde menteur ! Murmura-t-elle, de la haine plein le cœur.

Puis, lui revinrent en mémoire les hurlements de la complice qu’elle ordonna à ses gardes d’écarteler sous ses yeux, attachée à un cheval. Elle frémit de plaisir à l’évocation de ce délicieux spectacle. Pour rien au monde, elle ne regretterait un jour de les avoir ainsi punis.

Soudain, elle entendit un petit cri provenant d’un buisson. Elle sursauta, tandis que sa jument s’emballait, effrayée par l’imminence d’un danger. L’animal se mit à faire des bonds, à galoper dans tous les sens, semblant devenir fou. La châtelaine hurlait, suppliant un Dieu qui l’avait oubliée depuis longtemps, de lui venir en aide. En vain. Le cheval la précipita au sol avec violence et sa tête heurta un gros rocher qui bordait le sentier. Peu à peu, le sang recouvrait la pierre. La baronne de Montfort vivait ici les derniers moments de sa vie. Dans son agonie, elle entendit une voix moqueuse qui lui susurrait à l’oreille :

  • Enfin, te voilà, ma belle ! Je t’attendais depuis si longtemps ! Dorénavant, tu es à moi. Une âme corrompue comme la tienne méritait bien quelques efforts de patience ! A présent, toi et moi allons vivre de longs moments de bonheur…

Ainsi parlait le Diable.

Le soir, au château, certains s’inquiétèrent de ne pas voir revenir la baronne et, lorsque la jument regagna seule les écuries, on décida de partir à sa recherche. On parcourut tous les endroits où elle avait l’habitude de chevaucher, mais on ne trouva nulle trace de sa présence. La nuit tombée, alors que les hommes s’apprêtaient à rentrer, ils virent au milieu du sentier, juste à côté d’une grosse pierre, une forme sombre qui leur barrait la route. Effrayés, ils reculèrent, leur fusil à la main. Deux yeux rouges les fixaient.

  • Un loup, chuchotèrent-ils.

Ils tirèrent sur l’animal, certains qu’à pareille distance, il était impossible de le manquer. Ils s’approchèrent, pensant trouver son corps sans vie, mais, ébahis, ils constatèrent que le loup avait disparu. Quand un ricanement retentit à travers toute la forêt, ils prirent la fuite, persuadés que cette louve était en fait une créature démoniaque.

Le temps passa. Les hivers succédèrent aux étés et l’on oublia la louve.

Un soir, un voyageur imprudent se rendant à Montbard, traversait la forêt de Bocaveau. La lune était pleine et l’on y voyait comme en plein jour. Alors qu’il passait sur le sentier, il vit une femme assise sur un rocher, au bord du chemin. Intrigué, il se demanda qui était cette inconnue, qui, tout de noir vêtue, ne lui adressa même pas un bonsoir. Sur ses lèvres se dessinait un sourire cynique. Il poursuivit sa route, sans lui dire un seul mot. Mais une angoisse terrible le saisit quand il croisa son regard.

  • Mon Dieu, pensa-t-il. Cette femme n’a pas l’air d’être humaine !
  • Je vais t’apprendre à saluer la baronne de Montigny, impudent ! S’écria-t-elle.

Il se retourna juste à temps pour voir une louve noire s’enfuir à toute allure à travers la forêt. Pendant ce temps, la femme avait déserté le rocher…Sans demander son reste, il s’enfuit à toutes jambes, de peur de croiser de nouveau l’animal.

Le lendemain matin, il raconta son aventure aux villageois.

  • Il a croisé la Maudite ! Pauvre homme ! Je n’envie pas son destin ! Dit l’un d’eux en soupirant.

 Quelques mois plus tard, le voyageur mourut, emporté par un mal mystérieux.

Bientôt, il s’ensuivit une effroyable rumeur : la baronne de Montigny-Monfort hantait les bois de la région sous l’apparence d’une insaisissable louve noire et gare à ceux qui croiseraient son chemin car ils ne survivraient pas longtemps à cette rencontre…

Sandra Amani
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Le Chêne Saint Charles

Extrait de Légendes du Morvan

 Le Chêne Saint Charles

J

e suis un très vieux chêne. J'ai été planté il y a plus de trois cents ans par Charles de Montalembert, un membre de la famille à qui appartient encore aujourd'hui le château de La Roche en Brenil. À cause de cela, on me nomme le Chêne Saint-Charles. Je demeure dans les bois environnant ce village, au bord d’un sentier très fréquenté par les promeneurs, non loin du Poron Meurger[1]. Trois cents ans, pour un chêne, ce n’est pas vraiment un âge canonique  mais, malgré cela, j’ai déjà beaucoup vécu et même surpris de drôles de choses...

Dans mes branches, certaines années, pousse du gui. Autrefois, la veille du premier janvier, on allait cueillir des rameaux avec lesquels on ornait la maison. À minuit, on s’embrassait dessous pour célébrer l’an nouveau et cela devait porter bonheur. Cette coutume est encore en vigueur aujourd’hui dans certains foyers morvandiaux. C’est ainsi que fin décembre, des enfants et des jeunes gens emmitouflés dans de longues écharpes accourent jusqu’à moi. Ils me saluent en passant et s’attardent un peu, guettant les précieuses petites boules blanches, avant de repartir en poussant d’immenses éclats de rire.

Cependant, le gui possédait bien d’autres vertus, comme en témoigne l’histoire que je vais vous conter, une histoire qui s’est produite il y a plus d’un siècle...

Lors d’un hiver particulièrement froid, mi-février, je crois, un jeune couple s’arrêta juste devant moi. Ils se tenaient par la main. La  femme avait un visage grave et le mari la couvait du regard. Aucun des deux ne parlait. Ils avaient l’air préoccupés. L’homme cueillit l’un des rameaux de gui qui se trouvait à portée de main, sur mes branches les plus basses. Ensuite, ils échangèrent quelques mots que je ne pus saisir, car la bise qui soufflait fort couvrait leur voix. Lorsque la nuit tomba, je remarquai que la lune formait un mince croissant dans le ciel ; après quelques jours d’absence, elle venait tout juste de réapparaître.

Le lendemain, la jeune femme revint dans le bois, seule cette fois. Elle retira son gant droit, puis toucha mon tronc. Elle chuchotait, mais je pus entendre quelques bribes du Je vous salue Marie.  Elle recommença le surlendemain, puis les jours d’après. Le soir du sixième jour, elle s’agenouilla devant moi, les mains jointes.

            - Arbre de vie, toi dont la cime touche le ciel, demande à Dieu et à ses anges d’exaucer mon vœu le plus cher, pria-t-elle.

En partant, elle emporta une nouvelle branche de gui. Elle semblait espérer quelque chose, mais, fort ennuyé, je ne savais pas quoi.

Les jours passèrent et, bientôt, une belle pleine lune éclaira la forêt. J’étais désolé car mon amie ne me rendait plus visite. Je ne la revis pas plus les jours d’après. La lune décrut puis disparut une nouvelle fois.

Quelques jours plus tard, alors qu’un soleil timide annonçait les prémices du printemps, le couple revint près de moi. Cette fois-ci, les deux époux souriaient. Ils semblaient très heureux, contrairement à la fois précédente. La femme posa la main sur sa bouche et envoya un baiser dans ma direction. Je ne comprenais pas pourquoi elle éprouvait le besoin de m’embrasser ainsi, mais cela me fit  plaisir. En effet, malgré le froid encore vif, elle avait pris la peine de parcourir un long chemin depuis le village, tout cela pour m’envoyer un petit baiser. Je souris à travers mes branches. Un petit moineau qui passait par là répondit à mon sourire.

Le printemps arriva. Des bourgeons avaient poussé dans mes ramées et la forêt morvandelle chantait à nouveau. Ensuite, la chaleur s’installa. Des orages éclatèrent ; les digitales repoussèrent sur les coupes de bois. Un matin, au réveil, j’eus la surprise de revoir mon amie. Quelque chose en elle paraissait avoir changé, mais je ne parvenais pas à savoir quoi. Elle dit en me regardant :  

            - Le bonheur est enfin revenu dans mon foyer ! Merci, beau chêne, d’avoir intercédé pour moi auprès de Dieu ! 

Je ne saisis pas bien le sens de ces mots. Je me jurai de mieux l’observer la prochaine fois qu’elle passerait près de moi si toutefois elle revenait un jour.

L’été s’acheva. Mes feuilles jaunirent, mais ne tombèrent pas. Des gens me saluaient en passant sur le sentier, mais pas de nouvelles de ma belle inconnue, qui  me manquait considérablement. Par un bel après-midi de novembre, j’entendis soudain les cris d’un bébé. Cela m’inquiéta un peu. Je compris très vite qu’il n’y avait rien de grave lorsque je reconnus ma fidèle compagne accompagnée de son mari. Ils étendirent une couverture sur laquelle elle prit place, juste au pied de mon tronc. Là, elle se mit à donner le sein au petit être étendu sur ses genoux. Celui-ci buvait goulûment. Mes feuilles en tremblèrent d’émotion et moi, je frémis de joie.

C’est là que tout devint clair dans mon esprit. Il y a de cela neuf mois, le sixième jour de la lune montante, elle était venue cueillir du gui, comme le veut la coutume quand on ne pouvait pas avoir d’enfant. Ce soir-là, en rentrant chez elle, elle avait posé sur son ventre le rameau sacré. Son souhait avait rapidement été exaucé. À cette époque, tout le monde disait dans la contrée que j’étais le messager du ciel.  En effet, si vous vous vous asseyez auprès de moi et que vous observez mes branches, vous aurez l’impression qu’elles soutiennent la voûte céleste...

Sandra Amani
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                                  Le Poron des fées

Extrait d'Histoires extraordinaires et lieux mystérieux de Bourgogne

Sandra Amani

 

Autrefois, sur la colline de Genay, dénommée aujourd’hui « la Montagne » par les habitants des alentours, vivaient des fées. La nuit, lorsque tout le monde dormait, les roches grises de la butte se changeaient en un magnifique palais de marbre et d’or. Souvent, on entendait au loin une douce musique provenant de la somptueuse demeure. Cela signifiait que, ce soir-là, les dames recevaient leur reine et donnait pour elle un festin grandiose, accompagné de chants et de danses. Parfois, lutins et farfadets qui demeuraient dans la forêt voisine, se joignaient à elles et la petite bande s’ébattait au cœur d’un joyeux tintamarre.

Dominant un bloc de roches, sur la crête, se trouve encore un arbre foudroyé en forme de croix, unique vestige du grand noyer où les fées se plaçaient pour observer la contrée, car elles mettaient un point d’honneur à protéger le village des maux qui ne manquaient pas de le menacer.

Ce soir-là, quelques fées, comme à leur habitude, s’étaient assises devant le palais afin de respirer l’air frais de la nuit.

  • As-tu bien vérifié que les sources ne sont pas taries ? Demanda la fée des airs à celle des eaux.
  • Pour l’instant, tout va bien, répondit cette dernière. Mais peut-être bientôt devrai-je songer à répartir équitablement les réserves. L’été s’annonce aride cette année.
  • Pour ma part, dit la fée des haies, je vais demander à ce que certaines clôtures soient réparées, car j’ai vu du bétail errer dans les bois voisins. Ce n’est pas normal du tout !

Soudain, leur conversation fut interrompue par un hurlement dans le lointain, suivi bientôt par beaucoup d’autres.

  • Mon Dieu ! S’écria la fée des fleurs. Les voilà qui reviennent ! Qu’allons-nous devenir ? Il faut absolument protéger les enfants et les troupeaux de leurs maudits crocs !
  • Je m’occupe moi-même de cette affaire dès demain, annonça la blonde fée des bois. Si on les laisse agir, ils pénètreront dans le village et leur tyrannie n’aura pas de fin.

Le lendemain, elle revêtit l’habit d’une paysanne et se mit à la recherche de celui qui l’aiderait à lutter contre le monstrueux fléau. Par bonheur, l’homme était justement en visite dans cette région dont il était le patron. Lorsqu’elle le trouva enfin, il se reposait à l’ombre d’un grand chêne.

  • Monseigneur Saint-Loup, s’écria-t-elle. Je viens à vous afin que vous sauviez nos villageois ! Mes compagnes et moi avons entendu leurs hurlements la nuit dernière et il ne fait aucun doute que la meute vorace soit revenue hanter nos forêts.
  • Vous voulez parler de mes loups, dame fée ? Pourtant, ces pauvres animaux ne méritent pas une telle haine de votre part !
  • Je vous en prie, saint homme. Faites en sorte qu’ils ne dévorent pas les enfants et les brebis de ce pays !
  • Qu’à cela ne tienne, fit Saint-Loup en se relevant. Je vais de ce pas  tenter de raisonner mes protégés.

Soucieux de tenir la promesse faite à la fée, celui-ci s’en fut dans la forêt profonde. Comme la nuit tombait, il s’arrêta dans une clairière. Puis il leva les bras au ciel. Aussitôt, des milliers de loups accoururent à son appel. Aussi doux que des agneaux, les prédateurs s’assirent en rond autour de leur maître, attendant avec impatience qu’il se mette à parler.

  • J’ai appris, gronda-t-il, que certains d’entre vous commettaient des actes malveillants à l’encontre des gens de ce pays. Ecoutez-moi bien ! Vous allez me jurer de ne plus toucher à un seul être vivant sur le territoire de Genay. A ce prix seul, mes yeux pourront se poser sur vous sans colère…

Alors, les loups, penauds, queue basse et oreilles couchées, levèrent la patte droite afin de sceller le pacte.

  • Très bien, dit le saint. A présent, veillez à ne jamais faillir à votre promesse.

La vie reprit son cours. Les loups demeuraient dans la forêt, les hommes vivaient heureux au village et les fées, paisibles sur leur rocher, se réjouissaient de toute cette quiétude.

Hélas, alors qu’éclataient les canons de la Révolution, un loup rouge fit son apparition. Personne ne l’avait encore jamais rencontré. Sa queue ressemblait curieusement à une fourche et l’on devina qu’il était l’envoyé du Malin. Très vite, il parvint à convaincre les autres de rompre le pacte. De nouveau, on retrouva des agneaux morts, des brebis égorgées, des moutons éventrés…Genay recommença à trembler. Les villageois supplièrent les fées de sauver une nouvelle fois la vie de leurs enfants et de leurs troupeaux.

  • Cette fois-ci, c’en est assez, déclara la reine, appelée pour l’occasion. Je condamne à mort ces immondes bêtes.

Aussitôt, quelques fées munies de leurs baguettes magiques, se précipitèrent dans la forêt et effacèrent le sens de l’orientation dans la cervelle des loups. Ceux-ci se dirigèrent donc tout droit vers le poron, un lieu qu’ils craignaient pourtant.

Minuit venait de sonner. Un par un, les loups furent transformés en pierre. Leurs corps s’entassaient les uns sur les autres, formant de petites pyramides. Les fées décidèrent de garder secret l’emplacement exact du « massacre » afin que Saint-Loup se garde bien de venir délivrer ses protégés.

Le lendemain matin, il ne restait plus aucun loup dans les environs du village. Plus aucun loup ? Il est inexact de dire cela, car lorsque chanta le coq, on vit s’enfuir un étrange animal dont le regard cruel faisait froid dans le dos. Un animal au pelage roux…

Aujourd’hui, quand la pleine lune éclaire le ciel, on dit que les fées reviennent pour danser sur leur poron et s’inquiètent dès qu’elles croient entendre un hurlement. Heureusement, la plupart du temps, il ne s’agit que du vent dans les sapins…Pourtant, tout le monde sait que le loup rouge n’a pas dit son dernier mot et qu’un jour, alors qu’on ne l’attendra plus, il reviendra pour semer de nouveau la terreur dans la région.

 

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