Même si les rendements de blé ont été bons pendant les dernières moissons, les prix s’effondrent sur le marché mondial, plaçant les agriculteurs dans des situations parfois complexes. Pour accompagner au mieux la filière face à ces fluctuations économiques, le label Agri-Éthique assure un prix juste aux producteurs.
« Il ne faut pas céder au chant des sirènes qui vient du marché mondial », alerte Karine Forest, dirigeante de la minoterie homonyme en Saône-et-Loire. Depuis un an et demi, le cours mondial du blé ne cesse de baisser au point que les céréaliers en viennent, selon elle, à vendre à perte leur récolte et le travail nécessaire pour y parvenir.
Face à cette situation, la minoterie a choisi d’acquérir 15 % de son blé dans le cadre du label Agri-Éthique. « On s’engage pendant trois ans sur un volume. Le prix est révisé chaque année en fonction d’un indice qui prend en compte le coût de production pour l’agriculteur mois après mois, intégrant le revenu de l’exploitant. » Avec ce prix équitable et éthique, le meunier gagne ou perd, selon les variations du marché. « C’est une démarche sur le long terme qui doit aussi engager le boulanger. » 120 clients, artisans boulangers, sur les 1 000 que compte la minoterie, s’inscrivent dans la démarche. Mais Agri-Ethique concerne aussi le consommateur « qu’il est difficile de sensibiliser sur l’importance d’une agriculture de qualité. »
Sensibiliser tout à chacun
La dirigeante rappelle les enjeux associés à l’agriculture : souveraineté alimentaire, transition environnementale, transmission des exploitations… « C’est compliqué de trouver un repreneur quand on ne gagne pas sa vie », souligne-t-elle. Pour améliorer la situation des agriculteurs, et par rebond, l’économie des territoires, elle insiste sur l’importance de ne pas brader le pain, au risque de créer la confusion dans les esprits. « Le prix des cigarettes augmente chaque année et ça passe. Mettez trois centimes de plus sur une baguette et tout le monde grince des dents. Nous devons mieux éduquer au prix de l’alimentation. »
En ce sens, les membres d’Agri-Ethique, agriculteur et meunier, se rendent régulièrement dans des boulangeries partenaires pour rencontrer les clients, les alerter sur les situations vécues et sur l’importance de soutenir la filière agricole. « Ça crée une prise de conscience. »
Nadège Hubert