Et c’est sur ce thème résolument fédérateur que c’est déroulé l’assemblée générale de l’AMF de Côte d’Or. Sur fond de questionnement multiples, budget national, fin de mandat, réforme des modalités des élections de mars 2026, agressions de maires, les élus sont plus que jamais engagés et unis par les valeurs républicaines de partage et de solidarité.
« Le mandat 2020-2026 est un mandat comme on n’en a jamais vu, un mandat très dur qui a été une succession de crises », le ton est donné pour cette assemblée générale qui accueille, en invité, le politologue Benjamin Morel.
Après la présentation du rapport morale par Catherine Louis, maire de Val Suzon et du rapport financier présenté par Paul Robinat, maire de Drée, respectivement secrétaire et trésorier de l’AMF21, Ludovic Rochette, maire de Brognon et président de l’association qui compte plus de 600 adhérents sur les 698 communes de Côte d’Or, a dressé un bref bilan de l’année écoulée. Il évoque, avec et sans humour, l’épopée du film « un jour sans fin » en souhaitant ne pas être cet homme-là !
Evoquant une nation incapable de voter un budget, il fait état d’une indécision fragilisant les communes et remercie les entreprises pour leur confiance renouvelée dans un contexte aussi instable. Mais « on ne peut pas se permettre que l'année 2026 soit une année blanche sur l’investissement et, encore plus qu'avant, les entreprises ont besoin de rencontrer les élus pour conclure des marchés. »
Ludovic Rochette évoque un mandat rude sur fond de crise sanitaire, financière, sociale et énergétique. Un mandat tenu à bras le corps par les élus, ceux qui sont restés et ceux qui n’ont pas…tenu… par choix ou par contraintes diverses. « Les femmes et les hommes qui ont été aux manettes de communes et d'intercommunalités pendant tout ce mandat sont sûrement des femmes et des hommes qui auront des caractères assez particuliers, qu'auront une carapace et sûrement qu'il va falloir compter sur eux pour le prochain mandat ». 70 maires ont démissionné depuis 2020 soit 10% des maires du département et les démissions des conseillers municipaux inquiètent. Pas de petites communes, mais des communes où chacun fait de son mieux et fera face, dans quelques mois, à la réforme du scrutin qui secouent profondément les communes de moins de 100 habitants.
Bien sûr, le président revient sur les 19 agressions d’élus de la République qu’il n’est plus possible de tolérer. Dans ce sens, 150 élus ont été formé à la gestion des conflits par le GIGN pour dire « Non les maires ne sont pas seuls, mais les délais de justice sont trop longs. En cette Journée mondial du bénévolat, Ludovic Rochette remercie les élus, premiers concernés par le sujet, pour l’amour porté à leur commune.
Parole est donnée à Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à l’université de Paris II-Panthéon-Assas, qui suscite un vif émoi dans la salle ! Il évoque, en effet, une éventuelle future décentralisation afin de redonner aux collectivités, et notamment aux communes, de réels moyens d’action.
Devant cette assemblée d’élus déstabilisés par l’absence de budget voté au niveau national, l’universitaire explique « Un shutdown en France, ça n’existe pas, c’est une légende urbaine… la situation d’incertitude actuelle est loin de pouvoir entraîner un effondrement de l’État… Si nous n’avons pas de budget au 31 décembre, le ciel ne va pas nous tomber sur la tête ».
Et voici plus de 200 maires en quasi-lévitation quand il annonce « cette situation politique bloquée risque de durer… je crain que la tripolarisation soit là pour un certain temps… Il se peut que nous ayons un nouveau président de la République sans majorité en 2027 ! Aujourd’hui, le Parlement est en crise, c’est une crise globale de la démocratie. La réponse à ça, ce sont d’abord et avant tout les communes et les maires. Ce sont les instituteurs de la démocratie ». Pour les maires, il serait question de poser une vraie réflexion sur un projet de loi de financement des collectivités » afin de leur donner davantage de visibilité, mais surtout pour une vraie autonomie fiscale. Ce qui n’est pas gagné ! Souhaitant qu’on rende aux maires la possibilité d’adapter la loi aux réalités locales, ils évoquent une technocratie parisienne qui étouffe.
Paul Mourier, préfet de Région BFC et de Côte d’Or salue avec conviction le lien entre l’Etat et les collectivités et se félicite du trio maires, préfet, sous-préfets. Un couple-trio garant de la stabilité du pays. Monsieur le préfet souhaite une simplification des normes réglementaires.
Il rappelle que le premier ministre, Sébastien Lecornu nourrit un grand projet de décentralisation qui sera présenté prochainement en conseil des ministres. Tout en n’ignorant pas l’ampleur de la tâche. « Bien sûr, si on arrivait à définir un responsable, une compétence et les financements qui vont avec, ce serait formidable »,
Le représentant de l’Etat note quelques chiffres, 14millions€ pour la DETR pour financer 305 projets. Il évoque 5 communautés territoriales de gendarmerie, 23 Maisons pluriprofessionnelles de santé, la cartographie à venir des déserts médicaux, 27 Maisons France Service et le dispositif France Santé. Dispositif permettant de labelliser différentes structures (comme les maisons et centres de santé et les hôpitaux de proximité, dès lors qu’elles répondent à certains critères d’accessibilité, de coordination entre professionnels et de services offerts. Le réseau France Santé renforcera ainsi l’offre de soins de proximité sur l’ensemble du territoire. Il rappelle que le défi à venir sera celui de l’eau, sachant que 84% des volumes prélevés pour l’eau potable. Il faudra donc faire preuve de sobriété et d’efficience au service de la santé publique.
On pourrait donc conclure qu'après un mandat éprouvant, les élus sont vent debout pour défendre la commune comme strate à part entière dans un pays en perte de repère et d'équilibre social.
©Marie Quiquemelle
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