Quand un territoire veut valoriser les producteurs locaux et encourager les habitants à consommer au plus près de chez eux, la question de la logistique peut devenir problématique. Les Assises territoriales de l'agroécologie et de l'alimentation ont soulevé la question en proposant des pistes de solutions, notamment à travers l’action du département de Côte-d’Or ou encore de la communauté de communes des Terres d’Auxois.
À chacun sa façon de conduire son projet alimentaire territorial, mais nombreux sont ceux qui se confrontent dans sa mise en place à une problématique de logistique. Que ce soit par un manque de connaissances des acteurs, de connexions entre les besoins des uns et les services des autres, ou par les distances à couvrir, la logistique peut freiner les initiatives. Parmi les solutions envisagées, le Conseil départemental de Côte-d’Or a été invité aux Assises territoriales de l'agroécologie et de l'alimentation qui se tenaient à Dijon à présenter la sienne. Si le rôle de la communauté de la Charrette a été mis en avant, le Département s’est réjoui, par la voix d’Anne-Claire Ollivier, chargée de mission logistique, d’être passé d’aucun à 480 acteurs en deux ans de déploiement. « Les producteurs veulent garder la maitrise du commercial et le contact avec le consommateur. »
Des pneus et des denrées
Une action originale a donc vu le jour à travers un partenariat entre la collectivité et deux logisticiens, dont Cap Nord Livraison. Le cœur de métier du professionnel du transport consiste à livrer, deux fois par jour, partout dans le département, les garages et agriculteurs en pièces automobiles ou mécaniques. « Il y avait une adéquation entre notre activité sur le territoire et le besoin du PAT. La logistique n’est pas innée pour un petit producteur qui a l’habitude de livrer lui-même, convaincu que ça ne lui coûte rien » souligne le représentant de Cap Nord Livraison. Après avoir convaincu certains producteurs de déléguer leur livraison, souvent dans des situations où ils n’avaient d’autres choix, l’entreprise a finalement été régulièrement sollicitée. N’imposant aucune obligation de poids à transporter ni de régularité à respecter, le service s’est peu à peu mis en place. L’entreprise logistique a donc équipé ses camions de séparateurs adaptés entre le matériel automobile et alimentaire, mais aussi de casiers spécifiques, des caisses réfrigérées pour les produits frais ou surgelés, pour les productions agricoles. « Nous allions déjà partout, nous avons fait de l’optimisation et de la mutualisation tout en proposant des coûts réduits aux producteurs. »

Lancée en 2024, la solution a débuté avec 175 colis équivalents à trois tonnes transportées pour atteindre 823 colis en 2025 pour 27 tonnes, alors que 2026 enregistre déjà 600 colis pour 55 tonnes véhiculées. Une relation de confiance s’est établie entre le logisticien et les producteurs. « Leurs produits, c’est leur passion » reconnait le logisticien, conscient de la responsabilité qui lui incombe. « La collectivité a servi de tiers, de pivot entre les différents acteurs, mais n’apporte aucun financement » souligne Anne-Claire Ollivier. Aujourd’hui, Cap Nord Livraison n’hésite pas à se déplacer pour une barquette de fraises de 200 grammes une fois par mois. « Le volume n’est pas un critère de sélection ni la régularité » insiste l’entreprise qui a trouvé une façon de se diversifier tout en rendant service à toute une filière agricole.
Regrouper les produits locaux
Dans les Terres d’Auxois, c’est le consommateur qui se déplace tandis que les producteurs se sont regroupés sous l’impulsion de la communauté de communes. Semur-en-Auxois dispose en effet désormais de ses « Petits Casiers », à deux pas de l’hôpital. Disponibles 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, ils donnent accès à un large panel de produits issus des exploitations du territoire. « Quand on veut se fournir chez les producteurs locaux, il faut aller de ferme en ferme avec son panier. Nous avons voulu rassembler les produits » explique Maéva Vincent, chargée de mission territorialisée alimentation de proximité. Financés par la collectivité à hauteur de 40 000 euros, les casiers, ouverts en février 2023, sont alimentés plusieurs fois par semaine par les producteurs qui disposent d’une zone de stockage sur site. Ils paient par ailleurs les charges de fonctionnement qui découlent de l’outil comme l’électricité ou une partie de l’assurance. Les producteurs ont par ailleurs profité de l’accompagnement de la chambre d’agriculture pour se structurer et pleinement profiter de cette rémunération complémentaire. Une solution qui a fait ses preuves tandis que les casiers pourraient s’agrandir.
Nadège Hubert
