À l'invitation de la préfecture et de la région, les élus locaux ainsi que de nombreux acteurs économiques du département ont échangé sur la planification écologique du territoire. Après la réflexion, l’État entend désormais passer à l’action.
« Fruit d’une concertation approfondie avec une forte implication des élus, nous avons défini une stratégie avec 44 mesures. Maintenant, comment mobilisons-nous, comment bousculons-nous les territoires, comment chacun ; élu, agriculteur, chef d’entreprise, gestionnaire de réseau d’eau ; agit ? » a introduit Paul Mourier, préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, à l’occasion du forum territorial de la planification écologique qui se tenait à Quetigny. Bien qu’il ait souligné la baisse des dotations comme le fonds vert, il a précisé qu’il restait des financements pour porter les projets.
Présent pour cette rencontre, Augustin Augier, secrétaire général à la planification écologique, a mis en lumière l’exemplarité de la région. « Vous l’êtes dans les relations et dans votre capacité à embarquer les acteurs socio-économiques. Les enjeux sont les mêmes pour tous les territoires. Il y a un plan et on entre dans la phase de mise en œuvre, une phase dans laquelle le secrétaire général à la planification écologique doit être en accompagnement même dans une période de contraintes budgétaires. » Dès 2026, l’État souhaite ainsi être aux côtés des porteurs de projet.

De la réflexion à l’action
Pour initier les réflexions, un questionnaire a été adressé aux communes et EPCI de la région. Grâce à un taux de réponse de 100 % auprès des EPCI et de 60 % chez les communes, les services de l’État ont pu identifier 115 pistes d’actions qu’ils ont finalement résumé en 44 actions structurantes. À travers des actions concrètes, l’objectif est d’économiser 10 500 kilotonnes de COâ?? sur la période 2019-2030. « Nous ne partons pas d’une page blanche. Nous avons déjà réalisé 17 % d’économies », a précisé Océane Lachaussée de la DREAL. Les 44 actions définies visent à agir, mobiliser et accélérer autour de six thèmes : mieux se déplacer, se loger, produire, se nourrir, consommer et préserver.
Le forum territorial a permis de faire un focus sur la Côte-d'Or autour de ses différentes thématiques et en dressant un état des lieux du territoire. À lui seul, le département porte 20 % de l’objectif régional de réduction des émissions de gaz à effet de serre soit deux millions de tonnes. Mais la Côte-d’Or, c’est aussi le cinquième département de France en surface boisée. Côté précipitations, la Côte-d’Or devrait en enregistrer 25 % de plus d’ici 2050, notamment sur l’axe Saône, tandis que le Châtillonnais devrait, quant à lui, être particulièrement touché par la pénurie, interrogeant sur l’enjeu de l’abreuvement pour préserver les élevages.

Trois plus trois
Pour s’adapter au changement climatique et réduire son empreinte carbone, la Côte-d’Or s’engage donc sur ces six sujets. Pour mieux produire, le département peut s’appuyer sur les énergies renouvelables. Il se positionne d’ailleurs à la deuxième place en région concernant l’éolien tandis que le solaire en Côte-d’Or représente 17 % de la puissance installée en région. Au registre de la consommation, le territoire est celui de la région qui a le moins recours à l’enfouissement, mais seuls 23 % des déchets ménagers sont triés contre 34 % en région.
L’un des enjeux principaux dans le cadre de la transition écologique repose sur le logement. La Côte-d’Or compte 300 000 unités dans son parc, majoritairement ancien et de faible qualité énergétique. La Côte-d’Or est le deuxième département de la région pour le taux de passoires thermiques avec encore 20 % de logements classés F ou G tandis qu’elle reste la première pour l’utilisation des chaudières à fuel. En réponse à cette situation, les représentants de l’État souhaitent un déploiement des espaces conseil France Rénov. En effet, 14 EPCI se trouvent en zone blanche quant à un accompagnement gratuit en rénovation. « À Dijon, avec 70 % des Dijonnais en habitat collectif, l’enjeu porte sur la rénovation des copropriétés et en particulier dans les quartiers prioritaires de la ville » a souligné Antoine Hoareau, vice-président de Dijon Métropole, avant de compléter : « Il y a un travail à faire sur le financement. Il faut par exemple mobiliser le secteur bancaire sur l’écoprêt. »

Font six
Dans un département majoritairement agricole, la question de l’alimentation a largement occupé les échanges. Impacté par le climat mais aussi par le contexte international et par le défi démographique des départs massifs à la retraite d’agriculteurs dans les dix prochaines années, le secteur invite à s’interroger et à être soutenu. En réponse, le conseil départemental prépare une plateforme dédiée à l’agriculture locale. « Nous allons créer un pôle alimentaire à Auxonne avec une légumerie et une cuisine centrale » a expliqué Sébastien Sordel, vice-président du conseil départemental. Alors que le département peut se targuer de sept plans alimentaires territoriaux, celui de la communauté de communes du Val de Saône travaille à la structuration de la filière du maraîchage bio et à la réduction ou la valorisation des déchets en restauration scolaire.

Autre sujet essentiel dans la transition, celui de la mobilité, puisque 72 % des actifs de Côte-d'Or utilisent la voiture, montrant que l’enjeu consiste à réduire la dépendance à la voiture en offrant des alternatives aux populations. Le forum a mis en avant l’exemple des communautés de communes Norge et Tille et de la Plaine dijonnaise qui ont signé une convention pour faciliter les déplacements entre les deux territoires. (Lire notre article ici)
Sur la question de la préservation, le forum a mis l’accent sur la ressource en eau en évoquant tant la quantité que la qualité. Les intervenants ont notamment souligné la gouvernance morcelée de l’eau potable. En effet, en Côte-d’Or, elle est notamment gérée par 8 EPCI, de nombreux syndicats mixtes ou intercommunaux ainsi que par de nombreuses communes. « Ce morcellement est marqué dans le nord du département tandis que le prix de l’eau varie selon les territoires » ont fait remarquer les intervenants tandis que le préfet a exprimé en conclusion sa volonté d’organiser une grande conférence de l’eau à la rentrée. Il a également appelé les acteurs présents à la responsabilité de tous sur le sujet de l’eau et à ne pas opposer les projets.
Nadège Hubert
